ON M’A VENDU TELLEMENT DE RÊVES QUE JE N’AI PLUS SOMMEIL

On m’a vendu tellement de rêves que je n’ai plus sommeil  (Frau Sakura)

L’horreur des automatismes

Je me souviens de mon effroi de petit garçon face au spectacle d’un coq dont ma grand-mère  avait coupé la tête et dont le corps tentait encore, par automatisme de courir, voire de tenter de s’envoler. Aucun spectacle n’aurait été plus horrible que cette apparence de la vie dès lors privée de vie. Cette image devenait pour moi dès lors le spectacle du pire.

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Aujourd’hui et bien plus tard, je me surprends à évoquer ce même ressenti face au double discours sur les droits et la protection des enfants et particulièrement des enfants pauvres et précaires. Tout a encore dans le discours des responsables, des hommes de pouvoir et des institutions, une apparence de vie et de normalité.

On nomme les problèmes; on affiche sa volonté de les résoudre. On formule des objectifs, on sollicite les acteurs, on appelle des projets … On célèbre les droits de l’enfant. On met en scène à Paris des événements destinés à produire une critique acceptable, à faire remonter des revendications tièdes, qui ne choqueront personne, tandis qu’on applique une politique contraire en banlieue.

On s’attache et on s’accroche à un militantisme convenu. Car sinon que faire?

Qu’il est terrible, ce choix que certains acteurs éducatifs et sociaux , que certains militants de le défense des enfants opèreront, pour cautionner de telles façades, et contribuer à l’apparence des institutions et des grands principes.

Et puis, immanquablement, nous nous rendons compte que cette activité normale de nos institutions et de notre société, loin de résoudre les problèmes et les difficultés en compose finalement une partie .

Ce qui rend aujourd’hui presque acceptable des réalités que hier, encore on eût pensé impossibles c’est justement qu’elles se présentent à nous, assortie d’une intention apaisante.  C’est comme un « mais » qu’on ajouterait à toute affirmation, à toute alerte destinée à faire oublier en fin de phrase , le message du début.

« Il y a  de plus en plus d’enfants déscolarisés en France , MAIS les devoirs sont faits et l’orthographe inclusive progresse ». « Il y a des enfants , des familles à la rue de plus en plus nombreux (et pas que des migrants, ou des « fraîchement arrivés) »MAIS voici qu’on nous dit que ce seraient finalement nos constats qui seraient illusoires et que la réalité générale montrerait au contraire des progrès durables.

Persistance du déni

Quand les faits sont têtus, les dénis sont plus forts.  Progressivement on en vient à décrier ceux qui témoignent , à imaginer que sans acteurs et sans témoins des pans entiers de la société qu’on abandonne feraient moins de bruit.  Si on ne parvient pas à changer quoi que ce soit à notre monde, peut être pourrions nous demander aux réalités de changer elles- mêmes, ou à défaut de disparaître?

En tout cas rapidement, le responsable affairé, l’administratif tenu à ses objectifs, le politicien accroché à son calendrier, vont orienter leur activité sur des secteurs plus rentables et délaisser dès lors tout ce qui démontrerait trop d’impuissance. Mieux vaut chercher là où il y a de la lumière, mieux vaut aller récolter là où le champ est déjà retourné et ensemencé.

Je me souviens, jeune enseignant remplaçant,  dans une école, du malaise ressenti de ce qui se jouait dans la classe de la collègue d’à côté. Cette dame avait perdu toute santé mentale et n’assurait plus dans sa classe qu’une vague présence décalée. Les enfants abandonnés singeaient un fonctionnement de classe qui n’avait plus cours. Ils se faisaient la classe à eux mêmes sous le regard absent de leur enseignante.

J’en ai conçu dès lors une horreur des institutions mortes qui occupent encore le terrain, qui masquent les déficits, retardent les bouleversements nécessaires, empêchent tout possible et tout renouveau.   

Détruire et construire

Helena Radlisnka, à l’aube de la Pédagogie sociale avait déjà compris cet encombrement du Monde quand les vestiges du passés gênent toute construction nouvelle.

Le nécessaire changement ne se fait pas seulement attendre car il serait juste en retard, ou parce qu’il manquerait de l’énergie aux pionniers. Il est juste empêché ici et maintenant , encore et jusqu’à quand, d’advenir par l’encombrement des institutions mortes.

On ne saurait construire sans détruire, bâtir sans dégager tout ce qui conserve les apparences de la vie, et qui l’empêche partout d’advenir.

On m’a vendu tellement de rêves que je n’ai plus sommeil; que je ne veux plus dormir. Je ne veux ni vivre mes rêves, ni rêver ma vie. Je veux tout simplement que quelque chose de vivant advienne. Je veux que du nouveau puisse survenir; je veux que demain ne ressemble plus à hier ou aujourd’hui. Je veux de l’inédit, de l’espoir du vivant.

En Pédagogie sociale, on crée sans concession   Nos petits actes, nos interventions locales ont un grand atout: elles sont irréversibles.

Il n’ y a dans notre manière de travailler, aucun risque de récupération ou d’institutionnalisation. Pourquoi? Pour la simple raison qu’on travaille chaque jour avec le hasard, l’inattendu, l’étranger et que cette source ne saurait se tarir.

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