La chimère, espace ouvert à tous, espace de vie sociale , propose depuis 2005, à Voiron, un lieu « qui ne propose rien et où tout est possible ».

Formulation magique, formulation magnifique qui peut nous aider à comprendre de quoi il s’agit comme différence essentielle, entre le travail éducatif et social classique et la Pédagogie sociale.

http://www.intermedes-robinson.org/wp-content/uploads/2017/09/DSC_8458-Modifier-300x200.png 300w, http://www.intermedes-robinson.org/wp-content/uploads/2017/09/DSC_8... 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" />

En effet, sur nos ateliers , dans nos locaux, dans la rue, les bidonvilles et les espaces publics, nous ne proposons rien. Nous n’avons même pas d’activité. Comment faire sans activités? Les gens ne comprennent pas:

-« Quoi? vous ne faites pas d’activités?  »

Et nous avons bien du mal à leur expliquer (car il faut qu’ils l’éprouvent)  que il n’y a pas besoin d’activité quand il se passe quelque chose.

Et chez nous, à tout moment, quelque chose arrive.

Dans,l’opinion majoritaire et institutionnelle classique, l’activité c’est la Base, l’offre , et après , vient l’accompagnement pour y accéder ou évoluer parmi elles.

Pour l’Education spécialisée, l’Education populaire et l’ensemble des pratiques éducatives et sociales actuelles , tout classiquement est une question « d’accompagnement », de « trajet », de « passage ».

D’ailleurs, dans les écrits des acteurs sociaux de tous ces secteurs, le vocabulaire,  et surtout les verbes ne trompent pas: on accueille, on suit, on accompagne, on propose.

L’image des réalités sociales , en lien avec ces actions, est très claire. Les gens sont définis par leurs manques. Les biens sociaux ou culturels qui leur font défaut, seraient disponibles… ailleurs. Et et il n’y aurait tout au plus qu’à organiser « le passage », l’accès à »…

Il ne manquerait en somme,  à l’ordre des choses, à la manière dont est agencé le Monde, que des « opportunités », un  accès aux ressources qui existeraient déjà. Il y aurait ainsi un passage au dessus des difficultés sociales,  qui permettrait de conduire chacun, à chances égales, sur de la terre ferme et définitive.

C’est bien là, la vision libérale  du Social, de la Culture , de l’Education.

La conception de la personne en lien avec ces représentations , est de même nature. Les gens seraient définis par leurs manques et, en conséquence,  ils doivent se mobiliser pour les combler.

Les gens auraient tout au plus besoin qu’on les aide à définir et accomplir « LEURS projets ».Pour cela, il rebondiraient sur des propositions qu’on leur fait. Mais ce serait à eux d’accepter; c’est à dire qu’on attend d’eux plus ou moins de signes objectifs, des comportements positifs qui indiquent qu’ils adhèrent, qu’ils acceptent. Ils doivent être ponctuels, persévérants, méritants. Ils doivent « suivre » leurs projets.

Dès lors la porte est ouverte, l’excuse est toute trouvée pour rejeter l’échec des propositions en question sur les défauts des « bénéficiaires » qui manquent de motivation, d’investissement ou de persévérance.

En les tenant comptables des échecs de ce système, on respecterait l’autonomie et la dignité des bénéficiaires , en se limitant justement à cette stricte vision des choses: on propose et ils disposent. A eux la faute, à eux l’échec. Ils n’adhèrent pas, ils « décrochent ». N’entend-t-on pas parfois dans le institutions comme motif de rupture ou d’exclusion : « Il n’adhère pas à son projet »?

Ces représentations  sont tellement ancrées dans l’imaginaire des institutions du Social, que le premier obstacle pour imaginer autre chose, une issue, une alternative se heurte à une croyance massive: que pourrait-il bien exister d’autre? Comment oser penser autrement?

Cette vision libérale, de l’action éducative et sociale, inspirée de la philosophie de l’Education nouvelle, est difficile à mettre en cause car elle touche à une véritable morale sociale qui se voudrait atemporelle et avérée. Telle est la morale de l’accompagnement, de la proposition, de l’accueil et de l’autonomie.

Pour en sortir, le plus simple reste encore de faire remarquer que nous avons totalement changé d’environnement social et sociétal depuis les 30 glorieuses.

Nous ne vivons plus dans le même temps.

A l’ère du précariat, il est contre productif de penser l’accompagnement social comme un passage d’une situation incertaine vers une société intégrative , qui soutient et qui contient.

Cette société qui protège et au sein de laquelle on devrait être intégré, n’existe plus. Il n’est plus de terre ferme où faire passer les gens.  La Société est devenue mouvante (et non pas mobile) au sens des sables mouvants.

Le Travail social ne peut plus être « passage« , il a en charge une nouvelle responsabilité inouïe: donner du sens et du contenu à la société vers laquelle on souhaite accompagner autrui.

Aujourd’hui , la tâche de tous les acteurs sociaux s’est métamorphosée. Le travail des enseignants, par exemple,  n’a plus rien à voir avec celle des profs d’autrefois.

L’enjeu auquel ils doivent se confronter aujourd’hui,  est tout autre que celui de l’assignation des places, du  contrôle et de la transmission des connaissances : à eux de donner du sens au collectif, à l’institution,  à la séparation de l’école, de la famille, et du milieu, avant toute autre considération. Car le sens de toutes ces choses là est perdu.

De même la tâche des travailleurs sociaux , des animateurs socioculturels n’a plus rien à voir avec la médiation, l’accompagnement, la transition. Le seul travail possible consiste dorénavant à créer ici et maintenant et de fonder tant la culture , que la socialité qu’on voudrait transmettre.

L’oeuvre sociale est ainsi devenue bien complexe, mais du même coup elle est aussi plus totale, plus évidente, plus exaltante.

Ce fait, c’est tous les jours que nous le vivons à Robinson, que  ce soit dans nos locaux ou à l’extérieur. Les questions les plus traditionnelles n’ont pas de sens pour nous (et donc pas de réponse):

  • Que proposez vous?
  • Vous avez quoi comme activités?
  • Vous avez un programme?

Questions sans réponses , bien sûr et pourtant tout est possible; c’est à dire que les gens viennent et parfois depuis de nombreuses années, et tout se construit ensemble. Une foule se présente et on cuisine ensemble, on s’occupe des enfants , on échange , on travaille ; nos lieux se remplissent et se vident constamment autant de personnes que de choses qu’on nous donne qu’on donne encore , selon un mouvement interminable qui n’est autre que celui de la Vie.

Au delà du travail linéaire des institutions,  fait de lignes droites à parcourir à coups d’objectifs et d’évaluations, notre travail est cyclique et écosystémique. C’est ce qui en garantit la permanence , la durée , l’inconditionnalité et son  impact immédiat et constant.

http://www.intermedes-robinson.org/index.php/2017/09/28/ne-rien-pro...

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