Le rôle d’un collectif est de produire une expérience commune à vivre, puis de la partager. C’est ce que nous vivons à Robinson, avec tous les âges et toutes les cultures. C’est ce que nous avons vécu durant la récente tournée « Aven savore! », avec les enfants et les adultes. Une expérience commune, une aventure multiple, une sorte d’éducation qu’on se donnerait à tous et qu’on vivrait ensemble.

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Ce qui nous frappe, dans ces expériences, que nous savons produire, c’est leur évidence; évidence aux yeux de tous, de leur richesse, de leur qualité. Ce qui nous frappe dans ces expériences, c’est leur naturel, c’est leur simplicité. Chacun expérimente, chacun comprend que ce que nous vivons ensemble est riche de multiples manières. Chacun ressent que c’est précieux , que c’est rare et que c’est fragile.

Les enfants le ressentent. C’est plus que l’École; c’est plus que la Maison. C’est la vie même qui d’un coup leur apprend et qui les emporte.

Et voilà que d’un coup tout change alors que nous sommes dans un groupe qui vit pleinement.

Et on retrouve quelques effets invariants de la Pédagogie sociale:

  • Tel qui accaparait constamment l’attention, devient tout à coup autonome et plein d’initiatives; il va au devant des autres, des inconnus. Il se fait des amis.
  • Telle qui ne disait mot, qui a appris de la vie à se faire oublier, à se faire toute petite, se met au devant de toutes les danses, va provoquer et inviter le public, nous donne même quelques frayeurs par ses initiatives.
  • Les relations cessent d’être stéréotypées au sein des groupes d’âge. Chacun commence à devenir soi même au delà de ses étiquettes sociales et institutionnelles. On n’est plus avec des enfants ou des jeunes. Nous sommes avec Yaëlle, Caroline ou Cassy .
  • Le groupe se met à exister en tant que tel; le voici chargé d’identité. Un des signes qui ne trompent pas, c’est de découvrir comment les uns et les autres se mettent à tour de rôle et de leur propre initiative, à le représenter, à parler en son nom.
  • Une dernière caractéristique plus difficile à percevoir, plus encore à exprimer, est liée au Temps. En Pédagogie sociale, quand une expérience réussit, le temps semble s’arrêter et il s’arrête pour tous.  Nous avons l’impression que cela fait 1000 ans que nous sommes ensemble, que nous sommes partis. Le temps se déploie, il est plus riche, comme le seront les souvenirs qui en ressortiront.

Évidemment, pour finir, chacun vit comme une épreuve, la nécessité de devoir arrêter l’expérience en cours, de devoir abandonner le groupe, de revenir à la vie normale dans tout ce qu’elle comporte de pires anormalités.

C’est ça la vie normale? C’est quoi la vie normale? Les ruptures qui se succèdent? Les exils et les déplacements? Ces écoles qui refusent d’accueillir les enfants des hôtels sociaux?  Les cantines, les inscription qu’on refuse? C’est ça la vie normale, l’attente sans fin de droits de plus en plus réduits?

C’est ça la vie normale? Le temps perdu à espérer qu’il se passe quelque chose? L’ennui, encore l’ennui, toujours l’ennui?

Elle est terrible la lumière dans un temps d’obscurité; elle est terrible la couleur quand tout est gris…

Freinet,déjà, se demandait, comme Korczak, ce que l’on pouvait faire d’un peu de lumière de jour en plus quand la nuit tombe sur la société; il en a fait le cœur de sa pédagogie. Il en a fait le cœur de sa Philosophie: « La nuit tombera assez tôt, disait-il. En attendant , ne perdons pas une seconde de jour! »

Une fois passé le choc du retour à cette « normalité », du retour au quotidien, à l’inextricable, aux tracasseries administratives, à l’avenir incertain , il reste encore un autre dilemme, peut être le plus fort, peut être le plus grand.

Et de ce que nous avons vécu, qu’allons nous en faire? Que faire de cette liberté ressentie ? De cette joie qui a  gonflé nos cœurs? Que faire de ces rencontres qui nous ont changé? Que faire de cette reconnaissance qu’on ne peut exprimer?

C’est presque pire encore, toutes ces richesses qu’on ne peut dépenser , un peu comme dans un pays dont on n’aurait pas la monnaie.

Combien de temps devrons nous encore singer une vie qui n’est plus là; supporter et soutenir des institutions mortes? Combien de temps encore devront nous renflouer d’antiques solutions? Combien de temps encore, retiendrons nous la vie, l’espérance et l’énergie?

Combien de temps avant de lâcher ce qui ne fonctionne plus et de bâtir tout simplement des collectifs vivants?

http://www.intermedes-robinson.org/index.php/2017/08/31/vivre-en-co...

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