Les habitués de ce blog ne seront pas surpris du sujet de cette note de blog; elle reprend des thèmes, des idées qui ont  été isolément développées ici ou là précédemment. Mais pour autant, je pense qu’il faut faire un effort pour exprimer simplement les mutations sociales et le contexte social et professionnel que nous vivons, encore et encore.Cela est nécessaire pour avoir prise sur lui.

Pour pouvoir agir sur une réalité, il faut pouvoir la penser; pour pouvoir agir sur une réalité, il faut pouvoir la nommer. Alors nommons là ici et maintenant: nous assistons à la faillite du Travail Social classique, de ses institutions, de ses pratiques, de son socle de références et de son propre pouvoir d’agir.

Penser le phénomène ne suffit pas; il faut en comprendre les causes et les racines, car sinon, nous allons continuer à renforcer les fausse solutions, et des institutions qui ne fonctionnement plus, au risque de réduire et caricaturer encore les métiers, les fonctions, les pratiques . Le danger est réel: si nous ne réinventons pas le Social de demain, c’est le Social qui sera condamné, c’est à dire que nous n’aurons plus aucune alternative face à des modes de société et de socialisation basées sur des formes inhumaines d’exploitation et de relégation.

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D’où vient un tel constat? Il vient de la rue, il vient du « en dehors des institutions, » du Social qui se réinvente dans les friches et dans les marges de la société, directement au contact avec les publics les plus inatteignables , injoignables ou carrément rejetés par les structures sociales classiques. Ce constat vient du vivre ensembleavec les enfants exclus de la protection de l’enfance, du suivi des familles sans droits et rejetées de tous côtés, des enfants de plus en plus nombreux que nous rencontrons et pour qui l’école n’est qu’une succession de ruptures.

Mais on aurait tort de réduire ce témoignage à la spécificité des publics avec lesquels nous travaillons. On s’accroche encore à l’illusion que les difficultés du Social à prendre en compte les mutations du Monde ne seraient que conjoncturelles,ponctuelles , provisoires.  Mais c’est sans espoir. Les publics qui nous permettent aujourd’hui de comprendre et analyser les dysfonctionnements et l’inadaptation des pratiques institutionnelles classiques, ne sont que les révélateurs et les témoins d’un fort mouvement de précarisation de l’ensemble de la société , qui dans les faits, concerne tout le monde. Les responsables d’agence et d’institutions ont beau vouloir s’efforcer de croire que l’échec de leurs pratiques provient des déficits des publics , des usagers ou de la baisse des moyens qu’on leur donne,  il n’en demeure pas moins que la seule réalité tangible c’est l’échec de tout leur modèle. Et pour cause ! Le Social ne peut plus être le même dans une société qui a changé du tout au tout.

On peut pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui prendre l’exemple sur un modèle assez simple et assez schématique. Nous pourrions dire que le travail social, tel que nous le connaissons, ses pratiques, ses institutions , ses modèles professionnels s’est constitué dans le cadre d’uns société fortement intégrative et cohésive , qui assignait des places très déterminées et stables aux uns et aux autres, dans une période de croissance économique qui concernait toutes les strates de la population.  Nous n’allons pas rentrer dans le détail de toutes les modifications et ruptures qui sont apparues dans notre tissu social depuis la fin des années 70, mais on peut tout de même résumer en disant que cette société cohésive fortement intégrative, n’existe plus. Aujourd’hui, à la place il y a  une pente naturelle vers la précarisation de tous les individus et de tous les groupes sociaux,cette précarisation affectant à la fois la vie personnelle, le travail et les relations sociales.

Or le travail social, comme que nous le connaissons , fruit de la pensée de l’Education et le Pédagogie Nouvelle est un travail social d’accompagnement, de réinsertion. Il n’a jamais été pensé autrement que pour récupérer des gens qui pour des raisons exceptionnelles tenant à leur vécu familial , collectif ou personnel, se marginalisaient, vers une réintégration dans le corps social, supposé par ailleurs suffisamment fort et intégrateur, pour stabiliser et sécuriser de nouveau les personnes. C’est un travail social temporel, temporaire, ciblé sur des problématiques limitées, et positivement orienté vers une sortie sociale et sociétale que nous connaissons. Nous ne connaissons. Nous ne connaissons même que cela.

Or aujourd’hui, cela ne fonctionne plus et surtout ne fonctionnera plus. Nos aurons beau vouloir réimplanter des personnes, des groupes dans le tissu social  à coup de contrats, de prise en charges et de projets, ils retomberont encore et encore en précarité et marginalité. Car aujourd’hui , c’est  l’organisation économique et sociale elles mêmes qui produisent et reproduisent la désinsertion, jour après jour.

Nous devons comprendre que c’est bien le modèle même , la pensée elle même de l’acte et de l’actions sociale que nous avons à repenser.

Aujourd’hui le secteur du Travail social peut s’adapter aux réalités nouvelles en s’appuyant sur de nouveaux fondamentaux, qui constituent les seules réponses possibles, tangibles face à la précarisation.

1- L’inconditionnalité

Face à la précarité, le seul véritable antidote c’est l’inconditionnalité. Nous l’expérimentons chaque jour à Intermèdes Robinson avec des résultats plus qu’étonnants en terme de transformations de destins.  Seule l’inconditionnalité permet de se mettre au contact de la réalité sociale telle qu’elle est et non pas telle que les institutions l’ont envisagée. De cette inconditionnalité , naît toute une pédagogie , en rupture avec celle de l’Education nouvelle, et du Travail social classique. Il faut être en mesure de travailler avec ce qui arrive et celui qui arrive quel qu’il soit. On n’obéit plus à un programme, un type de public , ou une lettre de mission, mais on construit au fur et à mesure , avec ceux qui sont là , le travail qui s’impose. De l’inconditionnalité naissent d’autres caractéristiques qui y sont intrinsèquement liées et qui sont au coeur de la Pédagogie sociale: la gratuité, le don , mais aussi la capacité de durer, l’absence de limites préalablement fixées aux relations qu’on met en place

2-La proximité

L’inconditionnalité suppose en soi de mettre en place des actions qui se déroulent dans l’environnement immédiat et naturel des publics concernés; C’est la fin de l’institution: cette idée que nous avons eu de construire des environnements artificiels censés améliorer et transformer les gens, a fait long feu. Aujourd’hui  si on veut opérer sur la réalité des groupes et des personnes c’est dans leur propre environnement qu’il faut agir c’est un travail social de pied d’immeuble, de rue, d’hôtel social, de bidonville, qu’il nous faut mettre en oeuvre. Bien entendu cette proximité géographique n’est pas la seule innovation à mettre en place. Il faut y ajouter aussi toutes les autres proximités qui relèvent des pratiques à inventer: proximité culturelle, politique , mais aussi relationnelle et affective. C’est la fin du diktat de la notion de distance dans notre secteur.

3- La Communauté

Enfin ce nouveau Travail social est communautaire. Il ne repose plus sur l’individualisation des problèmes sociaux ; il prend en compte la diversité et l’hétérogénéité des territoires. Il mélange les âges , et lutte contre les statuts de minoration. Il s’agit de reconstruire du communautaire dans la société elle même , pour la rendre de nouveau vivable et habitable. Les liens noués dans ce cadre sont des liens durables qui permettent à chacun d’avoir, un lieu, d’avoir un groupe, d’avoir un espace pour vivre.

http://www.intermedes-robinson.org/index.php/2018/03/24/pourquoi-le...

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Commentaire de Joseph Rouzel le 3 avril 2018 à 8:38

kesaco cette entité : Le Social?  

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