La précarité est sans trêve et sans retour

http://www.intermedes-robinson.org/wp-content/uploads/2017/12/DSC_0431-Modifier-300x200.jpg 300w, http://www.intermedes-robinson.org/wp-content/uploads/2017/12/DSC_0... 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" />

Les apparentes contradictions de notre actualité moderne et politique ne doivent rien aux accidents. La même année où on étend la soit disante « trêve hivernale » des expulsions aux « campements illicites » (traduisez bidonvilles) , le Maire d’une ville de banlieue Sud, étiquetée socialiste, peut mettre 40 familles à la rue à une semaine de Noël et se vanter dans la presse de pouvoir par prochaine décision de justice en mettre 130 de plus dans quelques semaines à peine… le plus légalement du Monde

Que se passe-t-il quand la loi ne fait plus Loi? Par quelle astuce , par quelle magie?

Et bien c’est tout simple , il n’existe plus aujourd’hui aucune production de droit nouveau qui ne soit réversible, et qui ne contienne son propre désaveu et son propre recul.

Entropie et vulnérabilité

Tout droit nouveau est aujourd’hui réversible et il en est ainsi de tout progrès que nous connaissons dans notre vie professionnelle, sociale, économique, familiale et même personnelle. Toute amélioration appelle de nos jours son envers, sa régression et sa disparition prochaine. Nous avons placé dans l’ADN même de toute avancée de notre vie, une clause de réversion.

La loi sur la trêve hivernale comptait beaucoup de limitations dans son énoncé même ainsi qu’une grande marge d’interprétation; ne nous étonnons donc pas de  son double sens.

Et ainsi en est-il de toute progression dans nos statuts et dans nos situations. La modernité, nos vies modernes sont sous le signe de ce qu’on appelle la « vulnérabilité » c’est à dire de la réversibilité de tout acquis et de tout progrès.

Comment comprendre le sens de ce mouvement, d’une telle entropie? Il faut le voir comme si le sol sous nos pieds, autrefois plat ou en descente  s’était soudain dressé devant nous comme une pente raide à gravir. Ainsi tout progrès que nous accomplirions , que nous obtiendrions , sera toujours le résultat d’une lutte, d’un arrachement. L’état normal des choses a  changé : il est dorénavant et jusqu’à nouvel ordre (mondial) , à la descente.

  Les progrès sont vulnérables et les descentes sont irréversibles. Cela ne signifie pas que tout va toujours mal ou toujours vers le pire. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de progrès , ou plus d’avenir tout court. C’est cela qui nous trompe . Car celui à qui on brosse le tableau des réalités les plus froides  peut toujours nous accuser de pessimisme ou de parti pris.  Il avancera devant nous quelques progrès dont la plupart se résument cependant aux formulations et aux intentions.

Passage de la vulnérabilité à la précarité

C’est bien ce passage de la vulnérabilité à la précarité que les acteurs sociaux doivent apprendre et comprendre. On n’est plus du tout dans la vision d’un travail classique vers l’autonomie, vers une société inclusive vers une société qui retient et soutient, mais au contraire dans la production de déséquilibres, de rapports de force à changer et inverser.

Littéralement, nous avons à « armer » les plus vulnérables, à leur donner une éducation guerrière , non pas à la manière individualiste et libérale de « chacun pour soi et tous contre tous », mais à la manière de la Pédagogie sociale, par l’apprentissage de la conscience de sa double condition (personnelle et collective), et des moyens de s’en émanciper.

Philosophiquement , le passage de la vulnérabilité à la précarité, c’est le passage de la réversibilité à l’irréversibilité, qui est la marque même de la précarité.   Car la précarité est empêchement,  enfermement et irréversibilité par le déploiement d’une infinité d’obstacles aux objectifs de progrès les plus anodins. La précarité est production d’empêchements et de ce fait, elle nous concerne tous.

Philosophie de la Précarité

Les acteurs sociaux en réflexion, qui voudraient adapter leurs pratiques professionnelles, à ce qu’ils appellent « le développement des publics précaires », se trompent d’objet. Ils se trompent aussi de sens quand ils croient que les précaires seraient des gens, très éloignés d’eux mêmes, forcément peu nombreux (cars ils seraient les plus pauvres d’entre les pauvres). Pour ces publics d’exception, ils seraient prêts à croire qu’il faudrait aussi des pratiques d’exception, qui ne remettent pas en cause la majorité ou le cadre commun. Ils se trompent car ils ne perçoivent pas l’essentiel, à savoir que les précaires, ce sont eux tous, ce sont nous tous.

Cette précarité que l’on veut voir chez l’autre, chez le migrant, chez l’exclu, est bien plus à l’oeuvre dans nos propres cadres de travail de plus en plus « enfermés », dans nos pratiques de plus en plus contraintes et limitées , dans nos statuts de plus en plus menacés et dans l’impossibilité où on nous met de penser notre propre travail.

  Le pauvre manque d’argent, mais le précaire, lui, manque d’organisation, c’est à dire de décision, de la capacité à s’organiser, à posséder la science et la pratique de son propre travail; il est plongé dans l’impossibilité de faire oeuvre de lui même.

S’évader de la Précarité

La précarité est irréversible c’est à dire qu’on lutte vainement contre elle et ses effets. On ne pourra et ne saura pas l’éradiquer, pas plus que les bidonvilles ou la pauvreté des enfants. Il ne sert à rien de rajouter des prestations, des initiatives, des projets et des programmes .  Il ne sert à rien de mettre « plus de quelque chose », ou de reproduire les mêmes pratiques avec plus d’efficacité, en les « ciblant » ou en les renforçant. On ne changera rien avec  » plus de la même chose »,  tout comme l’enfant qui ne supporte plus sa scolarité, ne gagne rien à « redoubler » le niveau qu’il a déjà échoué. On ne saurait (re)manger ce qu’on a  déjà vomi.

On ne lutte pas contre la précarité comme on prétend toujours le faire, mais, à l’inverse, en bâtissant d’autres choses, dans d’autres espaces, d’autres friches, sur d’autres terrains qu’on n’a jamais investi et que d’ordinaire, on méprise.

La véritable arme contre la précarité est de faire autre chose, de repenser le travail autrement et sur d’autres valeurs ( un autre triptyque que la salariat, les loisirs et le chômage). De re-fonder le travail social sur d’autres principes comme l’inconditionnalité, le don, le travail véritable, le durable.

Elle est là l’épreuve la plus dure, la plus difficile: celle d’abandonner nos terrains et nos méthodes. Comment ceux qui ont tant gagné et tant investi dans ce qui ne fonctionne plus, auront-ils le courage d’en sortir? Garderons-nous comme pilotes ceux qui nous ont mené au précipice? Et jusqu’à quand?

http://www.intermedes-robinson.org/index.php/2017/12/17/la-precarit...

Vues : 48

Commentaire de Joseph Rouzel le 21 décembre 2017 à 8:07

Salut Laurent. Tu fais un petit passage? Un petit tour et puis s'en va... 

Commenter

Vous devez être membre de REZO Travail Social pour ajouter des commentaires !

Rejoindre REZO Travail Social

Parole de Sagesse

« Quand un groupe d'hommes renie l'Etat sous l'autorité duquel il avait jusqu'alors vécu, il est bien près en fait d'établir son propre gouvernement. »

Gandhi

Astuces techniques

Désactiver les notifications par mail à chaque réponse dans un forum ou un groupe (dans le cas où votre boite serait "saturée" de message).

Recevoir les communications envoyées à tous les membres du REZO qui peuvent être filtrées par erreur par votre boîte mail.

Contribuer

Pour soutenir REZO, participer aux frais d'hébergement, de maintenance et améliorations :


Merci !
Erwan, administrateur du REZO

Remarque :  pour ceux qui sont réticents à payer en ligne, il est aussi possible d'envoyer un chèque.
Merci de me contacter pour que je vous envoie les coordonnées postales.

Forum

L'avenir des jeunes générations...

Démarrée par PENDANX Daniel dans Général. Dernière réponse de Christine Soler Il y a 11 heures. 11 Réponses

Après le parent 1 et le parent 2, va-t-on numéroter aussi les enfants ? FIGAROVOX/TRIBUNE - Avec une gravité teintée d'humour, trois psychanalystes s'interrogent sur les répercussions symboliques d'une décision adoptée discrètement par la mairie de…Continuer

internship for Foreign trainee in Hotel/Restaurant...

Démarrée par greglazor dans Général lundi. 0 Réponses

hello everyone.. I am trainee at a hotel school,we study cooking,servece in Restaurant,languages,etc I have to pass an Internship (training ) for 2 months,July and August. I just want to know if I can get an Internship in Finland,I wish that u will…Continuer

Billets

La société des oiseaux tombés

Publié(e) par Laurent OTT le 19 avril 2018 à 19:02 0 Commentaires

Qui, enfant, ne s’est pas pris au moins une fois de passion pour un oisillon tombé d’un nid?

Combien de générations d’enfants n’ont pas tenté, le plus souvent en vain, de nourrir et d’héberger , ce…

Continuer

© 2018   Créé par Joseph Rouzel.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation