Commentaire de Rozenn le 11 juillet 2017 à 22:13

M Pendanx, vous qui déployez avec une belle régularité (et à partir d'à peu près tous les sujets ici) un discours mettant en garde contre les non-séparés et tutti-quanti dans le même registre, avez-vous regardé du côté des différentes injonctions des financeurs et des politiques.

De ma lorgnette, c'est surtout là qu'il faudrait y mettre quelques pincées d'humilité, d'humanité, de "séparé" etc. La tendance actuelle, c'est de livrer le métier (voir plus haut, la belle citation de Vernant) à des experts de tout poil, qu'ils se nomment nouveau managers, audits, évaluateurs ou  autres.

0 défaut, 100 % sécurisé, du résultat (en chiffres bien sûr) et bientôt, des dividendes

contrôle, maîtrise totale, par protocoles qui doivent être suivis à la lettre (voir à nouveau la citation de Vernant sur l'adéquation de ces protocoles au métier) et prolétarisation des professionnels, histoire de resserrer l'étau. Franchement, je vois mal comment cela peut faire avancer les publics accompagnés.

Le texte de J-M Vauchez, avec lequel je suis d'accord sur certains points et sur d'autres peut-être pas, est une ouverture potentielle à autre chose. Une brèche dans ce qui est posé comme un contrôle idéal des actions des professionnels (on peut aussi appeler cela un contre pouvoir). Tant mieux.

J'apprécie par ailleurs de vous lire de temps en temps, M Pendanx, mais là, êtes-vous bien sûr que vous ne vous trompez pas de cible ?

Commentaire de Rozenn le 11 juillet 2017 à 22:21

maintenant, c'est peut-être intéressant de se pencher sur le fond de ce texte non ?

Commentaire de PENDANX Daniel le 12 juillet 2017 à 13:52

Ce que j'apprécie c'est d'abord, avec la mise en jeu de la durée nécessaire, la réflexion et les échanges à partir des cas, le travail incessant de reprise, au plus près de la pratique. Ce qui manque de plus en plus dans nos milieux c'est cette culture là : une culture de la casuistique. Je suis de cette culture là, de ce monde là...

Il est notable qu'à cette "culture" là - qui devrait engager les services et les associations, les administrations, tous les praticiens, à soutenir une politique institutionnelle et professionnelle mesurée à l'aune de la Limite, de nos limites (la politique du tiers neutre, la politique de l'interprète) -, culture à laquelle je suis attaché, pour laquelle j'œuvre,  les pouvoirs, tous les pouvoirs dans nos milieux, tendent à opposer (qu'ils le sachent ou pas) l'esprit globalisant et "coordinateur" de la gestion, une certaine démesure politique.

 La techno-gestion se porte au lieu de l’Autre, c’est sa tendance fondamentale, ce qui fonde, comme pour toute autre entité,  son propre « fondamentalisme », le fondamentalisme inhérent au mythe (ou fantasme) qui la sous-tend... De cette démesure (méconnue comme telle, quoique on cause souvent de « toute-puissance »), qui vient cristalliser ce que je nomme l'inceste institutionnel, le management est donc aujourd’hui, comme doctrine (les doctrines de la « bonne gouvernance » des « ressources humaines » n’est-ce pas), je le répète, le ciment.

 Et ne pas se saisir de cela, qui engage (comme mon trajet m'a conduit à le relever)  de se soucier autrement qu'il n'est fait du cadre institutionnel des pratiques, c'est se priver des moyens de limiter, de "civiliser" comme dit Legendre, ce Management.

 Mais voilà qui exigerait de mettre au principe des politiques institutionnelles et associatives, de notre réflexion, la problématique de la Loi (avec sa dimension structurale, subjective, celle de la parole, et sa clef de voûte juridique), et de comprendre que sans faire prévaloir sur cet espèce de partenariat confusionnel dont le fonds mythologique -  voilà Rozenn ce qui est à mon sens le fond (fonds) qui porte tout discours, tout texte -  est celui du roman familial, des parents combinés, une toute autre division des places et des scènes, un tout autre jeu de l'écart, et bien on ne peut qu'entretenir et renforcer ce que, sous les atours du "militant", parfois de la belle âme du "clinicien", on vient dénoncer !

 J'ai longtemps essayé d'amener ça plutôt aimablement auprès de ceux qui me paraissaient alors participer si je puis dire du même mouvement (le mouvement ouvert disons par Freud et Aicchorn), mais toute mon expérience (dans ce que fut ma scène institutionnelle, comme aussi par exemple ici) m'a conduit  à moins d'aménité... Et quand par exemple Jean Marie dit que je suis seul contre le monde, ce que je lis c'est combien il s’identifie lui au monde, se prend pour le monde, un monde qui n'est ici non seulement pas le mien, mais dont beaucoup paient le prix ! Ce qui confirme notre divorce n'est-ce pas. Mais bon, les enfants s'en remettront j'espère.

Commentaire de PENDANX Daniel le 12 juillet 2017 à 14:03

(suite, et fin)

Dès lors que vous avez pour l'essentiel conquis d'élaborer et de soutenir vos limites, les limites de votre fonction, de votre institution, les limites de la science et du droit, les limites de la psychanalyse aussi, etc., (élaboration qui implique l'accès à son propre sentiment ou angoisse de culpabilité, un certain dégagement du surmoi donc), vous avez du mal à entrer dans un certain "monde" - celui de ce type de partenariat et de "coordination" pour laquelle Vauchez-ONEZ veut promouvoir un nouveau diplôme ! ( je me dis que là encore on touche le "fond"...) -, vous commencez à avoir idée de ce dont il s'agit institutionnellement quant à ce que Lacan nommait une "praxis" ( un  traitement du réel par le symbolique) : soit un  "jeu" et une articulation des fonctions et des scènes reposant sur le point zéro comme disait ce cher Oury…

 Voilà pourquoi j'insiste tant, mais il me faut bien le reconnaître, dans un quasi désert, sur la re-délimitation si nécessaire des compétences du juge des enfants. 

Si je ne suis donc guère du « monde » de Jean-Marie ou du présent, je ne suis en rien contre la fabrique du "collectif", la fabrique du monde commun, tout au contraire... Alors voyez vous je ne pense pas me tromper de cible quand je relève de façon critique cet assemblage de discours et de mises qui viennent obscurcir (quoique prétendant parfois sur un mode pervers du contraire) ce qu'est pour moi l'enjeu politique nodal : l'élaboration du lien de Référence (ou si vous préférez, la symbolisation de notre "religion") - un "travail" infini, impliquant (à travers la traversée, elle aussi répétée, de la perte... ce qui, avant la "joie", suppose la traversée des détresses) la conquête de la meilleure liberté, de tolérer que nul ne "gouverne" ou "coordonne" le cas, la scène du cas, soit: le fait que quant à se faire le grand Autre de l'Autre comme dit l'autre , tu peux toujours courir... Mais bon, à chacun la traversée ou pas de l'affaire. Moi, j'y ai mis beaucoup de temps.

Ce que je lis donc qui nous vient de l'ONES est pour moi de la même eau que ce qu'engage le CNAEMO qui en  se portant au lieu de la Référence pour les praticiens (ce qui explique que tant d'Associations, qui se soutiennent et s'engagent dans la même position,  y ont adhéré!), est devenu un lieu de pouvoir (contre-pouvoir ou pouvoir, c'est la même chose!)  producteur politique de ce que je relève et décris sous le  terme de juridisme professionnel. Un juridisme qui est aussi une OPA aujourd'hui réussie, avec discours d'accompagnement à la clef, sur le transfert institutionnel de bien des praticiens de l'AEMO. Ce qui ne signifie pas que quelques voix plus libres, pour lesquelles j'ai estime, ne se fassent pas là aussi un peu entendre. je pense par exemple (j'espère ne pas ainsi lui porter tort!) aux articles souvent iconoclastes de Jacques Richard.

Je fais ici mes gammes, mais je sens bien que ça peut casser les oreilles. Quoiqu'on ne soit en rien obligé de lire! Mais un peu de silence ne peut faire de mal. Je vais donc m'absenter de ce forum. Et je verrai pour la suite.

Le Cap Ferret, ce 12 juillet

Commentaire de Rozenn le 12 juillet 2017 à 18:35

Merci pour ces précisions qui éclairent davantage votre position.

Commentaire de jean marie Vauchez le 13 juillet 2017 à 11:07

Mais j’apprécie bien la dialectique et je connais assez Daniel pour ne pas m'offusquer de son ton sans concessions. J'essaye de le lire, ce qui n'est  pas simple, j'en conviens, mais je trouve qu'il y a quelques fulgurances parfois... Du coup, Cher Daniel ne change rien.

Par contre, essaye de ne pas me faire dire l'inverse de ce que j'ai écris. Ce que je dénonce, c'est la dénaturation du diplôme d'éducateur spécialisé vers une fonction unique de coordination. S'ils tiennent à cette fonction, qu'ils en fassent un nouveau diplôme ! Tu noteras que nous refusons même la carotte du niveau licence s'il s'accompagne de cette dénaturation.

De même, lorsque je dis que tu est seul, ce n'est pas en opposition avec moi qui serait bien entouré. C'est que je lis ta position logique dans ton discours où le collectif n'a pas de place et où les individus sont seuls, pris dans leur parole, les uns à côté des autres.

Ceci dit Rozenn, je veux bien qu'on parle (enfin) du contenu de cette lettre.

Commentaire de Joseph Rouzel le 15 juillet 2017 à 8:31

 "Il est certain que se coltiner la misère du monde ... c'est entrer dans le discours qui la conditionne, ne serait-ce qu'au titre d'y protester." etc Nous sommes nombreux à connaitre  cette mise en garde de Lacan, que l'on retrouve sous différentes formulations tout au long de son oeuvre.  Les travailleurs dits sociaux, ceux que je désigne plutôt comme "trouvailleurs soucieux", se la coltinent à longueur de journée, cette misère du monde. C'est une expression que Pierre Bourdieu avait reprise dans un des ses titres célèbres, en concluant que seule la puissance de l'Etat pouvait y remédier... D'aucun ont inféré de cette position de retrait qu'ils attribuent à Lacan qu'il fallait surtout ne rien faire, ni protester, ni critiquer... La question politique ça ne nous regarde pas. Le risque de l'élection d'un fascisme bleu marine à la tête de l'Etat? Le démantèlement des dispositifs sociaux pour l'Enfance, les malades mentaux etc? La non-assistance à migrants en danger? etc RAB*. C'est une interprétation non seulement abusive, mais surtout à coté de la plaque. Bien sûr qu'il ne s'agit pas de renforcer le discours capitaliste en s'en plaignant; ça s'avère relativement inefficace et c'est un manière, prévient Lacan, d'y collaborer. Alors comment dans ce travail dit social, soutenir un position clinique, politique, éthique, sans se noyer dans la plainte, la protestation ou la collaboration? Justement en prenant appui sur la clinique. Une clinique du cas pas cas, singulière, qui prend en compte chaque sujet. Mais un sujet ça ne se balade pas tout seul, ça ne se produit que du collectif ne serait-ce que celui de la langue de la communauté à laquelle il appartient, qui l'a vu naitre et grandir. Il convient donc de se poser la question dans toutes ses dimensions. Si Freud insiste pour préciser qu'il n'y  a pas de différence entre psychologie individuelle et psychologie sociale, c'est pour mettre l'accent sur  les deux volets de la même question. 

Voilà ma position quant au travail de représentation de l'ONES que mène courageusement l'ami Jean-Marie Vauchez. En tant que représentant légitime d'une association il porte (et supporte) la parole collective d'un corps de métier : l'éducatif qui n'est qu'une composante d'un ensemble plus vaste dit travail social. Je regrette simplement que l'ONES n'ait pas élargi sa plateforme à l'ensemble du champ éducatif, ce pour quoi pour le moment je n'ai pas adhéré à l'association. J'ajouterai de plus que sa légitimité il la tient non seulement de cette position de représentant, donc d'une position politique, mais encore de son engagement au quotidien, comme éducateur, donc de la clinique. ça permet de mieux repérer d'où il parle. 

RAB: rien à branler!

Commentaire de Joseph Rouzel le 15 juillet 2017 à 8:32

Peut-il exister un parole collective?  Alors qu'un collectif ça n'a pas de bouche, ça ne parle pas? C'est une grande question. On pourrait penser naïvement que non. La parole ne relève que de chaque sujet, un par un.  Donc un collectif ça ne parle pas. Cependant, et c'est une invention remarquable de l'espèce humaine, la parole de chacun peut-être relayée, soutenue, appréhendée dans ses arêtes vives, re-présentée. Principe de démocratie. On ne peut pas aller à 100000 travailleurs sociaux discuter avec les représentants de l'Etat, alors toi le Jean-Marie qui parle bien, essaie de porter notre parole. Ensuite on peut toujours contester: est ce que cette association est vraiment représentative, n'est-elle pas une instance de plus qui nourrit le pouvoir dans un semblant de contestation etc Fausses questions. Cette association, quelques critiques que l'on puisse formuler à son encontre, est. Son représentant fait partie du Comité d'Ethique et autres instances d'interface entre les professionnels et le gouvernement. Ce montage symbolique est à préserver. Faute de quoi effectivement, à vouloir conserver une certaine pureté idéaliste, à ne jamais vouloir se salir les mains, le système qu'il faut bien nommer par son nom, capitaliste, va bon train.  Et on laisserait faire? Reste ensuite la question que soulève Rozenn: le fond? Et j'ajouterai : la stratégie et la tactique pour le remonter ... en surface! Question adressée à Jean-Marie sur ces deux aspects: au fond, le fond et quelle manœuvre possible? Sur le fond on ne saurait réduire la question à un déqualification des professions éducatives, les éducs glissant sur des postes de coordinateurs. De quoi cela est-il le symptôme? 

Commentaire de Rozenn le 15 juillet 2017 à 16:05

des pistes de gamberge (commentez abondamment, c'est fait pour)

sur les coordinateurs (il faut bien attraper par un bout) : 

- la réforme de 2007 a fait glisser les éducateurs coordo (c'est apparu sur les terrains à peu près en même temps) et en même temps, alors que l'accompagnement (que l'ont nommait "relation éducative" au siècle dernier) est devenu secondaire (en quantitatif de nombre d'heures de formation + maintenant ects) par rapport au projet. Le métier est donc passé de la relation au pilotage/coordination de projet. 

- les coordos/éducs ne sont pas tous en relation avec les personnes accompagnées sur les terrains. Certains ont une fonction hiérarchique dans l'équipe. 

- cette relation (qui ne s'appelle plus relation mais mise en œuvre du projet d'accompagnement). est de plus en plus l'affaire de personnes moins qualifiées/formées 

  • l'éduc se retrouve donc être le "maître du projet", ce qui n'est pas sans pouvoir dans une société où le projet est maître. 
  • le mot "relation" a disparu, ou quasiment. 

Commentaire de Joseph Rouzel dimanche

J'entends bien, mais cela témoigne d'un glissement beaucoup plus profond. De quoi le "coordo(i)nateur "est-il le nom? Co-ordo(i)nateur, ça doit avoir à voir avec l'ordre, l'ordonnance, la mise au pas... Il y aurait donc un désordre inhérent au travail éducatif et social, qu'il faudrait remettre en ordre, aux ordres? La dérive du concept de projet me parait bien marquer le pas: de moyen pour réaliser la prise en main par l'usager de sa propre existence, c'est devenu un but au service du professionnel: est-ce qu'un a fait un bon projet, l'évaluation chiffrée témoigne-t-elle bien de la  rentabilité du travail fourni etc Il s'agirait donc de réfléchir à ce changement de paradigme dans un faisceau plus large: éducateur,  coordo(i)nateur, évaluation, projet  (clinique, institutionnel, politique)... 

Je ne sais pas comment l'écrire ce mot: Coordinateur? Coordinnateur? Coordonnateur? Coordonnateur? 

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