C’était une jeune fille de seize ans, en errance. J’ai participé à son entretien en vue d’un hébergement dans le centre où j’étais alors… Elle est très polie, souriante, vraiment agréable. Elle parle énormément, presque sans respirer. Elle nous annonce directement que « le système, elle connaît » elle est passée par plein de centre (SAAE, SAIE, COO, etc) et elle sait « comment ça fonctionne. » Elle dit aussi qu’elle sait ce qu’elle veut, et que ce qu’elle veut, c’est trouver un SAAE qui lui permette de mettre en place un projet d’autonomie. Lorsque l’intervenant social lui demande si elle sait comment nous fonctionnons, moment de vide… « Non » répond-elle. Mais elle reprend aussitôt, toujours logorrhéique. Elle nous parle de son parcours : pourquoi elle a quitté son ancien centre, pourquoi elle n’est plus chez ses parents (« j’ai eu des violences familiales : ma mère me bat, mon frère aussi. S’il y a un problème, c’est toujours ma faute, de toutes façons… » ). Elle continue, en nous répétant qu’elle sait comment le système fonctionne, qu’elle a déjà été voir des psy, et qu’elle sait très bien qu’elle doit continuer à avoir un contact avec sa mère, parce que c’est sa mère. Je lui demande : « Raison suffisante? » de nouveau, un gros vide, puis « Non, me répond-elle, pas pour moi. Mais pour les psys. » Je souris, elle me regarde avec étonnement.

Tout son discours est organisé, logique, enchaîné. On sent qu’elle l’a répété de nombreuse fois, et qu’elle le répète presque en soliloque pour aller vite, « pour être efficace » , comme elle dit. L’équipe décide de l’accueillir et de travailler avec elle. Je demande une co-référence, même si je suis là depuis très peu de temps.

Dès le départ, elle me plaît. Elle a l’air volontaire, motivée, décidée. Elle déborde d’énergie, voudrait se lancer dans plein de projet : au long de la première semaine, elle me parle de partir sur un chantier humanitaire, ou bien en Erasmus, elle me dit aussi qu’elle voudrait faire de la danse, qu’elle a trouvé des cours, mais qu’ils sont chers et que sa mère refuse, et que c’est pareil pour le chant. En même temps, elle aimerait accroître sa culture générale, et dévore littéralement les bouquins qu’elle trouve dans l’institution. Elle me dit que ce ne sont pas les premiers qu’elle lit. Nous avons d’ailleurs un véritable échange autour de ses lectures. Elle me demande mon avis, des conseils, des titres. L’équipe, qui avait voulu qu’elle prenne un peu le temps de se poser, lui avait demandé d’écrire une liste avec tout ses désirs. J’avais repris cette liste, et lui avait demandé de l’organiser en trois critères (Projet – Envie – Rêve) et cela avait donné naissance à un projet : parmi toutes ses envies, je lui avais proposé d’en choisir une (elle avait sélectionné « aller à l’opéra ») que nous pourrions mettre en place ensemble.

Lors d’une supervision, je parle de cette jeune. Je questionne : « elle a sans arrêt des projets, elle ne s’arrête jamais, j’ai très envie de l’aider, mais je ne sais pas trop comment faire. » Notre superviseuse s’exclame : « C’est très intéressant de voir que chaque personne avec qui nous travaillons nous renvoie à nous-même. Peut-être qu’en prendre conscience te permettrait d’y voir plus clair. » Quelques instants plus tard, mes collègues me demandent « pourquoi cette jeune et pas les autres? » Sourires malicieux, clins d’yeux amusés. Je réponds que je n’en sais rien, évidemment. Après la supervision, certains viennent me féliciter puisque visiblement, je suis, comme eux, dans l’implication supérieure. Il me faudra longtemps avant de comprendre, et plus longtemps encore avant d’accepter. Je ne suis d’ailleurs toujours pas sûr d’accepter ça aussi naturellement qu’eux le faisaient.

Un jour, j’ai accompagnée la demoiselle à la banque, parce qu’elle voulait ouvrir un compte à son nom. L’homme qui nous a accueilli lui a dit qu’elle ne pouvait pas le faire sans un responsable légal. Elle s’est énervée très rapidement, sortant des « Le SDJ m’a dit que j’avais le droit » et essayant d’expliquer sa situation (mais elle ne jouait pas sur l’empathie de l’homme, elle essayait juste qu’il entende qu’elle avait des difficultés et que donc « il pouvait bien faire un effort » comme elle le dira plus tard). J’ai dû intervenir, tant je la sentais partir dans la colère. Lors du trajet vers la deuxième banque, je lui ai dit de ne pas avoir trop d’espoirs et que la réponse serait probablement la même, et je lui ai aussi conseillé de se mettre dans une position de question, et pas d’exigences. La deuxième fois a été beaucoup plus productive pour elle, puisqu’elle a eu des réponses qui se référaient à la Loi (instance qu’elle comprenait très bien).

Quelques jours plus tard, nous avons eu une très longue conversation. Nous étions dans la cuisine, assis face à face. Je m’étais fait un thé et les autres regardaient la télévision avec un autre éduc. Tous en avaient marre de parler avec elle. Je me suis assis, et avant qu’elle ne reparte, je lui ai demandé si elle voulait un peu de thé.  Elle s’est installée en face de moi. Pendant que je le lui servais, je lui ai demandé comment elle allait. Elle m’a dit qu’elle était contente parce qu’elle avait réussi à retrouver son père, à le rencontrer (ce qu’un de mes collègues m’avait déjà dit) et que ça lui avait vraiment fait du bien. La discussion a continué comme ça pendant plus d’une heure, traversant plein de questionnement, notamment vis-à-vis des intervenants du centre, et de sa mère. Une discussion profonde et parfois, très philosophique, à plus d’un titre. C’est la première fois que la relation éducative me paraît naturelle.

Son premier départ n’a pas été des plus agréables : elle s’était engueulée pour une histoire de conso avec un des intervenants sociaux, et a fini par partir en claquant la porte. Mais nous continuons à la voir, elle reste dans l’orbite de l’institution. Elle vient régulièrement nous dire bonjour, demander un petit coup de main, un contact, qu’on appelle son avocat ou qu’on intervienne comme médiateur avec une autre institution.

Elle est revenue, bien plus tard. Pendant qu’elle attendait, assise jambes croisées, dans le couloir pour son entretien, je me suis installé en face d’elle, debout, appuyé contre la cheminée, chevilles croisées. Au début de notre discussion, nous sommes interrompus par un autre jeune, affalé sur le siège à côté de la jeune, mains dans les poches, et qui me lance “Dis, il faudra qu’on regarde pour mes horaires de train pour demain.” Une fois qu’il a fini, je le remballe en lui disant que j’ai bien entendu sa demande, mais que pour l’instant je suis occupé puisque je parle avec quelqu’un d’autre. Il se lève et s’en va. Elle, elle me dit qu’elle en a marre de galérer, que ça fait trois mois qu’elle tourne de la rue en centres, de centre en centre. Elle est un peu inquiète pour les fêtes, qu’elle ne sait pas où passer. Cette jeune me touche énormément. Elle est très féminine, mais elle a un côté hard, elle a la gniak, ce qui lui donne un côté garçon manqué, volontaire et déterminé qui m’impressionne.

Quelques jours plus tard, j’ai eu une longue discussion avec elle, à propos d’elle, de ses relations aux autres et notamment à sa mère. Pour maintenir la conversation, et ne pas paraître impoli, j’ai répondu aux quelques questions qu’elle posait, qui ne m’ont pas paru trop intrusives. Un véritable échange se met en place. Plus tard, en rentrant chez moi, je me questionnerai : était-ce du copinage? ai-je dépassé mes limites, mon cadre? suis-je resté professionnel?  Pourtant, les éducs ici font ça tout le temps : un de mes collègues, par exemple, s’est récemment impliqué personnellement dans la situation d’un jeune en l’hébergeant chez lui pour le week-end pour que le jeune, qui est hors délais, puisse revenir au centre dès lundi, et tout le monde a trouvé ça bien.

Je me suis dit que si je voulais comparer, comprendre, je dois expérimenter! C’est aussi ce que semblent me dire mes collègues et ce qui ressort de mes séminaires où je passe trop souvent pour un extra-terrestre. Je pense trop. Alors j’essaye de me poser le moins de question possible, et en viens naturellement à parler d’abonnement Go!péra avec elle. Je propose de le lui payer pour qu’elle puisse continuer à aller à l’opéra quand elle sera partie du centre. Je lui demande de ne pas en parler aux autres jeunes. Elle manifeste une joie intense. J’ai le sentiment d’avoir bien fait.

Malheureusement, la sortie ne se fera pas, la direction jugeant l’oeuvre visée « peu abordable pour une jeune. » Nous reportons cela, mais son départ du centre finit par arriver, le projet opéra ne sera jamais achevé. Elle ne vient jamais y travailler, me demande de réserver pour elle, mais ne m’amène jamais les documents nécessaire. Je me demande quel sens elle mettait dans ce projet. Et je me le demanderai toujours, car elle cessa de venir, même en orbite, du jour au lendemain, et ne donna plus de nouvelles.

Récemment, j’ai recroisé cette jeune. En dehors de toute institution, de tout cadre professionnel. Je lui offre un verre le temps de papoter avec elle. Elle a bien changé. Elle n’a pas abandonné ses jean’s, mais a opté pour une coiffure plus traditionnelle. Elle parle toujours autant. Elle va au théâtre quand son job le lui permet, me dit-elle. Cela signifie pas très souvent. Elle bosse comme commis dans une brasserie. Visiblement, elle s’en est sortie. Et, avec un étrange brin de fierté, je me dis que ce n’est pas grâce à moi.

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Commentaire de PENDANX Daniel le 24 février 2017 à 0:22

Implication supérieure = priapisme éducatif 

J'aime que par ailleurs vous affirmiez vos réserves par rapport à la psychanalyse , cela pourrait présager du meilleur, c'est à dire non pas d'une "adhésion "  mais d'une véritable demande, de psychanalyse... Mais peut être vous faudra-il davantage vous salir et être blessé. .. Je ne veux pas vous faire perdre tout allant ou toute gaieté,  mais tout de même un peu... 

On vous lit tellement au bord du refoulement du désir, entendez là,  du "sexuel"  (sourires entendus de vos collègues ), que je me dis qu'un garçon comme vous ne devriez pas en rater l'expérience. .. , de l'analyse , pour se supporter désirant. .. dans l'impossible reconnu et supporté de la Satisfaction... 

Une question : dans quel cadre légal votre institution peut décider de l'accueil d'une telle jeune?

Un conseil de lecture : j'avais donné sur le site de psychasoc un texte de collègues sur la question de l'urgence par rapport à ces adolescents, un texte très sage et très instructif... 

cordialement, 

D. Pendanx

Commentaire de Yuri Didion le 24 février 2017 à 0:57

Bonjour, 

C'est une ancienne rencontre, que j'ai faite dans une autre institution. Laquelle travaillait dans l'aide à la jeunesse, hors mandat, sur base d'une demande volontaire du jeune. A partir du moment où le jeune formulait clairement "je voudrais que vous m'hébergiez" et où il était capable de mettre du sens derrière cette demande, nous l'accueillions.

Par contre, le fait que vous compariez ce que cette équipe (et moi dans cette équipe) appelle "implication supérieure" à une pathologie érectile dangereuse me questionne énormément. Voudriez-vous m'éclairer?

Ce qui me dérange profondément dans la psychanalyse c'est ce retour constant au sexe, et plus précisément au sexe masculin. Une théorie qui s'aveugle à ce point dans une seule voie d'accès à l'humain ne voit plus que ce qu'elle veut voir. Cela reste un avis néophyte en la matière, n'ayant jamais étudié la psychanalyse en profondeur. En terme de thérapie, je suis plutôt dans la Gestalt. 

Commentaire de Louise le 24 février 2017 à 1:05
Il est un peu tard pour vous répondre et je reviendrai.
Pourquoi ne souhaitiez vous pas qu'elle en parle aux autres jeunes?
Je n'avais jamais entendu parler d'implication supérieure. Est-ce que cela vous dépasse? Serait-ce le graal à atteindre?
Ne le prenez pas mal mais ça me fait drôle cette expression.
Commentaire de Yuri Didion le 24 février 2017 à 1:28

Je ne le prends pas mal, cela m'a semblé étrange longtemps, même après avoir quitté cette institution. En fait, il a fallut assez longtemps (et notamment quelques séances avec ma thérapeute, haha) pour que cela se dédramatise.

Cela voulait simplement dire qu'on s'implique "plus" dans la relation, qu'il y a quelque chose dans la relation qui dépasse le strict cadre de l'institution. Ce n'était pas un Graal à atteindre, mais l'équipe interprétait cela plutôt comme le fait du travail du jeune. 

Et je ne souhaitais pas qu'elle en parle aux autres jeunes simplement parce que j'étais mal à l'aise. En en parlant plus tard avec l'équipe, il est ressorti que ce secret rendait la chose plus compliquée à gérer et cela s'est vérifié.

Commentaire de Rigaud Laurent le 24 février 2017 à 9:05

Bonjour Yuri,

Le "Projet Opéra" me fait penser au "dessine moi un mouton" du petit prince. Tant que Saint-Exupéry s'échine à dessiner le mouton le petit prince n'est pas satisfait.

De mon côté, je pense que la psychanalyse est intéressante à condition de ne pas la laisser aux psychanalystes.

"Dès le départ, elle me plaît" ... Cette phrase m'a sauté au visage et il y a peut-être effectivement quelque chose à regarder, à travailler, du côté du désir, voire, de l'érectile car que se serait-il passer si dès le départ, elle ne vous avez pas plu? D'ailleurs ce jeune qui est venu parler de son billet de train semble avoir briser un moment d'intimité.

Laurent

Commentaire de PENDANX Daniel le 24 février 2017 à 18:56

Ce n'était apparemment pas une jeune fille disons trop "carencée ", mais plutôt une adolescente qui se trouvait avoir agi une "rupture" avec sa mère en raison semble-t-il (pour ce que vous en évoquez) de bagarres et d'un vécu significatifs d'un défaut de triangulation de sa scène familiale. En raison donc de cette impasse si commune qui est celle de la structuration subjective œdipienne, qui est aussi impasse dans la séparation d'avec les deux parents. Je souligne toujours ici avec mon bon Winnicott (c'est pas mal comme lecture vous savez) que la séparation n'est pas la rupture mais une autre forme de liaison...

Sur cette impasse de la dite structuration œdipienne, impasse du "passage" qui est aussi impasse dans la transmission (impasse qui regarde donc d'abord les "parents", parents institutionnels compris), nos milieux ont toujours butté.

Ce que vous appelez alors "implication supérieure " - implication engagée dans un contexte institutionnel dont je ne vois pas très bien comment il se trouve juridiquement référé [d'où en contrepoint cette scène à la banque, où je vous vois Yuri reprendre vos esprits, c'est à dire retrouver ce qui à mon sens correspond au meilleur de la fonction médiane de l'éducateur par rapport à cette jeune fille] - me paraît présenter tous les risques de la relation duelle imaginaire ( = aux jambes croisées de l'une font pendant les chevilles croisées de l'autre... , je me moque gentiment). Plus on s e trouve sur-investi d'un côté, et institutionnellement dé-référé de l'autre, et plus grands sont les risques du subjectivisme, des projections sauvages, ceux comme disait Dolto, du "transfert de séduction" , avec ses retours de flamme...
Dans le cas présent j'ai du mal à me faire une idée : en raison du fait que la jeune fille n'était pas trop "destroy", plutôt déjà éduquée, et puis aussi du fait que vous vous retrouviez devoir supporter ses départs (et vous semblez avoir encaissé cela, et si je vous lis bien, avoir même "compris" qu'il y avait là un essentiel, d'où peut-être aussi votre écrit, valant comme expression d'un certain deuil, et votre propre départ de ce lieu)...Ce qui fait qu'elle a peut-être au fond plus bénéficié de son passage et de la rencontre avec vous qu'elle n'en a pâti ... Mais en cette affaire je laisse toujours le questionnement ouvert... Et en cette affaire, celle des bénéfices retirés, il faudrait d'abord aussi s'entendre sur ce qu'on considère être un "bénéfice" (nombreux considèrent par exemple que le jeune héros du film La Tête Haute profite de son parcours, mais moi je ne vois pas les choses ainsi. Cf mon article dans Cultures&Sociétés de l'été dernier). Je rapporte toujours cette affaire du "bénéfice " à la problématique de la "justice généalogique " ( que chacun paye son dû, qu'il n'y en ait pas de sacrifiés pour que les autres continuent à "faire les beaux "...), celle donc de l'éthique ainsi articulée. ..

Alors oui je crois en effet qu'un certain sur-investissement, souvent accompagné de débords, de passages à l'acte (plus ou moins masqués, repérés comme tels, comme transgressions de la Limite), a pour fonction d'éviter la mise en jeu de plus justes distances, d'éviter aussi la confrontation et le conflit, les exigences et les conditions de son élaboration par chacun...

C'est comme si avec "l'implication supérieure " (naïf écho du Grand Amour romantique) pouvaient être évitées la négativité, la dépressivité, effacées la peine du vivre, la douleur du renoncement, le temps de la détumescence n'est-ce-pas... d'où le trait ironique qui m'est venu, associant ce mode de sur-implication éducative revendiquée à une bandaison qui n'en finit pas... Mais bon, c'est sûrement ma méchante nature qui me rend ainsi moqueur... (Le priapisme moi je crois que c'est lié à un terrible fantasme d'emprise, comme si la bandaison pouvait se commander... Sur quoi Brassens a eu des paroles définitives... Fernande!)

Deux dernières remarques:

- vous notez que la jeune fille est heureuse de retrouver son père... En regard là encore de ce qui résonne dans votre récit (récit à bien des égards épatant, fidèle à la réalité comme ce film dont je parlais, et dès lors un excellent support pour un "travail" d'après coup ) il serait très intéressant d'en savoir un peu plus sur le contexte familial initial... Et de là il conviendrait - ce qui n'est pas à la mode je sais -, d'interroger et de réfléchir à ce qui peut venir s'engager, tout aussi bien pour le meilleur que pour le pire (le pire tenant au redoublement de l'impasse duelle et au triomphe œdipien à bon compte de l'adolescente avec son père par rapport à sa mère, et le meilleur au rééquilibrage des deux figures fondatrices, jouant sur un mode croisé, pour la jeune fille ) dans de telles "retrouvailles"...

- vous êtes vous demandé d'où lui venaient ses charmes et son caractère bien trempé? Autrement dit, a-t-on idée quand on entre ainsi en relation avec un jeune sujet (ou tout autre) qu'il n'est pas tombé du ciel, d'un désastre obscur, qu'il ne s'est pas fabriqué lui-même, qu'il a en lui, le constituant, comme disait mon cher Freud, une pluralité de personnes psychiques? Ce qui devrait aider à comprendre que quand une telle jeune fille par exemple "attaque" sa mère et bien d'une certaine façon elle s'attaque à soi... Ce qui engage alors à la prudence, y compris quand il s'avère comme parfois que l'enfant doit être coupé en droit de celle-ci...

L'essentiel c'est de sauver les images qui fondent un enfant, y compris donc parfois, je le redis, de sauver l'image de sa mère en tant qu'image participant de sa structuration symbolique, tout en le coupant de cette mère... Mais cette coupure n'est en droit qu'à la seule charge des juges. Sauf à laisser faire les mafias bien-pensantes, et faire de ces jeunes de bonnes prises pour le narcissisme de certains.

Commentaire de PENDANX Daniel le 24 février 2017 à 19:43

Et puis une troisième pour la route :

il n'y a nulle réduction machiste dans la psychanalyse, nulle défense de je ne sais quel "patriarcat", dans la confusion habituelle du réel et du symbolique ! S'il y a bien un abord qui conjugue différence et égalité des sexes, avec pour tiers terme (dans la représentation) celui du Phallus (qui n'est pas le pénis, comme le tableau de Magritte n'est pas une pipe!), c'est bien celui de la psychanalyse.

Le phallocentrisme (le dit "primat du phallus") que découvre la psychanalyse est celui de la libido, celui du désir inconscient, des identifications inconscientes, de l'infantile, et non la marque du discours de la psychanalyse... Ce qu'on appelle "défense de l'ordre symbolique" n'est pas, dans la perspective ouverte par la psychanalyse, perspective qui est la mienne, prêcher dans la confusion des registres du réel et du symbolique le retour au passé! Je l'ai maintes fois souligné : je me distancie autant de ceux qui, au prétexte de l'égalitarisme, désarticulent le réel du symbolique, que de ceux qui, pour s'opposer à la déconstruction en cours, confondent donc ces registres ... Je regrette d'ailleurs que quelqu'un comme Joseph, et tant d'autres, puisse projeter sur ma position (celle de Pierre Legendre à qui je dois beaucoup), sur mon propre discours, cette confusion, en me prêtant , pour des motifs dont il semble depuis trop longtemps ne rien vouloir savoir, des intentions démenties par ce qui a été mon trajet, et par tous mes écrits.

Alors oui c'est bien ce phallocentrisme qui tient le fond de l'être de chacun, faisant de la femme un "homme castré", et de l'homme le possesseur du saint phallus imaginaire, qu'il s'agit bien sûr pour chacun de symboliser, dans la conquête, l'assomption subjective de sa propre division sexuée, selon son sexe. Ce qui laisse bien sûr toujours pour chacun ouvert à l'infini sa dialectique interne, celle de l'identité/altérité...

Dans l'inconscient, dans l'imaginaire inconscient, le "masculin" est confondu à la possession de ce phallus imaginaire que l'enfant prête à maman, qui ferait de l'homme tout à la fois celui qui est "total", donc le sexe supérieur! Nous sommes là aux sources du machisme et de son décalque inversé qu'est le féminisme ultra! Mais la psychanalyse pour découvrir et éclairer ces travers et leurs sources ne confond pas, comme la plupart de ses détracteurs, les registres de la représentation! Sur quoi Lacan a beaucoup aidé à clarifier un peu plus les choses avec sa distinction des registres de l'imaginaire, du réel et du symbolique.

« HANS. – Maman, as-tu aussi un fait-pipi ?
MAMAN. – Bien entendu. Pourquoi ? »

Une autre fois, Hans regarde, toute son attention tendue, sa mère qui se déshabille avant de se coucher. Celle-ci demande : « que regardes-tu donc ainsi ? »
HANS. – Je regarde seulement si tu as aussi un fait-pipi.
MAMAN. – Naturellement. Ne le savais-tu donc pas ? »

Freud, Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans)

« … ce dont il s'agit pour l'enfant, c'est de changer profondément tout son mode de relations au monde, d'admettre ce qui doit être enfin de compte admis à la fin, et que les sujets parfois mettent toute une vie à assumer, à savoir que, dans ce champ privilégié du monde qui est celui de leurs semblables, il est effectivement des sujets qui sont privés réellement de ce fameux phallus imaginaire. Et vous auriez tort de croire qu'il suffit d'en avoir la notion scientifique et articulable, pour que ceci passe, soit admis dans l'ensemble des croyances du sujet.
La profonde complexité des relations de l'homme à la femme, vient précisément de ce que nous pourrions appeler, dans notre rude langage, la résistance des sujets masculins à admettre effectivement que les sujets féminins sont véritablement dépourvus de quelque chose, et à plus forte raison, qu'ils soient pourvus de quelque chose d'autre.
…C'est littéralement à ce niveau que s'enracine une méconnaissance souvent maintenue avec une ténacité qui influence toute la conception du monde du sujet, et tout spécialement sa conception des relations sociales. Elle est maintenue au-delà de toute limite chez des sujets qui ne manquent pas de se tenir eux-mêmes, et avec le sourire, pour ayant parfaitement accepté la réalité. »

Lacan, La relation d’objet (Séminaire IV, leçon du 3 avril 57)

Commentaire de Joseph Rouzel le 26 février 2017 à 11:21

Question de transfert, non? ça pose la question dont le transfert est pris en compte dans l'institution. Quels espaces d'élaboration? Quel est l'objectif de la supervision, puisque vous en disposiez? Il ne me semble pas que le transfert y ait été vraiment questionné et élaboré. Parler d'"implication supérieure" ne fait que masquer la chose, il me semble. Jean Oury nous dit un jour que lorsqu'on se pointe dans une institution il faut y aller avec un compteur Geiger!Ce CG repose sur une question: est-ce qu'on prend au sérieux le transfert dans cette institution? Sinon, précise Oury, foutez le camp à toutes jambes...

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