Une des premières choses qu’on découvre quand on travaille dans la précarité , et auprès des précaires, c’est de voir comment les groupes et les personnes concernées ont été petit à petit spoliées du moindre pouvoir de changement ou de disposition de leur vie. Leur emploi du temps est littéralement plein de l’activité d’entretenir la précarité, de gérer les situations d’urgence qui se bousculent, de courir toujours au plus pressé, de tenter de réparer encore et encore des situations qui de toute manière , in fine, leur échappent. Le mythe de Sisyphe, c’est la précarité en elle même , c’est à dire ce mélange d’absurdité (à quoi sert de courir…) et d’impossibilité absolue ressentie de faire autrement, ne fût ce qu’un instant, par peur de désastres pire encore.

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Il n’y a  pas de liberté dans l’absence d’activité pas plus que de possibilité d’initiative ou de création , dans le chômage. Il en est ainsi ,celui qui est exclu de toute activité ne s’appartient pas.   Elle est sans doute là la véritable leçon du travail sous sa forme capitaliste. Son importance , son intérêt ne sont ni la production, ni même le profit en tant que tels. La véritable utilité du travail capitaliste est de produire le travailleur capitaliste, c’est à dire le prolétaire, celui qui littéralement n’appartient pas à lui même.

Et de fait qu’il soit occupé, exploité sous la forme salariale ou inoccupé et cantonné sous la forme de RSA-ste ou inactif, ce qui est vraiment interdit au prolétaire, ce qui caractérise sa condition, c’est la dépossession de son propre temps, de son propre espace, de son environnement et de sa vie.

Si le travail industriel a été « spoliation des moyens de production », le (non)travail moderne, quant à lui,  est spoliation de tout le reste : de soi, de son habitat, de sa vie, de ses envies, de sa famille.   Et quand le travail de type salarial est en crise, pour garder la mainmise et éviter toute perte de contrôle, un autre mouvement idéologique s’impose; celui ci est relayé par les institutions et même de plus en plus par les acteurs sociaux eux mêmes: il s’agit de la culpabilisation (ou de la responsabilisation)

Ainsi , le pauvre et le précaire sont ils aujourd’hui de plus en plus renvoyés à la mise en cause de leurs responsabilités personnelles de leurs choix. Non seulement, ils ne s’appartiennent plus, mais en plus  ils sont responsables de tout. C’est une étrange logique, mais qui fonctionne un peu partout, qui affirme  que moins on a de réel pouvoir pour changer les choses, et plus on en devient responsable.

La raison d’être de « la responsabilisation » des pauvres et précaires  est bien entendu de faire tenir le système quand justement celui ci ne tient plus grand chose.  C’est quand le travail ne fonctionne plus qu’on est responsable de son chômage. Demander des comptes à ceux qui n’ont rien c’est ce qui permet de les dissuader de la moindre révolte , de la moindre alliance, de la moindre prise de conscience.

Il n’est pire douleur sociale que la dépossession de soi. C’est celle-ci qui est en cours pour tous les enfants et adultes précaires. Seule la prise de conscience que le désastre tant redouté a  déjà eu lieu, que le pire s’ets déjà produit, permet de sortir de ce cercle vicieux, de renoncer à réparer tout ce qui est cassé, de renforcer ce qui est perdu.

On redevient soi même , on se ré-approprie qui on est, dès lors que nous n’avons plus rien à perdre.

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