En 2006 une étude démographique relevait que 40% des SDF étaient passés par la Protection administrative et judiciaire de l’enfance…

 Où en sommes-nous ?

 J’ai maintes fois eu l’occasion sur ce forum, d’ouvrir le questionnement critique sur le sort réservé aux « protégés » de la protection de l’enfance… De Mommy à La Tête haute en passant par les frères Kouachi… Je l'ai fait, pas complètement seul, je pense là par exemple  à ce que de son côté Jean-Jacques Gérard a proposé de prendre en compte, et puis aux témoignages sensibles de Louise, à ce que Laurent Rigaud, d’autres aussi, mettent sur la table du devenir des cas… En dernier lieu, le cas si dramatique, de Félix, le sans-parent…

 L’enfer des foyers et de bien des institutions est une lourde réalité !

 Peut-on penser de façon raisonnable, sans être pris dans le duel idéologique, dans la seule logique comptable ou les contes de fée « humanistes »,  que tant de déstructurations individuelles et institutionnelles tiennent à une affaire de « moyens » et non d’abord à un phénomène « culturel », celui, le plus actuel,  du malaise dans la civilisation de l’animal parlant ? Peut-on sérieusement considérer  que les enjeux les plus cruciaux de la protection de l’enfance ne sont pas  d'abord des enjeux institutionnels et symboliques, juridiques – ceux de la dé-symbolisation de la fonction parentale institutionnelle –, des enjeux autrement plus décisifs pour le cours de la structuration des sujets traités ?

 A l’enseigne de Big Mother et de l’Etat Providence – l’Etat qui veut notre Bonheur, le Bon Etat qui rase et supervise gratis –, et sous le règne d’un positivisme éducatif et thérapeutique généralisé (en lequel se noue le narcissisme professionnel, ce que Freud nommait lui "l’orgueil éducatif et thérapeutique"),  institutions et services se sont déployés à tout-va depuis des décennies, ouvrant grand la porte aux politiques et pratiques de la « fausse réparation »… Discours et tradition familialistes, enjolivés de scientisme (celui des dites sciences humaines), ont produit tout à la fois le juridisme régnant (un juridisme plus ou moins occulte qui si souvent, je dirai, fait loi à la Loi) et le contexte institutionnel structural de la protection de l’enfance, celui  de ses montages, avec à la clef – j’ai beaucoup écrit sur ce point à mes yeux essentiel à relever  - une Justice des mineurs enchâssée, incluse,  au motif sacro-saint de cet Educatif tendu aux juges comme un miroir aux alouettes, dans le mythe régressif, préœdipien, des « parents combinés »... 

 Voilà qui a fait  le lit de ce management que nos aimables (et moins aimables) « résistants », sur-enlacés de leur Cause, épousant au fond  le même positivisme, le même familialisme, la même conception bouchère de la filiation (conception objectiviste qui conduit à des pratiques insensées, destructrices, évacuant par exemple si souvent la solution, qui pourrait être si heureuse en tant de cas, de l’adoption simple pour des enfants placés au long cours, et celle de l’adoption plénière pour les pupilles d’Etat ! ), dénoncent  encore et toujours aussi aveuglément…  

 Depuis longtemps le psychiatre Maurice Berger a alerté sur le caractère nocif du dispositif de la protection de l’enfance, cf. son livre de 2003 L’échec de la protection de l’enfance, bien qu’à mon sens avec une certaine faiblesse (que j’ai relevée à l’époque) du côté disons du rapport au Droit – une faiblesse qui, mésestimant la Question juridique, peut conduire à une certaine maltraitance des parents des enfants traités. [Cette faiblesse comporte en effet le risque de demeurer dans un certain objectivisme, et dès lors dans le seul champ de l’opposition duelle, en ratant ce qu’il en est d’une non opposition de principe, tout au contraire, entre disons l’intérêt bien compris de l’enfant et l’intérêt tout aussi bien compris de ses parents - cf. ma récente étude de cas sur ce thème dans le journal Envie d’école. ]

  Mais qui se soucie de penser ce qu’il en est, sous nos yeux, de la cristallisation de ce que j’appelle l’inceste institutionnel, avec à la clef, en toute logique - logique d'un négatif non soutenu, revenant au réel sous les formes et passages à l'acte divers de la discrimination et du rejet -, la mise en œuvre de « solutions » à courte-vue, comme celles par exemple des centres fermés et autres CER, et donc des pratiques inconséquentes et la production des sans-places et des immatures en série ?

Qui donc se soucie de la nécessaire critique, rigoureuse, de tout cela ? Qui se soucie de penser, hors du discours « humaniste » gestionnaire, hors du familialisme dernier cri, celui d’un subjectivisme manipulé par les nouveaux confesseurs, ce que pourraient être, pour une protection judiciaire et administrative de la jeunesse refondée, un montage juridique et une base institutionnelles rééquilibrés, bien mieux triangulés  – un montage et une base engageant chacun, sans exception, où il se trouve, dans une discipline de la limite et de l’écart ?

Alors je dis que tant que nous ne pourrons reculer – et je crains que cela ne soit pas demain la veille, même si l’avenir reste une lettre cachetée comme le dit souvent Legendre–, tant que des responsables politiques, éclairés et accompagnés en cela par des travaux et des discours conséquents, n’auront pas idée de ce que pourrait être une base institutionnelle et juridique de la protection de l’enfance autorisant et encourageant, dans des espaces véritablement tiers (potentiels), à supporter et à élaborer cette discipline de la limite et de l’écart, les distinctions nécessaires, nous continuerons de verser dans des pratiques idéalement autoritaires et faussement réparatrices.

Dans un tel contexte, celui d’aujourd’hui, le Négatif ne cessera de revenir au réel, sous les formes plus ou moins extrêmes du « meurtre » nihiliste, celles du sacrifice de certains… Mais si ceux-là le paieront,  ils nous le feront aussi payer !

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Réponses à cette discussion

Mais Laurent, il ne s'agit pas là d'un diagnostic, mais d'un mot signifiant mon énervement.


Cela fait des années que j'explique qu'il existe deux niveaux d'analyse, l'un clinique qui se rapporte à la prise en charge ou en compte, comme vous voudrez, d'un enfant dans son contexte par un éducateur ou une équipe et un autre niveau, politiques celui-là qui comme son nom l'indique, à voir avec l'administration du dispositif sur le plan national et départemental.


J'explique tout cela à Daniel car il mélange allègrement les deux niveaux et tire des conclusions générales sur la base d'observations qui lui sont personnelles. Il oublie que lorsque l'on parle « protection de l'enfance » on ne parle pas que de l'aspect judiciaire mais que, depuis 1958, près de la moitié des enfants sont pris en charge dans un cadre contractuel et que la prévention spécialisée fait aussi partie de protection l'enfance....

Mais que de cette explication qui se voulait surtout pédagogique, Daniel tire la conclusion qu'en raison de ma condition de classe, je considère comme un dommage collatéral de laisser maintenu des jeunes dans la caverne etc. etc. me paraît tout simplement un peu léger.... débile quoi ! Maintenant il faudrait pas trop que Daniel se plaigne qu'on le lise véritablement!

C'est un peu le problème d'ailleurs dès lors que l'on aborde ces grandes entités génériques que sont la protection de l'enfance, le handicap l'inclusion sociale etc. ce sont des dénominations qui correspondent à une réalité politique et administrative mais qui sont, pour beaucoup, déconnecté du terrain et de la réalité clinique de l'accompagnement des personnes. Joseph a bien raison d'interroger cette dénomination de "protection de l'enfance"qui ne renvoie qu'au niveau politique mais qui, sur le terrain, reste une abstraction pour ceux qui ont la charge d'accompagner tel ou tel enfant.


Sur la question de l'administration du placement, celle du "jeu" entre administratif et judiciaire, j'attends encore que quelqu'un reprenne pour le critiquer ce que j'en ai avancé de facon on ne peut plus concrète et précise dans une première  partie de mon article d'Empan sur le thème de l'unicité de l'aed et de l'aemo.... avec une étude de cas à la clef.  

Et je soutiens (et déploie dans mon effort), qu'il y a, via le jeu des figures (mais qui s'intéresse, et avec quelque rigueur de pensée, à ce jeu?), une profonde entre-appartenance  de la clinique et des dispositifs d'ensemble (politique, juridique) de la dite "protection de l'enfance". Et c'est bien parce que ce rapport , noué à la structure du désir  (en tant que désir inconscient, oedipien) et de la loi (en tant que primordialement loi langagière de la différence des sexes et des générations ), demeure non seulement incompris de ceux qui mènent le bal ( le bal de l'ones,  des formations des cadres, le bal des supervisions, etc.), mais aussi faussé,  mis au service du fantasme, de la perversion (s'entend, de tous bords, l'idéal d'un monde sans transgression, et à flanc renversé,  celui d'un monde sans tabou... ), que ce que j'avance ne peut être reçu par ceux que j'appelle, pour signaler leur enlacement à l'En-Haut (Blanchot), au ciel des chefs (Legendre), les "notables". Ceux qui se conduisent, sans y être réductibles  (j'ai pris acte par exemple du côté disons "proletaire" de Vauchez, ou de la sensibilité poétique de Rouzel), comme des "petits bourgeois". C'est très difficile vous savez de ne pas se tenir comme un petit bourgeois, ça tient à pas mal de choses. Mais moi je préfère toujours au fond je crois un vrai bourgeois et ceux qui se tiennent comme des "proletaires". Cela me rend très distant de la social démocratie comme des tribuns anti bourgeois , qui ne sont que des "petits bourgeois", épousant tous, observez le, l'idéologie "libertaire" anti-normative du temps , qu'ils soient libéraux ou anti-libéraux. .. Bon j'arrête,  je m'égare,  et puis un tel propos pourrait m'entraîner,  j'en ai conscience, sur une très mauvaise pente politique... Alors laissons cela ici, qui n'est pourtant pas sans un rapport profond avec les enjeux de ce que d'aucun nomment si vite "éthique " : avec ces enjeux de la justice généalogique auxquels je passe au crible tout écrit,  tout discours, ce que le lis ici, et qui me font distinguer,  pardonnez moi cette ségrégation,  les uns  des autres.

J'ai passé une heureuse et joyeuse journée dans la forêt  avec mes trois compères à préparer notre palombiere  : ça  c'est, comme disait encore Marx, de la valeur d'usage... 

Joseph, quand j'utilise cette expression je reprends les mots de ces ados qui disent " je n'ai plus à rien à perdre". Quand je les vois vivre effectivement c'est comme s'il n'avaient plus rien à perdre, aucun espoir.

Parfois je leur demande " c'est quoi ton rêve?" ils ne savent pas quoi répondre, mis à part "retourner chez moi" même pour ceux qui n'ont pas de chez eux, ne serait-ce qu'un bout de canapé. Beaucoup arrivent avec le visage ravagé par la fatigue. La première chose qu'ils font c'est dormir. Nous leur foutons la paix, nous exigeons seulement qu'ils viennent à table. Ils prennent vite goût à ce rythme, dormir la nuit, se lever le jour, manger à des heures fixes, un repas complet en étant assis. J'ai parfois l'impression que cela leur suffit. Je les titille en leur disant qu'ils sont des canards qui mangent, évacuent, barbotent et dorment. Ce qui m'inquiète le plus c'est pour peu qu'on leur prête un peu d'attention ils seraient prêts à retourner le jardin à la cuillère si je leur demandais.

J'ai parfois de belles surprises comme un ado qui écoutait la musique en alternant le rap et l'opéra et dont le rêve était d'aller à l'opéra.

Merci Louise. C'est donc une expression qui vient des ados que vous accueillez. Ceci dit qu'est ce que ça signifie pour chacun? Est-ce la même formulation à chaque fois pour chacun? La traduction: "aucun espoir" est-elle généralisable? Qui le dit? Je pose toutes ces questions parce que j'ai remarqué que bien souvent on - et moi comme tout le monde - avait tendance à généraliser.  D'ailleurs vous terminez votre propos en donnant à lire la singularité de ce jeune qui alterne rap/opéra. Là on sort des représentations pour aborder le subjectif. C'est peut-être cela qui modifie la donne: de rencontrer ces jeunes au cas par cas, en laissant tomber nos lunettes bien poussiéreuses, pour considérer chacun comme une promesse. Du coup même retourner le jardin à la petit cuillère peut offrir de beaux débouchés, si l'on se souvient de la fable de Lafontaine du Laboureur et de ses enfants... On voit bien que c'est la relation engagée, la rencontre humaine avant tout qui peut produire un déplacement. Qu'en feront-ils ensuite? ça, généralement, ça nous échappe. Mais je fais le pari que certaines rencontres marquent une vie et modifient durablement la trajectoire d'une sujet, même si on n'en sait rien, ou parfois par hasard, des années plus tard. J'ai pris l'exemple de Bruno; et vous en avez sûrement d'autres... 

Daniel, c'est pas mal que tu dises quelque chose de ton article car sinon tu vas continuer de faire référence à quelque chose que je n'ai pas lu et moi, je vais continuer de faire référence à l'école de la protection d'enfance sans que tu puisses savoir ce qui s'y passe, ne serait-ce qu'un minimum.

Du coup, avant de revenir sur ce que tu dis au travers de ton expression « du jeu des figures » je vais juste expliquer rapidement ce qu'on a essayé de faire dans cette école. Durant une année, nous avons proposé à des cadres exerçant dans le domaine de la protection de l'enfance devenir une semaine par mois dans le but de préparer un diplôme bien sûr, mais aussi et peut-être surtout pour leur proposer un espace où il puisse rencontrer des figures de la protection de l'enfance et qu'il puisse les situer et cerner tout à la fois la richesse de leurs propos, mais aussi ses limites.

Je crois bien t'avoir déjà dit (mais je ne suis pas certain) que l'un d'entre eux a terminé sa conclusion sur une belle citation d'un certain Daniel Pendanx. Citation qui l'avait amené à s'interroger sur sa place de juge et notamment sur le rôle de tiers, qu'il découvrait de plus en plus comme structurant dans le dispositif institutionnel et humain qui se mettait en place pour un enfant.

Personnellement, et c'est ce que je te reproche, je pense que cette histoire « d'entre–appartenance de la clinique et des dispositifs d'ensemble » ne va pas autant de soi que ce que tu veux bien le dire. J'ai été aux premières loges pour observer la manière dont s'est construite la loi de mars 2016. Je peux te garantir que la question clinique, c'est-à-dire celle des acteurs de terrain qui sont engagés, comme tu as pu l'être durant de nombreuses années en AEMO, n'a été qu'une des composantes est sans doute minoritaire qui ont abouti à cette loi.

Du reste, si cela avait été le cas, les décrets d'application qui sont sortis seraient applicables ou tout du moins on pourrait envisager de les appliquer sur le terrain. Je te renvoie volontiers à ces textes tout à fait public et te laisse imaginer comment cela va s'échafauder et comment les acteurs qui sont censés les mettre en œuvre risquent bien de se trouver désemparés.

Mais par le ton de la même loi ? Je pense que souvent tu fais référence à la loi « Legendrienne" de la différence structurale des générations et des sexes. J'entends encore ce vieux papy ouvrir une conférence par un « bon partons sur de bonnes bases, il y a des parents, il y a des enfants ». Je sais bien le travail qu'il a fait, ne serait-ce que dans l'empire du management ou plus encore dans l'inestimable objet de la transmission, pour nouer le biologique, social et l'inconscient par des moyens juridiques..... (c'est facile je viens de relire le quatrième de couverture :-) )

Mais en tout cas, je serais ravi d'aller faire une petite visite de cette palombière lorsque je serai de passage sur Bordeaux. C'est quand même mieux de discutailler en direct!

Ce matin, vélo, du Cap-Ferret au Porge, et retour. Soixante kilomètres sur la piste qui longe l'océan. Mon bonheur, et mon entretien de forme. Et puis, je "travaille" sur le vélo, pas que des mollets, du ciboulot aussi, en laissant vagabonder la pensée. Et là, d'humeur enjouée, l'esprit moqueur, j'ai repensé aux échanges et aux signifiants agités sur le forum.

Dans un dernier post j'ai blagué sur le thème du petit-bourgeois. Mais il est vrai qu'ayant peu à peu conquis la liberté interieure necessaire pour désamorcé en moi l'amour (du) politique, acceptant, jusqu'à ces derniers temps encore, que confluent en moi des traditions diverses ( et contradictoires!) - ce à quoi la littérature (Kundera dirait la sagesse du roman) prépare et conduit - j'ai fini par me tenir , par-delà ma condition sociale, comme tout autre qu'un petit bourgeois progressiste et humaniste, plus ou moins "insoumis"... Je ne suis certes pas un "prolétaire" qui n'aurait à "perdre que ses chaînes" , comme ces jeunes qui soit-disant n'auraient plus rien à perdre... J'y reviendrai. Mais voyez-vous, si je ne peux m'identifier que bien difficilement aux uns (disons, aux bourgeois) ou aux autres (disons, les prolétaires), je peux me reconnaître chez les uns et les autres. Le prix de cette reconnaissance étant la métabolisation de la haine, de la haine de classe, qui marche dans les deux sens... Voilà qui m'éloigne aussi bien des tribuns que des faux rebelles, de ce genre de grande-gueule qui comme ce sénateur socialiste (qu'était alors Mélanchon ) parla de Soljenitsine, le jour du décès de celui-ci, comme d'une "vieille baderne"...
Bon, je ne suis pas encore tout à fait une vieille baderne, mais peut-être, si j'en crois certains, un "poussiéreux "... Et bien, c'est à ce titre là, du "poussiereux", que je me suis promis, toujours sur mon vélo, de faire un véritable effort pédagogique sur ce forum.
Je compte y reprendre d'abord le propos de ces jeunes disant je n'ai plus rien à perdre. C'est une mine cette formule, surtout si vous acceptez de considérer ce qui s'engage derriere un tel propos de cette absence de perte, d'élaboration de la perte, et donc de croyance maintenue au saint phallus imaginaire (croyance au comblement du manque) dans lesquelles se trouvent enferrés ces jeunes. A les entretenir la dedans on rajoute au malheur social le malheur subjectif... Dans mon exercice professionnel, et bien au-delà, j'ai depuis longtemps médité et fait mienne la proposition de Lacan selon laquelle aimer c'est donner à quelqu'un ce qu'on n'a pas, et qui n'en veut pas...
Et puis je vais revenir au plus simple, mais sans simplisme, sur cette notion (reprise de Legendre) de l'entre-appartenance du sujet et du social, de l'entre-appartenance de la pratique des cas (de la clinique) et du contexte institutionnel. Ce qui ne peut se faire sans difficulté, sans rencontrer disons le refoulement commun, les résistances les plus ordinaires, tant cette notion ne peut être investie et comprise en profondeur qu'en regard, non point de choses (d'images et de figures) immédiatement visibles, mais bien d'une vision de l'invisible (cet invisible que nous "montre" les arts, le grand cinéma) , qu'en regard de cette autre scène du sujet et des institutions que nous n'apercevons... Et c'est surtout cette dimension, disons sur-réaliste, qui rend mon propos difficile d'accès à ceux qui, pour des raisons diverses, demeurant dans la caverne de la dite "réalité ", celle d'un concret qui fait abstraction de son ombre, neveulent rien savoir du mythe subjectif qui les enveloppe et les gouverne, et aussi bien les vies institutionnelles.
Cette méconnaissance, inscrite dans nos milieux comme dans notre culture libérale-libertaire, conduit et entretient ce qu'il faut bien appeler des formations expéditives, des formations qui ne permettent guère aux sujets traités de se "former" à leur propre négativité..., en conquérant ce qu'un griot appelait la vision des fondements. ..
Ce noyau de la négativité, celui de la logique (logique du fantasme dira Lacan ) qui nous porte et nous gouverne à notre insu, re-découvert et éclairé par la psychanalyse, a été l'objet des études et travaux de Pierre Legendre sur l'ordre généalogique (langagier, institutionnel et juridique) - cet ordre qui porte, y compris dans leurs perversions, tous les systèmes de l'humanité.
Les institutions, comme l'Etat, le "social", ont une autre valeur qu'économique ou technique, qu'instrumentale ou de gestion objective. Les considérer sans considérer le fond des représentations qui les portent , ne peut que conduire à sous-analyser nos montages institutionnels ( ici, ceux de la protection de l’enfance). Et cette méconnaissance ou non prise en compte de l'arrière scène du fantasme et du mythe, de la négativité, entretenant un positivisme généralisé, débouchent sur un management et des politiques administratives (associatives) proprement aveugles. On crée ainsi (au plan oedipien) un véritable désert symbolique, remplacé comme au plus fort temps des totalitarismes par les "nouvelles valeurs" - les valeurs dépoussiérees n'est-ce pas... À la direction totalitaire hard de "la matière première des masses" a succédé, sous des allures certes plus soft, mais voulant tout aussi "rendre les hommes tels qu'on veut qu'ils soient"(JJ Rousseau), la gestion des ressources humaines. L'humain devenant ici aussi une matière naturelle, au même titre que les autres ressources. .. Mais tout le monde (ou presque) s'est fort bien habitué à cette formule... Allez, j'arrête là pour cette ouverture à ce qui viendra un peu plus tard.

Je n'ai pas trop le temps de réagir car le jardin m'attend. Mais je me dis qu'il faut que tu fasses attention, car à faire ainsi de la pédagogie, tu en deviens plus accessible!
C'est d'ailleurs un peu cela la formation : proposer un discours, ou mieux des discours à ceux qui se sont engagés dans un processus d'élaboration de leur pratique. Discours entre lesquels ils puissent naviguer et cheminer, parfois s'y attacher au risque de s'y enchainer et parfois s'en éloigner au risque de se perdre... mais dans tous les cas bouger, opérer un déplacement subjectif.
Ta parole, souvent obscure, mais parfois très percutante serait pas mal en formation!!!

- Un bébé, ça marche à quel âge ?
- Je dirais 7 ou 8 mois... En tout cas, à 10 mois, s'il ne marche pas, je m'inquiète.
- 7 mois ?! Mais c'est tôt ! Tu fais comment ?
- Tu lui donnes une poule.
- Une poule ?
- Le bébé veut l'attraper, et pour l'attraper, il est obligé de marcher !

Voici un ouvrage qui vient de paraitre aux éditions érès et qui pourrait éclairer la discussion. Réunis autour de Marie-Jean Sauret, 6 auteurs se posent des questions tout à fait cruciales.

La bataille politique de l'enfant

Comment l’enfant (et l’adolescent) devient-il un sujet, acteur de sa vie, pour habiter le lien social avec ses contemporains ? Comment le néolibéralisme, de mutation en mutation, affecte-t-il les conditions requises pour ce processus anthropologique ?

À partir de l’évolution des symptômes de l’enfant, de sa place dans la société, de l’accueil qui lui est réservé, l’auteur,  (et les auteurs) en tant que praticien de la psychanalyse, chercheur, enseignant et militant (politique, syndical, associatif), s’interroge sur la logique qui préside à ces mutations et qui produit des mauvais traitements à l’égard de l’enfance. Il explore les solutions que les sujets formatés par l’idéologie de l’époque trouvent pour se loger dans le monde. Il en vient ainsi à dessiner quelques perspectives cliniques nouvelles.

Dans cette réflexion, la psychanalyse constitue à la fois un appareil de lecture et un « poumon artificiel », et le désir de l’analyste, une chance pour la singularité de chaque analysant. L’éthique de la psychanalyse, parce qu’elle est au service de cette singularité, appelle à livrer la bataille politique pour l’enfant.

La bataille politique de l'enfant - Marie-Jean Sauret

Et tant que je suis dans les bouquins. Voici l'annonce d'un ouvrage à paraître en juin chez L'Harmattan qui reprend les grands axes de la journée du 12 novembre dernier qui a réuni une centaine de personnes à Montpellier  sous le titre: "Psychanalyse pas morte... stop... lettre suit".

Clinique psychanalytique et lien social
Sous la direction de Joseph Rouzel

Un vent nouveau semble souffler dans les voiles de la psychanalyse. Il nous pousse aujourd’hui à l’invention. La psychanalyse has been, dépassée ! Pas recommandable, inefficace. Un truc pour les bourges etc N’en jetez plus ! Les résistances depuis Freud vont bon train. Elles épousent les variations des sociétés modernes. Immergée aujourd’hui dans le capitalisme, c’est comme envers de ses méfaits que la psychanalyse avance. Et pas masquée, à découvert. Elle irradie dans la cure analytique, qui quoi qu’on en dise n’a jamais attiré autant de patients, mais aussi dans les méandres du social, de l’art, de la littérature, de la musique, du cinéma...
La psychanalyse, passe du désir des hommes, qui se relance de ne trouver jamais chaussure à son pied, telle la Gradiva, va son train. D’aucuns, dits psychanalystes en soutiennent dans leur art le cheminement énigmatique... Donc non seulement la psychanalyse n’est pas morte, le désir nous tient, mais le lecteur va pouvoir lire ici, sous la plume d’un collectif d’auteurs engagés dans la psychanalyse, les lettres qui s’en suivent de cette bonne nouvelle.

Collaborations de : Marie-Jean Sauret, Jacques Cabassut, Geneviève Dindart, Agnès Benedetti, Claire Lecoeur, Alain Bozza, Joseph Rouzel

Nous sommes un collectif de travailleurs sociaux œuvrant pour le service public dans le secteur de la Protection de l’enfance du département des Hauts-de-Seine.

À ce jour, les politiques départementales nous empêchent d’assurer notre mission première de protection de l’enfance.

Nous sommes actuellement dans une situation de non-assistance à personnes en danger, avec des enfants et des adultes subissant quotidiennement des agressions de toutes sortes, tout ceci financé par le contribuable.

Après de multiples alertes sur nos conditions de travail et d’accueil, nous avons décidé de lancer une pétition afin d’interpeller nos dirigeants, mercredi 31 mai.

Cinq jours après, plus de 850 personnes ont déjà signé cette pétition, dont Dr Maurice BERGER, Ibtissam BOUCHAARA, la députée Jacqueline FRAYSSE et la revue Lien social.

Nous avons découvert samedi 3 juin, que la pétition, jusque-là accessible dans le moteur de recherche Google, ne l’était plus.

Voici le lien internet permettant d’y accéder : https://www.change.org/p/buzyn-agn%C3%A8s-protection-de-l-enfance-e...

Vous pouvez également la trouver en tapant « protection de l’enfance » dans le moteur de recherche sur la page d’accueil du site change.org.

Nous vous joignons également la pétition au format PDF avec ce courrier.

 

Nous avons besoin de vous ; les enfants placés et les professionnels qui s’en occupent ont besoin de vous. Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Nous défendons la même chose, aidez-nous.

Merci d’avance de l’attention que vous porterez à ce message et du soutien que vous pourrez nous apporter.

Nous restons disponibles pour toutes demandes à l’adresse mail suivante : collectifase92@gmail.com ou sur la page Facebook « Collectif Ase Hds ».

Et ce tableau là, de violences incessantes,   que les collègues décrivent courageusement , et qui correspond parfaitement à ce que j'ai connu et qui continue de me revenir de ces lieux de décharge, relève -t-il lui aussi de ma "rengaine"?

Qui est dans le déni de ce réel (qui est aussi effacement de la problématique oedipienne, laquelle n'est pas réductible à un familialisme), est un marchand d'indulgences, flatteur et convoyeur d'un positivisme professionnel qui ne mène qu'à renforcer ce qu'on dénonce... 

Et pourtant dans ces lieux où règnent ainsi à la brute tant de violences sadomasochistes, mais aussi, envers le plus souvent lui "valorisé " (cf. mon article sur le film La Tête haute), une séduction  oedipienne porteuse de nouveaux "sacrifiés ", nombre de tutelles et de praticiens,  répondant souvent à des "demandes" non interprétées -traitées- limitées comme il y conviendrait ( si on se racontait justement moins d'histoire sur les dites institutions éducatives et  soignantes), continuent d'y "placer" ces jeunes, en croyant peut-être ainsi les "protéger "... Les "protéger" de quoi?

  Ce qui s'exigerait, ce n'est pas un plus de moyens,  mais j'oserai dire tout au contraire,  plutôt une réduction... et un travail de redistinction-relimitation de tous... Avancer un tel propos, cela fâche, et cela fâche d'autant que nos milieux, sans le savoir, souffrent eux-mêmes du malaise, ce que de vieux psychanalystes (Soulé et Noel) avaient si bien décrits  comme "malaise dans la bienfaisance"... Et on ne "soigne" pas ce genre de malaise avec du plus de ceci ou du plus cela, dans l'absence la plus totale de rigueur quant aux orientations et décisions prises  pour ces jeunes, dans le contexte de plus en plus  duel qui règne.

Avec le "plus" - et je vais ici toucher au point le plus vif, verrou du positivisme, le plus nodal, celui sur lequel s'exerce la plus farouche volonté de ne pas savoir -  et bien on fausse le rapport à la Loi de ces jeunes, on continue de faire porter l'interdit auprès d'eux,  à l'envers : en vérité, on leur interdit, comme on se l'interdit à soi même,  de "tuer la Mère "...  - et après, alors qu'on se voue de son côté,  comme de bons et loyaux sujrts militants, à La Femme (=  figure méconnue de la Mère absolue) on s'étonne qu'ils se sacrifient pour Elle, pour la Pure.. L'Oumma et la Cause...

Alors je ne peux signer la pétition de ces bons collègues, parce que je les vois là s'enferrer dans ce qui est à mon sens, dans une impasse, l'impasse du positivisme, qui est aussi celle - il conviendrait là de s'arrêter sur cette notion clef introduite par Feud - du roman familial... 

Rien d'essentiel n'opérera hors de la casuistique , sans revenir aux cas, ni sans une profonde réforme du montage de la protection de l'enfance (cf. ce que j'en avance du côté de la justice des mineurs) et des institutions. Cette réforme, je vais très vite, devrait être envisagée dans l'idée tout à fois de réduire la taille de tous ces lieux, et d'en garantir les limites comme espaces tiers, mais dans l'idée aussi de leur donner plus de liberté en leur déléguant une part de l'autorité parentale... Mais cela à la condition qu'il n'y ait nulle orientation, nul placement institutionnel , qui n'opèrent hors triangulation. Pas de placement institutionnel si le cadre de vie du jeune, cadre donc de l'autorité parentale - une autorité partagée entre les titulaires familiaux  et les "parents institutionnels", avec les tutelles comme tiers et non comme gouvernance - n'est triangulé !

Qui d'autre dit cela, qui dit mieux, à part votre serviteur le "perché ".. ?

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PrésentationASSEMBLESSAN - ASSEMBLESSAN est une association reconnue par l’état togolais qui signifie(Tous ensemble et ensemble).C’est une association apolitique non religieuse et à but non lucratif crée le 15 Aout 2009.L’Association ASSEMBLESSAN-…Continuer

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Nos prisons volontaires

Publié(e) par Laurent OTT le 11 janvier 2018 à 12:34 0 Commentaires

De l’action comme empêchement

Nous appris à percevoir et reconnaître une certaine conception du travail, à la fois social, familial ou politique qui présente une ambivalence fondamentale. Cela…

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