En 2006 une étude démographique relevait que 40% des SDF étaient passés par la Protection administrative et judiciaire de l’enfance…

 Où en sommes-nous ?

 J’ai maintes fois eu l’occasion sur ce forum, d’ouvrir le questionnement critique sur le sort réservé aux « protégés » de la protection de l’enfance… De Mommy à La Tête haute en passant par les frères Kouachi… Je l'ai fait, pas complètement seul, je pense là par exemple  à ce que de son côté Jean-Jacques Gérard a proposé de prendre en compte, et puis aux témoignages sensibles de Louise, à ce que Laurent Rigaud, d’autres aussi, mettent sur la table du devenir des cas… En dernier lieu, le cas si dramatique, de Félix, le sans-parent…

 L’enfer des foyers et de bien des institutions est une lourde réalité !

 Peut-on penser de façon raisonnable, sans être pris dans le duel idéologique, dans la seule logique comptable ou les contes de fée « humanistes »,  que tant de déstructurations individuelles et institutionnelles tiennent à une affaire de « moyens » et non d’abord à un phénomène « culturel », celui, le plus actuel,  du malaise dans la civilisation de l’animal parlant ? Peut-on sérieusement considérer  que les enjeux les plus cruciaux de la protection de l’enfance ne sont pas  d'abord des enjeux institutionnels et symboliques, juridiques – ceux de la dé-symbolisation de la fonction parentale institutionnelle –, des enjeux autrement plus décisifs pour le cours de la structuration des sujets traités ?

 A l’enseigne de Big Mother et de l’Etat Providence – l’Etat qui veut notre Bonheur, le Bon Etat qui rase et supervise gratis –, et sous le règne d’un positivisme éducatif et thérapeutique généralisé (en lequel se noue le narcissisme professionnel, ce que Freud nommait lui "l’orgueil éducatif et thérapeutique"),  institutions et services se sont déployés à tout-va depuis des décennies, ouvrant grand la porte aux politiques et pratiques de la « fausse réparation »… Discours et tradition familialistes, enjolivés de scientisme (celui des dites sciences humaines), ont produit tout à la fois le juridisme régnant (un juridisme plus ou moins occulte qui si souvent, je dirai, fait loi à la Loi) et le contexte institutionnel structural de la protection de l’enfance, celui  de ses montages, avec à la clef – j’ai beaucoup écrit sur ce point à mes yeux essentiel à relever  - une Justice des mineurs enchâssée, incluse,  au motif sacro-saint de cet Educatif tendu aux juges comme un miroir aux alouettes, dans le mythe régressif, préœdipien, des « parents combinés »... 

 Voilà qui a fait  le lit de ce management que nos aimables (et moins aimables) « résistants », sur-enlacés de leur Cause, épousant au fond  le même positivisme, le même familialisme, la même conception bouchère de la filiation (conception objectiviste qui conduit à des pratiques insensées, destructrices, évacuant par exemple si souvent la solution, qui pourrait être si heureuse en tant de cas, de l’adoption simple pour des enfants placés au long cours, et celle de l’adoption plénière pour les pupilles d’Etat ! ), dénoncent  encore et toujours aussi aveuglément…  

 Depuis longtemps le psychiatre Maurice Berger a alerté sur le caractère nocif du dispositif de la protection de l’enfance, cf. son livre de 2003 L’échec de la protection de l’enfance, bien qu’à mon sens avec une certaine faiblesse (que j’ai relevée à l’époque) du côté disons du rapport au Droit – une faiblesse qui, mésestimant la Question juridique, peut conduire à une certaine maltraitance des parents des enfants traités. [Cette faiblesse comporte en effet le risque de demeurer dans un certain objectivisme, et dès lors dans le seul champ de l’opposition duelle, en ratant ce qu’il en est d’une non opposition de principe, tout au contraire, entre disons l’intérêt bien compris de l’enfant et l’intérêt tout aussi bien compris de ses parents - cf. ma récente étude de cas sur ce thème dans le journal Envie d’école. ]

  Mais qui se soucie de penser ce qu’il en est, sous nos yeux, de la cristallisation de ce que j’appelle l’inceste institutionnel, avec à la clef, en toute logique - logique d'un négatif non soutenu, revenant au réel sous les formes et passages à l'acte divers de la discrimination et du rejet -, la mise en œuvre de « solutions » à courte-vue, comme celles par exemple des centres fermés et autres CER, et donc des pratiques inconséquentes et la production des sans-places et des immatures en série ?

Qui donc se soucie de la nécessaire critique, rigoureuse, de tout cela ? Qui se soucie de penser, hors du discours « humaniste » gestionnaire, hors du familialisme dernier cri, celui d’un subjectivisme manipulé par les nouveaux confesseurs, ce que pourraient être, pour une protection judiciaire et administrative de la jeunesse refondée, un montage juridique et une base institutionnelles rééquilibrés, bien mieux triangulés  – un montage et une base engageant chacun, sans exception, où il se trouve, dans une discipline de la limite et de l’écart ?

Alors je dis que tant que nous ne pourrons reculer – et je crains que cela ne soit pas demain la veille, même si l’avenir reste une lettre cachetée comme le dit souvent Legendre–, tant que des responsables politiques, éclairés et accompagnés en cela par des travaux et des discours conséquents, n’auront pas idée de ce que pourrait être une base institutionnelle et juridique de la protection de l’enfance autorisant et encourageant, dans des espaces véritablement tiers (potentiels), à supporter et à élaborer cette discipline de la limite et de l’écart, les distinctions nécessaires, nous continuerons de verser dans des pratiques idéalement autoritaires et faussement réparatrices.

Dans un tel contexte, celui d’aujourd’hui, le Négatif ne cessera de revenir au réel, sous les formes plus ou moins extrêmes du « meurtre » nihiliste, celles du sacrifice de certains… Mais si ceux-là le paieront,  ils nous le feront aussi payer !

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"L'intelligence pour comprendre doit être blessée, mais avant même, il faut qu'elle se soit salie"

(C'est un aphorisme, ici repris de mémoire, du poète Michaux. Il signale le chemin qui fut le mien ) 

Cher Christophe, vous êtes donc toujours là, vous continuez de lire, d'essayer de lire, et c’est à mes yeux un indice remarquable,  la marque d’un certain courage. Du courage, toujours du courage, encore du courage, voilà la qualité première requise disait mon bon Freud pour s’engager dans une analyse. Vous allez comprendre pourquoi je commence ainsi.

Voyez-vous ce que j’écris de difficile, ce que vous appelez mon hermétisme et ma rengaine, et bien est en rapport étroit, de grande proximité selon moi, avec par exemple ce que vous ne reconnaissez ni n’entendez pas encore (je dis « entendre » car il ne s’agit pas là d’une seule compréhension intellectuelle, mais d’être « touché ») de la propre « rengaine » et du propre « hermétisme » de ce cher Félix [dont j’espère que vous pourrez, puisque vous êtes toujours là, nous dire ce qu’il en a été du traitement juridique de sa situation (ce qu’il en est en particulier du cadre de l’autorité parentale)]. Moi vous savez je suis comme lui,  je me trouve comme chez moi avec ce que vous nous en avez dit – c’est le cas aussi de quelqu’un comme Laurent, il en a témoigné en s’en faisant le porte-voix – ; j’ai seulement par rapport à Félix, disons un quelque chose en moins. Un adulte c’est ça : un enfant avec un quelque chose en moins.

Dans sa célèbre postface au livre d’Aicchorn, Jeunesse à l’abandon – un ouvrage majeur dont je n’ai jamais cessé de m’étonner que nombre d’éducateurs, qui lisent tant de conneries mises sur le marché de la foire aux discours, n’aient jamais lu une page – Freud encourage l’éducateur qui a affaire à ces enfants de retrouver et de connaître d’abord l’enfant en lui, le mieux possible. Et cela, ce n’est pas une seule formation ou ces dites « supervisions » qui peuvent le permettre. Cela suppose un certain chemin de vie, dans lequel la littérature, le cinéma, et au sens large, le poétique, l’expérience amoureuse, érotique, jouent un rôle essentiel. Freud ajoutait que de cette connaissance et réappropriation de l’enfant  en soi, la psychanalyse (la cure analytique, pour laquelle, si elle est digne de ce nom,  il faut accepter et entrer dans un minimum de la perte - et du paiement - dès le départ, et puis ensuite beaucoup de courage) était une voie royale.

Et puis il y a aussi ce qu’ajoutait le terrible Lacan, dans une intervention où après avoir salué le propos d’une psychanalyste (Piéra Aulagnier) relevant lors d’un « séminaire » combien la perversion est quelque chose qui n’est pas le propre du « pervers » mais « nous regarde », tant elle implique chacun, il insistait sur le fait que de même ceux qui s’occupent des psychotiques doivent pouvoir conquérir de se retrouver comme chez eux avec les fous : sinon, ajoutait-il encore, « vous ne serz que des aliénistes », c'est-à-dire des comportementalistes et des gardes-chiourmes, quelque soit votre « bon cœur » n’est ce pas …

Vous voyez, il y a un grand chemin devant vous, le chemin des « courageux : le chemin qui nous conduit à entrer profondément dans la dette, en élaborant à l’infini la perte, ce que j’ai appelé le « meurtre de la Mère » -  parce que derrière ce que la psychanalyse a appelé le « meurtre du Père » et « l’œdipe », c’est quand même bien de cela dont il est question, de  tuer la Mère, de symboliser la figure première de la Mère, en se décollant un peu de « l’amor matris», et du mode d’’identification imaginaire qui en prévaut. L’identification idéale à la mère et au père (celle aux « parents combinés » d’avant la différence des sexes) qui vous fait croire aider Félix en l’entretenant, comme il est si ordinaire dans nos milieux, dans l’idée des retrouvailles avec l’objet perdu, à jamais perdu, dans cette recherche insensée de la mère, ou d’une origine confondue avec le biologique…

 

Un interprète avisé pourrait ici reconnaître - s'il a suivi le mouvement dont a témoigné et témoigne Christophe - combien la dite supervision (n'oublions pas cette façon de Ch. de parler de la superviseuse comme de "notre thérapeute " ) vient opérer comme résistance tout à la fois à l'élaboration de la coupure , résistance au plus véritable travail de pensée (qui soit disant ne pourrait ici s'engager ), et in fine comme résistance à la psychanalyse...
Mais je n'augure de rien : il est tout à fait possible, comme il en fut dans mon jeune âge d'éducateur, que cette expression de la résistance accouche d'une autre ouverture... Mais faut il encore pour cela que l'accès à la dépressivité ne soit pas barré aux Félix et aux Christophe par les discours alentour, ceux des si bonnes fées, pas vraiment joyeuses ni érotiques.
Je fais aussi l'hypothèse que même si cela n'est pas par lui reconnu, la façon dont la voix de Felix lui a été ici renvoyée n'a pas été sans effet pour entraver le passage à l'acte (le véritable rejet redoublant le rejet maternel que semblait engager la dite orientation "ailleurs") qui se préparait. .. Jusqu'à quand ? That is une autre question.

Joyeusement, de la guinguette du Porge où je déjeune avec mon épouse
D. Px
Nous avons bien ri à te lire Laurent.
Un jour ma grand-mère m'avait emprunté un livre de philo que je devais présenter au bac. J'avais moi-même eu beaucoup de mal à le lire et je m'étonnais auprès d'elle qu'elle ait voulu s'attaquer à une tâche si ardue, elle qui avait été si souvent punie de parler le patois plutôt que le francais sur les bancs de l'école.
Elle m'avait répondu que j'étais encore bien jeune mais que si je voulais tout comprendre sans effort je resterais une enfant toute ma vie. Je lui avais demandé si elle avait compris quelque chose à ce livre. Sa réponse, ce n'est pas grave de ne pas comprendre mais il faut laisser la porte ouverte, ça peut venir, ne m'avait pas plus éclairée. Bon elle était vieille et sans doute un peu gâteuse, c'est ainsi que j'avais compris alors son discours.
"Salut dindon", on a trouvé ça très drôle ; que voulez vous on rit de peu... d'autant que cela fait longtemps qu'on a accepté qu'on puisse aussi rire à nos dépens...

Très souvent quand j'intervenais dans une institution où se trouvait orienté un jeune pour lequel nous exerçions une AEMO, je demandais, avec j'avoue une certaine ironie : "alors, vous le rendez jaloux? Non? Et bien, je compte sur vous, rendez le jaloux!"

Il faut quand même bien reconnaître que règne le plus souvent un "surmoi éducatif " (... et si je n'étais pas assez bon, et si je ne répondais pas à ses désirs, et si je ne lui donnais pas satisfaction, et s'il ne le comprenait pas...) qui conduit l'éducateur à se faire un monde de ses limites... , des limites... Et de ses mauvais sentiments... Et c'est comme cela, à force de masquer la "vérité " de sa propre Négativité, de chercher pour le coup des maîtres qui en masquent la rudesse et la cruauté, que les choses finissent par passer au réel, dans des passages à l'acte déguisés sous une positivité et des motifs rationalisés divers... C'est pour ton bien mon enfant... Là résultante c'est qu'alors on demeure dans l'inhibition d'un côté (la coupure ne peut opérer... ni pour l'enfant ni pour la mère ) et une violence qui détruit de l'autre
(la coupure devient alors une castration brutale, sauvage comme disait Dolto).

Un dernier mot Christophe, un peu schématique mais quand même : Félix ne vous "comprend" pas mais vous "entend"...
La question, qui n'est pas celle du maître mais de l'interprète, est de savoir si vous pouvez conquérir ou pas de vous faire une idée assez juste de ce qu'il entend, autrement dit, par rapport à sa structure (qui a à voir avec la structure commune, avec ce que chacun nous sommes comme être du désir inconscient, quel que soit le diagnostic porté sur lui), de savoir ce qu'il reçoit de l'institution, de vous...

 

de silence et de rage. Marie Cosnay (extrait de Médiapart)

11 JUIN 2017

Une image, sur nos fils Twitter : la photo de ce monsieur à Calais suppliant pour de l’eau devant des fourgons de CRS ; l’association l’auberge des migrants expliquait qu’on l’empêchait de nourrir et de donner de l’eau sous la canicule aux exilés, pour ne pas créer de points de fixation, comme on disait. Le ministre de l’Intérieur du nouveau président pour qui je n’ai voté, après hésitation, que pour éviter aux réfugiés (c’est à dire aux sans-refuge) l’organisation systématique de la haine, envoyait des camions de CRS pour empêcher les points de fixation et les distributions de nourriture à Calais. On disait points de fixation, on le disait à Calais, on le disait à Paris aussi, à Paris aussi on empêchait les associations, comme à Calais, de donner du pain et de l’eau, on empêchait les associations et les particuliers de donner du pain et de l’eau aux enfants de Calais et de Paris, aux enfants qui dorment dans les rues, aux enfants des rues de Calais et de Paris qui sont depuis mars 2016, dans la loi, mineurs isolés et étrangers quand ils étaient avant tout, dans la loi d’avant 2016, même étrangers, des enfants vulnérables.

Paris n’empêchait pas les distributions de nourriture mais choisissait les lieux, il fallait être un pro du GPS et recevoir la 4G sur son smartphone pour trouver les points de non fixation où la mairie autorisait ce jour-là la distribution de sandwiches et d’eau. 
Le silence. 
Il y avait cet homme à genoux qui ouvrait les mains pour un peu d’eau et les camions de CRS entre lui et l’eau. 
Silence. 
Nous laissions tomber nos bras, en découragement, les mots de la bouche nous étaient ôtés.

Il y avait l’histoire de l’eau et de Calais, le silence pesait des siècles, il y avait l’histoire de cette collecte sur Internet, 60.000 euros, destinée à faire naviguer un bateau empêchant les sauvetages en mer, collecte prévoyant ouvertement l’assassinat de personnes en danger, le silence pesait des siècles en profondeur, pesait dans les entrailles, pesait des siècles à l’intérieur du magma de la terre, de son feu. Le silence était remué de tout un tas de questions insolubles dépassant l’individu et les groupes constitués, politiques. Les questions s’adressaient, muettes, secrètes, interdites, à l’espèce que nous sommes, carrément à l’espèce et en appeler à l’espèce sidère,  justifie drôlement le silence. Qu’est-ce qui faisait qu’on en venait, au XXIème siècle, après pas mal de réflexions sur les possibilités de la barbarie, à ne pas ou ne plus rien savoir des règles ou normes d’une civilisation que nous pouvions observer changeante, inconstante, soumise à des forces et à des peurs réactionnelles mais qui excluait pourtant, du moins dans ses textes et ses institutions, le massacre de groupe d’individus en détresse ?

Qu’est-ce qui faisait que la norme s’écroulait, les règles ne tenaient plus, la transgression semblait permise ?

Tu ne nourriras pas. Tu ne permettras à personne de t’allonger sur les bancs ou sous les ponts. Tu ne sauveras pas en mer. Tu n’accueilleras pas. Bientôt, un groupe identitaire, comme on dit, tire les conséquences du message suggéré par la conduite des sociétés européennes et affrète, sans sanction pour l’instant, un bateau pour que les pauvres meurent avant d’accoster.

Et puis dans le silence y a eu un coup de téléphone, pour être inattendu il était inattendu. 
Le coup de téléphone a brisé le lourd silence. 
PEE, maison à laquelle j’avais demandé si elle pouvait loger en urgence l’enfant du désert et de la rue qui venait de quitter l’hôtel d’odeur puante sans reconnaissance de sa minorité, m’avait répondu que bien que sensible à ces histoires d’exil, elle ne voyait pas comment elle pouvait sortir du cadre et des critères prévus en hébergeant un mineur. 
Eh bien dans le silence qui pesait PEE rappelait. 
C’est par rapport à ta demande. 
On ne peut pas. 
Mais on va. 
On va faire quelque chose.

J’ai pensé dans le silence qui se brisait qu’on était en plein dedans. En résistance, on y était entré, sans s’en rendre compte, avec plus ou moins d’habitude et de savoir faire. On l’avait pensé : les choses vont dégénérer mais les attitudes vont se polariser. Elles se polarisaient.

Quand l’enfant a quitté le dispositif de l’hôtel qui guettait le moindre signe de la certitude de son isolement, après que le DEMIE, par la voix anonyme d’un éducateur et une notification non signée, a refusé l’enfant et l’a rejeté à la rue, il a rejoint les nombreux enfants qui ne sont ni mineurs devant la loi ni majeurs - puisqu’ils ont sur eux des papiers attestant de leur minorité, papiers que l’administration ne reconnaît pas et que les dispositifs d’aide aux majeurs (demandes d’asiles, hébergement d’urgence), eux, reconnaissent.

Quand le DEMIE a signifié le refus après les dix jours dans l’hôtel puant et les tentatives de tromperies, comme dit l’enfant, tu as voulu me tromper, tu ne m’as posé des questions que pour me tromper, l’enfant a rejoint les quelques milliers d’enfants de Paris qui n’appartiennent à aucun groupe, ni majeurs ni mineurs. Ni demandeurs d’asile ni enfants orphelins. Rien. Personne ne signe, sur la notification, le refoulement dans la catégorie invisible. La notification ne porte que le cachet de la délégation de la présidente du Conseil de Paris. L’enfant doit signer, lui ; il doit signer qu’il n’est pas mineur. L’enfant est seul comme personne n’est jamais seul. L’enfant est seul au moment de l’évaluation et après encore il reste seul puisque ce n’est pas fini, puisqu’il va en appeler au juge des enfants qui peut-être contredira le DEMIE et le déclarera enfant et isolé, si c’est bien sûr qu’il l’est, isolé.

Signe, dit l’éducateur. 
Je ne signe pas, dit l’enfant, des mensonges, tu as écrit des mensonges. 
Alors tu vas avoir des problèmes. 
J’ai déjà des problèmes, et j’ai bien compris que tu veux toujours me faire peur. 
Va-t-en. 
Je m’en vais. 
Reviens. Prends ta notification.

On ne peut plus reprocher aux départements de ne pas protéger l’enfance : depuis la loi de mars 2016, les départements protègent les enfances reconnues, c’est à dire à peu près 15% des mineurs se présentant comme mineurs. La loi est respectée : est mineur celui qui est reconnu et il est protégé. La loi est respectée. Ceux que je ne reconnais pas, dit le département, ne sont pas mineurs. Peu à peu la loi, faite pour contraindre les départements à protéger l’enfance, a créé une catégorie, l’enfant étranger isolé. Maintenant elle en crée une autre : l’enfant étranger refusé. 
Au passage, la loi a fait disparaître complètement l’idée de droit fondamental.

D’ailleurs, le raisonnement par l’absurde, si on le rencontre dans ce que fabrique la loi qui exclut de son champ d’application ceux-là mêmes pour qui elle est écrite, est un raisonnement qu’on retrouve à l’intérieur même de la notification. 
Monsieur K n’est pas mineur puisqu’il dit s’être trouvé dans un camp de Ceuta qui n’enferme pas les mineurs. Monsieur K n’est pas mineur puisque le Maroc ne l’a pas traité en mineur. 
Mieux encore : « Vous dites que c’est un journaliste travaillant à Guinée Matin qui vous les a envoyés < le certificat de naissance et le jugement supplétif> par mail. Une telle procédure exige votre présence, or… » 
Une telle procédure exige en effet la présence du requérant. 
Quand il est majeur. 
Le mineur, lui, est sous autorité parentale et c’est le père, en l’occurrence, qui a donné les documents à un journaliste qui nous les a fait parvenir.
La présidente du Conseil de Paris, personne d’autre, signe donc une notification qui dit : Monsieur K n’est pas mineur puisque, comme il est majeur, il aurait dû lui-même aller chercher son extrait d’acte de naissance en Guinée…

Devant la perversité d’un système absurde, les réactions varient.
Entre la rage et le silence. 
Le silence que peut briser un seul coup de téléphone.
L’enfant craignait plus que tout d’être vu non isolé, accompagné, il dormait les après midi, plus du tout la nuit, se répétait chaque étape de son long parcours, se perdait dans le métro, ratait l’école, ses rendez-vous, puis reprenait les choses, depuis le début. C'est une lutte. On y va pas à pas, objectif par objectif.

«Quant à Félix, je vous donnerai des nouvelles quand ça sera possible, bientôt, mais juste des nouvelles! »

Ce « mais juste des nouvelles! » m’a arrêté, en ce qu’il venait nous signifier une limite mise ici par Christophe... Derrière cette formule j'ai entendu, « je ne vous en dirai pas plus et ne répondrai pas aux questions posées », à mes questions donc.

Bon, me suis-je dit, il faut bien que Christophe marque son propre « refus », et il est bien naturel  que lui aussi vienne à te manquer, qu’il veuille te frustrer, voire peut-être même faire ainsi de toi un castré, un « même » ?, qui sait…  J’y ai également lu l’expression de ce mode réactionnel ordinaire des fils, celui de « l’identification à l’agresseur » - c’est très intéressant cette vieille notion psy… Tout éducateur « spécialisé » devrait en avoir un peu idée, mais on est loin du compte, je le crains… Mais il y a toujours un côté respectable à ce genre d’expression qui cherche au fond à tenir l’autre à sa place, à sa place de tiers exclu… Tout le problème est de savoir sur quel mode cela opère : tu fais de l’autre un tiers exclu et rejeté, castré, ou bien tu en fais un tiers exclu mais non rejeté pour autant… That is the question, qui va être au centre des développements qui vont suivre.

J’ai repensé ces derniers jours plusieurs fois à cette expression de Christophe, considérant que ma lecture première, mon interprétation disons psychologique de son refus ou retrait était disons trop expéditive, réductrice… Je n’en étais pas satisfait, percevant qu’il y avait autre chose, de plus intéressant et significatif derrière ce propos d’apparence si anodine.  Si Christophe signalait ainsi qu’il ne répondrait pas à ces questions au fond très simples sur l’histoire et le contexte de vie du jeune Félix, refermant ainsi la possibilité que nous avions (que j'ai) de lui proposer des éléments de réflexion pour la construction du cas, cela engageait autre chose, qui le dépassait, pouvant aussi impliquer ses collègues, et leur « supervision »... J’ai donc laissé ça en suspens, comme souvent.

Lisant hier un livre décapant et profond sur le Management (Au régal du Management, de Baptiste Rappin), un passage (sur le thème de la légitimité et de la dévastation) ma refait revenir, sans le vouloir, sur cette petite affaire. Et là, le travail de pensée s’est enclenché. J’en ai conclu que le retrait de notre ami Christophe devait être interprété, bien au-delà de sa singularité psychologique (qu’on peut aussi approfondir), comme la manifestation de cette conception insulaire du sujet qui règne dans  les milieux institutionnels spécialisés. Je le reçois comme signe de cette volonté générale des institutions et des praticiens de ne rien vouloir savoir ce qu’il en est de l’institution du sujet, de la constitution institutionnelle du sujet, soit du  jeu (des articulations) des images familiales et institutionnelles qui le fondent.

Ne pas prendre en compte cette dimension institutionnelle constitutive du sujet, celle des catégories juridiques de sa Filiation (et le cadre de l’autorité parentale), est lourd de conséquences. Je renvoie ici à l’ouvrage majeur d’Alexandra Papageorgiou-Legendre, Filiation. Leçons IV (suite) de Pierre Legendre –  un ouvrage tenue à la lisière et soigneusement circonscrit par la plupart de ceux qui mènent le bal. La première de ses fâcheuses conséquence est de ne pouvoir concevoir combien la dimension juridique est dans tous ces cas une dimension symbolique nodale, et combien donc le traitement (administratif et/ou judiciaire) du cas, ordonnant le cadre de vie de l’enfant, les rapports entre les différents protagonistes, est une clef en amont de toute intervention, une clef dans  le traitement du « malaise » (=  dans l’économie de la culpabilité subjective) inhérent à la scène du cas. Quand le sujet n’est pas correctement institué, dans la triangulation, il ne faut pas alors s’étonner que, la tête dans le guidon, prisonniers d’une relation duelle (imaginaire), praticiens et institutions en viennent à court-circuiter la problématique de la Loi (= la problématique nodale du  « grandir », celle de la différenciation de soi et de l’autre, de l’Autre), et tendent alors à occuper la place indue, à boucher par exemple comme dans le cas de Félix la place de la mère absente, au lieu de se soucier d’abord de l’institution du sujet-Félix (de sa « fondation », de son fondement généalogique), en contribuant à recoller pour celui-ci les morceaux de sa scène fondatrice, une scène œdipienne crédible.

Vous voyez Christophe, je m’adresse là à vous, ce carcan des images qui nous tiennent, ce carcan de la Filiation qui est la nôtre, et bien c’est ce sur quoi je ne cesse d’insister en effet, c’est ce que Joseph ose appeler ma « rengaine », lui qui comme « superviseur » consent à la fermeture de cette problématique essentielle de la structure et de la dimension institutionnelle des fondements du sujet de la parole – une problématique dont la dimension juridique lui échappe, quoique j’en ai essayé ! Mais il est vrai que je ne suis pas moi de ces faussaires et déconstructeurs radicaux qui veulent nous imposer, comme disait Nietzsche, le silence des impératifs anciens…, en remisant l’Œdipe  au magasin des antiquités freudiennes. 

Alors voyez-vous, en affirmant que vous n’en direz pas plus et bien je crois que vous consentez à votre tour à vous placer sous un imperium autrement aliénant que mon propos d’interprète, vous consentez à ce silence que j’essaie ici de briser : à cette volonté généralisée de ne pas savoir ce qu’il en est de l’économie généalogique du cas, une économie en vérité sacrificielle, de la mère comme du fils. Vous butez sur le carcan, sur la structure, en estimant semble-t-il que je vous appelle à y adhérer, en vous demandant de surcroit votre castration réelle…

Il est commun de ne rien vouloir savoir de quoi au plan symbolique, de la représentation, de quelle scène de la représentation a été privé (et continue de rester privé) au long cours de son trajet l’enfant, comme à coup sûr avant lui sa mère, pour advenir à la parole… Ces sujets – les frères Kouachi sur la destinée desquels j’écris en ce moment en sont parmi tant d’autres un tragique exemple – sont privés des conditions familiales et institutionnelles qui  permettent, même si bien sûr de façon toujours plus ou moins boiteuse, de payer symboliquement-subjectivement sa dette : alors ils la paient et nous la font payer dans le réel, à travers leurs symptômes…  Je rabâche, mais ça n’en restera pas moins « hermétique » n’est-ce pas…

Alors répétons encore : on se contente souvent de bien peu, on reçoit l’enfant et on essaie de répondre à ce qu’on croit être sa « demande », participant ainsi, qu’on le veuille ou non, au voilement généralisé de cette vérité : qu’il y a bien une condition institutionnelle (et juridique) qui, ordonnée au principe généalogique, à la Loi, préside à l’advenue du sujet… A cette condition institutionnelle (structurelle, symbolique), qui est celle de la fondation du sujet, le cadre de vie de l’enfant est lié, pour le meilleur ou pour le pire selon qu’il se trouvera ou non « triangulé », triangulé de façon non faussée, non pervertie.

Alors Christophe vous pouvez autant que vous voulez continuer à croire que la solution pour traiter votre malaise face à Félix est de vous faire thérapeutiser-superviser avec vos collègues, à l’unisson, et bien sûr gratuitement, aux frais de votre bonne mère institution, comme si c’était un dû (perversité !), mais moi je crains que ce garçon, comme tant d’autres, ne demeure un sacrifié, un esclave en quelque sorte : un être privé de parole. Le sujet privé de parole, c’était le statut de l’esclave chez les Grecs. Félix a lui aussi un statut d’esclave, d’esclave de la Mère, une mère (et autres substituts) dont il ne peut être que l’objet partiel, l’objet scotché sans visage propre, ou bien le déchet, radicalement détaché, l’objet flottant sans lien. J’y insiste : le tableau de Craissac témoigne de cette « vérité »…

Félix, que j’ai appelé le sans-parent, est privé des fondements, ou comme dit mon ami le Griot, des paroles à fondement. Et je crains fort que le traitement institutionnel et juridique qui a été le sien – sur quoi donc Christophe vous ne souhaitez plus nous apporter d’éléments – soit typique de ce meurtre non reconnu, le meurtre de la fondation, dont participe, sous le flonflon de l’Educatif et du Soin,  la gestion du cas…

Vous êtes comme éducateur sommé de collaborer, et les superviseurs vous y aideront. Pas de questions sur l’institution du sujet ! Voilà l’esprit de la Gestion.

Paraphrasant Anna Arendt, je dirai : L’institutionnalité est la quintessence même de la condition humaine. (A. A. disait, « La Terre est la quintessence même de la condition humaine »). Dans un article, intitulé L’impératif généalogique et la question du sexe, aujourd’hui, publié dans la belle revue Conférence, j’avais il y a des années de cela évoqué l’exigence d’une « écologie de l’institutionnalité »…

J’ai essayé d’apporter ma pierre à cette « écologie » là, à partir de mon expérience et de l’élaboration répétée des cas, en partant chaque fois de deux questions. Comment ce jeune sujet dont il va s’agir, est-il institué ? Comment nous-mêmes sommes nous institués par rapport à lui ? Mais « travailler » ces deux questions – qui renvoient au fait que nos pratiques, toute clinique, relèvent toujours de cette appartenance à l’institutionnalité, de notre « base institutionnelle », au jeu des images qui s’y soutiennent et s’y engagent –  n’a de sens et de valeur qu’en regard de ces fondations œdipiennes du sujet que d’aucuns, les faussaires, estiment pouvoir renvoyer à un passé « patriarcal » révolu.

Je vais terminer ici par une dernière remarque, qui me vient à l’adresse de Louise.

Si je vous ai bien lu chère Louise, ce qui me paraît avoir institutionnellement caractérisé votre « lieu », dans la scène des cas, c’est de vous être tenus pour ces jeunes (à quelque chose près comme toujours) à égale distance des familles et  des institutions ou tutelles qui vous adressaient ces jeune, à égale distance et séparation de la mère-institution et de la mère en titre, que vous remettiez à leur place l’une et l’autre, leur place de tiers exclu… Le séjour du jeune chez vous, le dit « séjour de rupture », était ainsi le signe, voire le symptôme, de ce qui se trouvait en défaut de cette logique du tiers exclu tant dans la famille du jeune que dans son institution… Le séjour n’était donc pas tant motivé au premier chef, comme les « professionnels » le croient bien sûr, par le « défaut » du jeune, son symptôme, mais bien par le défaut institutionnel : le défaut de triangulation, le défaut d’un espace véritablement tiers, de séparation, avec souvent à la clef un déséquilibre (ou un clivage et un rejet, ou une complaisance) dans la relation institution-famille.

Il est dès lors notable que vos « réussites » – cette reliaison, toujours relative, mais bien réelle comme vos écrits en témoignent, de ces jeunes à une scène de vie dans laquelle ils trouvent place, leur place, dans laquelle ils trouvent-retrouvent la parole – se soient impliquées dans une triangulation familiale vivante… Vous étiez des parents, vous exerciez auprès de ces jeunes comme des parents, ni plus ni moins si j’ose dire. Et c’est bien cela qui est en défaut, cet exercice vivant et sexué de la fonction parentale comme fonction croisée, dans les institutions comme dans les familles en grande difficulté avec les enfants. Il faudrait développer et tirer plus avant la substantifique moelle de votre trajet…

Je vais maintenant finir sur cette anecdote, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer.

Un directeur de collège excédé par les comportements provocateurs d’un jeune adolescent, Mounir, sur le « cas » duquel j’ai  donné il y a longtemps une étude sur psychasoc (Identification d’un fils), le gifla. Le garçon lui répondit aussitôt « Monsieur vous n’avez pas le droit, vous n’êtes pas mon père ». Père qui d’ailleurs était aux abonnés absents, sinon à venir tous les six mois donner ses « commandements » au domicile. Et bien, alors que ce directeur, embarrassé par son geste, me racontait la scène, après lui avoir confirmé que Mounir me l’avait bien rapportée ainsi, en insistant sur le fait qu’il n’était pas son père, je lui dis ce que j’avais répondu au garçon, et qui l’avait calmé tout de suite… « Mais si, mon cher Mounir, Monsieur X, le directeur, est bien ton père, mais seulement « ton père du collège »… Et un père s’est toujours un peu con… ». La relation des deux s’améliora très rapidement, pour le meilleur profit de chacun… 

Christophe, malgré toute mon attention je n'ai pas tout saisi de votre texte mais je le relirai. En fait j'ai buté sur les mots "j'aimerai" et "je désirerai" que vous avez mis au futur alors qu'il me semble que le conditionnel aurait été plus approprié. Du coup j'ai été distraite par ce choix de temps, ce qui a gêné ma compréhension. Vous allez sans doute m'aider en me précisant si c'est une intention d'utiliser le futur.

Pour en revenir à Félix, je ne sais pas si Daniel ou Laurent délirent, je n'ai aucune compétence en la matière mais dans leurs interventions je vois un pas de côté qui vous est offert. Des gamins comme Félix nous mettent dans un état d'urgence où on a parfois l'impression de galoper sans cesse et pouvoir se décaler un peu permet d'ouvrir des perspectives pour soi-même dans un premier temps, ce qui est essentiel quand on a la prétention de travailler avec ces gamins. Quand je bute avec un ado qu'on m'envoie parce que plus personne ne sait quoi faire avec lui et que je suis prête à faire de même, je tricote. C'est formidable le tricot pour moi, mes mains sont occupées, pendant ce temps je n'enquiquine pas l'ado et comme les enfants qui tout en jouant sont très attentifs à ce qui se passe autour d'eux, je tricote non seulement avec mes aiguilles mais aussi en reprenant ce qui m'a contrariée.

Je vous souhaite une bonne journée avec Félix.

 

Deux énoncés:

- Freud: le délire est une tentative de guérison, une reconstruction.

- Lacan: tout le monde délire...

De-lirere, sortir du sillon, autrement dit des sentiers battus... 

Daniel, toujours la même pente. Christophe, du coup j'ai trouvé votre réponse à Daniel tout à fait pertinente. Oui, Louise, pourquoi pas le tricot... Une maille à l'endroit, une maille à l'envers, et... maille à partir. Quant à moi, je me prépare à une semaine de formation des superviseurs à Paris en (re)lisant la conférence de Lorca à La Havane en 1930: "Jeu et théorie du Duende". Fameux délier... euh... délire. 

"Et le duende ? Où se tient le duende ? Sous l'arche vide passe une brise mentale qui souffle avec insistance sur les cranes des morts, en quête de nouveaux paysages et d'accents inconnus ; une brise qui a l'odeur de la salive d'un enfant, de l'herbe écrasée, du voile d'une méduse, qui annonce le baptême sans cesse répété des œuvres qui viennent d'advenir. " (Dernières phrases de la conférence de Lorca)

Je réponds toujours aux questions que l'on me pose; Y compris par le silence, qui lui aussi est une parole.

A la question qui "taraude" Christophe - qui est votre chef?  - je réponds ici par la fable africaine (cf. le billet "Lettre ouverte à un directeur général")

Le roi eut trois fils, tous aussi beaux que des génies.

Il leur dit un jour :

 « Je détiens une sagaie héritée de mes ancêtres.

Elle se dresse au bord du torrent derrière le village. Si l’un de vous

Connaît une femme en tant que femme, il sera attaqué par la sagaie ! »

 Longtemps après, les fils voulurent aller à une fête de la circoncision

dans le village voisin. Le père ne leur interdit point. Mais il exigea qu’ils prêtassent

serment devant la sagaie avant de franchir le torrent. Ils le firent chacun :

 « Me voici partant pour cette fête

Si je touche une femme, si une femme me touche

Que la sagaie me perce, qu’elle me perce et me coupe les jambes. »

 Puis ils franchirent le torrent à cheval. Pendant la fête, l’aîné et le cadet

s’éloignèrent constamment des femmes.

Le benjamin allait et venait avec elles. Toutes les nuits, il en avait une dans sa case.

Ses frères lui disaient :

 « N’as-tu donc pas peur ? Notre père te tuera ! «

Il répondait :

« Allah seul connaît ceux qui vont mourir ! »

 La fête terminée, ils rebroussèrent chemin. L’aîné arriva au bord du torrent,

là où se dressait la sagaie du père.

Il jura qu’il n’avait point touché de femme. Il sauta.

Son cadet fit de même. Vint ensuite le benjamin dépourvu de crainte :

 « Me voici revenant de cette fête, si j’ai touché une femme

si une femme m’a touché,

que la sagaie me perce et me coupe les jambes »

 Il franchit allègrement le torrent. La sagaie demeura fichée en terre.

Il arriva au village ; il s’adressa à son père en ces termes :

 « Tu nous avais dit, celui qui d’entre vous couchera auprès d’une femme,

ma sagaie l’attaquera

Tu nous as trompés

Ainsi je suis allé à la fête, j’ai fait l’amour, j’ai franchi le torrent,

la sagaie ne m’a pas fait de mal,

ta parole a fait souffrir inutilement mes frères. »

 Là-dessus le père fit mander ceux-ci :

Il les décapita pour n’avoir pas été des hommes. »

14 JUIN 2017 

La protection de l’enfance demande protection

« Vous êtes là pour nous protéger, mais vous ne pouvez même pas vous protéger vous-mêmes » . Formulé par une jeune du foyer d’accueil d’urgence départemental des Hauts-de-Seine, ce constat résume l’impuissance du personnel de l’établissement. Une partie de l’équipe a constitué le collectif ASE92 pour lancer une pétition le 31 mai dernier et pousser les autorités de tutelles à prendre les décisions qui s’imposent.

Elle décrit depuis un an une situation qui se dégrade, la violence qui monte et les arrêts maladie qui se succèdent sans systématiquement provoquer des remplacements. Malgré les alertes répétées en direction du chef de file, le Conseil départemental, rien ne bouge.

Logique gestionnaire coûteuse

Censée accueillir 48 enfants âgés de 3 à 13 ans dans l’attente d’une orientation adaptée, l’équipe du foyer de Hauts-de-Seine reçoit de plus en plus de jeunes atteints de troubles psychiatriques. « Nous ne sommes pas formés à accompagner ces enfants inadaptés au collectif et qui se retrouvent chez nous parce que les petites structures beaucoup plus contenantes ont fermé, constate une éducatrice spécialisée souhaitant rester anonyme. Nous n’avons plus de psychiatre dans la structure depuis 2 ans et nous sommes confrontés à des douleurs psychologiques terribles, alors que nous ne sommes pas formés. »

Durée de séjour étendue de 12 à 18 mois au lieu des 4 à 6 prévus, accueil d’adolescents jusqu’à 17 ans à la suite de la fermeture de deux foyers en décembre, cohabitation entre agressés et agresseurs faute de place, climat d’agression permanent lié aux dysfonctionnements institutionnels… La pétition dresse la liste des mécaniques qui, au lieu de protéger les enfants, risquent « de les abîmer plus qu’ils ne le sont déjà ». Soutenue au quotidien par sa hiérarchie, l’équipe est aujourd’hui révoltée par les politiques départementales mues par une logique gestionnaire, finalement couteuse.

Des Hauts-de-Seine jusqu’à Marseille

« L’arsenal financier et législatif existe mais n’est pas mis en œuvre. Cette incompétence coupable risque de fabriquer des SDF, des délinquants, des extrémistes. » L’économie réalisée sur les structures et le personnel coûte finalement très cher à la collectivité en commençant par le recours régulier aux urgences. Contactée le 8 juin, la directrice « Famille enfance jeunesse » du Conseil départemental, n’a à ce jour pas obtenu l’autorisation de sa hiérarchie de répondre à Lien Social.

En deux semaines, le texte a recueilli 1 055 signatures émanant de toute la France. Rien d’étonnant : il décrit une dégradation des conditions d’exercices commune à de nombreux services de la protection de l’enfance. Le 29 mai, des travailleurs sociaux marseillais portaient plainte contre l’État et le département pour violences volontaires sur mineurs. À Saint-Etienne, l’équipe de l’aide sociale à l’enfance a déclenché son droit de retrait le 10 juin jusqu’à l’arrêt du danger psychologique et physique des agents dans l’exercice de leur mission. À Angers, environ 2 000 personnes ont défilés le lundi 12 juin pour protester contre le projet de réorganisation de la protection de l’enfance du Conseil départemental du Maine-et-Loire, menaçant quelque 350 emplois.

Pétition à lire et/ou signer

PROTECTION DE L'ENFANCE? LA HONTE DE LA RÉPUBLIQUE.

Madame, Monsieur,

 
Nous sommes travailleurs sociaux, psychologues, maîtres et maîtresses de maison, agents techniques et agents administratifs. Nous œuvrons pour le service public dans le secteur de la Protection de l’enfance du département des Hauts-de-Seine. À ce jour, les politiques départementales nous empêchent d’assurer notre mission première de protection de l’enfance.
Après de multiples alertes sur nos conditions de travail et d’accueil, nous avons décidé de lancer une pétition, mercredi 31 mai, afin d’interpeller nos dirigeantsSamedi 3 juin, nous avons découvert que la pétition jusque-là accessible dans le moteur de recherche Google, ne l’était plus. Cela n’a pas empêché à ce jour, plus de 1100 personnes de la signer, dont le Dr Maurice BERGER (une sommité dans le secteur), Ibtissam BOUCHAARA, la députée Jacqueline FRAYSSE (4ème circonscription des Hauts-de-Seine)le psychanalyste et auteur Joseph ROUZEL, Lyes LOUFFOK (membre du Conseil national de la protection de l’enfance, auteur et ancien enfant placé) et le Dr Georges ZIMRA (psychanalyste et Directeur de l’UAPE de Clichy-la-Garenne). La majorité des syndicats présents dans le Département nous soutient également. 
Le lien vers la pétition: https://www.change.org/p/buzyn-agn%C3%A8s-protection-de-l-enfance-e...

Vous pouvez également la trouver en tapant « protection de l’enfance » dans le moteur de recherche sur la page d’accueil du sitchange.orgDe plus, nous vous la joignons à ce mail, avec le communiqué qui l'accompagne au format PDF.

Un premier article est paru mercredi 14 juin dans la revue Lien Socialhttp://www.lien-social.com/actualites?debut_actus=@362#actu-362

 
Nous n'avons découvert qu'hier avec stupeur, que nos collègues de PMI et des Plannings familiaux du département, ont mené une action similaire il y a trois mois : https://www.change.org/p/alerte-pour-les-pmi-92?source_location=pet...
 
Nos collègues de la Protection de l'enfance du 54 sont dans la même situation (cf pièce jointe préavis de grève).
 
Le département de Seine-Saint-Denis s'est mobilisé hier: http://www.leparisien.fr/aubervilliers-93300/bobigny-les-agents-des...
 
 
Et dans les Boûches-du-Rhône également : http://www.laprovence.com/actu/en-direct/4470858/breve.html
 
Quand allons-nous agir? Ces alertes répétées dans différents départements sont révélatrices! Agissons! Agissez! Unissons nos forces! Cela ne peut plus durer! Du bas âge à l'âge adulte, l'Enfant - et en particulier le plus vulnérable - n'est plus protégé par l'État. Merci infiniment du soutien, aussi minime soit-il, que vous pourrez apporter à la cause.
Collectif ASE 92
Ce grand élan militant et pétitionnaire - la voie (voix aussi) du nombre - se redouble de quelle croyance, de quelle orientation? De quel "positivisme"?
Alors je vais rappeler ce mot cruel de Lacan :
"Quand ça se triple de philanthropie, et se quadruple de progressisme, c'est nuit noire".
Je comprends parfaitement que des collègues livrés en première ligne aux maltraitances et violences, sans autres discours d'accompagnement du malaise, de leur malaise, que des discours qui verrouillent leurs idéaux, leur propre positivisme, et leur rendent ainsi si difficile d'élaborer le "ce que je ne peux pour autrui" (leurs limites et l'angoisse de culpabilité associée, source subjective fondamentale du malaise), que ces collègues donc s'alarment, se manifestent... Mais je persiste à dire que c'est insensé et malfaisant , démagogique, de les entretenir dans un mouvement dont on sait (ça c'est toujours vérifié) qu'il ne fait que renforcer les sources et la causalité du réel dénoncé... Oui, il ne suffit pas et il ne suffira pas de sautiller et de brandir le point en criant "résistance " pour civiliser le Management, et rendre les lieux institutionnels habitables...

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