« François, tu peux arrêter de regarder mon dos s’il te plaît ! » 

Mélodie cherchait ses affaires au milieu de celles des 7 autres enfants qui peuplaient cette maison. Elle avait une serviette nouée sur sa longue et majestueuse chevelure noire. L’autre attachée autour de son cou et de sa taille laissait apparaître ce dos des plus magnifiques. Mélodie avait senti l’intensité du regard de l’éducateur et elle n’a pas eu besoin de tourner la tête pour le prendre sur le fait. Elle a parlé avec juste ce qu’il fallait de malice, histoire de rappeler ce qu’ils savaient tous les deux mais que François refusait d’admettre : elle avait le pouvoir.

« Heu… mais non… heu… je ne regarde pas ton dos » a t-il balbutié.  

Mélodie n’a rien dit de plus. Il ne voyait pas son visage mais il sentait qu’elle souriait. Il souffrait terriblement car il l’avait perdu cet autre soir lorsqu’elle était venue le rejoindre dans la chambre et qu’elle s’était allongée à ses côtés. Il aurait pu la prendre dans ses bras. Cela aurait été finalement assez naturel, vue la relation qu’ils entretenaient, mais il lui avait demandé de se lever et de quitter la pièce. Elle s’était exécutée, l’air dépité, la tête basse et sa silhouette s’était éteinte dans l’embrasure de la porte ne laissant alors apparaître que le vide du couloir.

Le vide ce n’est pas rien en éducation.

Il aurait pu lui caresser les cheveux, l’embrasser tendrement sur le front et lui dire à quel point elle comptait pour lui. Bien plus tard, il inscrirait dans le cahier de liaison.

« J’ai aimé Mélodie comme je n’ai jamais aimé personne ».

Mais sur le moment, le trouble qui s’était installé, qu’il avait laissé s’installer, ne pouvait permettre de tels propos. Peut-être ne venait-elle chercher qu’un peu d’affection ? Peut-être venait-elle cherchait autre chose ? Peut-être ne savait-elle pas ce qu’elle venait chercher ? Il n’a jamais su si cet instant aurait pu être celui d’un père et d’une fille ou celui de deux amants ou encore autre chose, mais le « Non » s’est imposé à lui. Il avait avais 32 ans. Elle en avait 13. Par un coup du sort, ils étaient arrivés le même jour, 2 ans auparavant, sur la M.E.C.S « Eclaircie », plus précisément sur le Home d’Enfants « Lou Pescadou ». « Une belle et grande maison en pierre » s’était dit François ce jour-là. Cette arrivée commune, marque du destin, les avait liés. Orpheline et n’ayant personne chez qui se rendre au cours des week-ends et pendant les vacances Mélodie ne quittait jamais « Lou Pescadou ». Parfois elle était seule avec l’adulte et François aimait ces moments là. Ils allaient au cinéma, au musée, se promenaient, faisaient la cuisine… ne faisaient rien. Parfois, elle restait dans sa chambre pendant qu’il lisait dans le salon et le samedi soir, chacun sur un canapé, sous une couverture, ils regardaient la télé. Ces moments de vie quotidienne étaient gratifiant pour l’éducateur. Il avait la satisfaction du devoir accompli.

Et puis Mélodie a grandi. Elle a grandi très vite. Un peu trop vite. François a eu peur de la perdre. Elle ne voulait plus rester avec lui et préférait sortir avec ses copains et copines. Cependant ils demeuraient proches. Suffisamment pour qu’elle vienne s’allonger à ses côtés et qu’il la laisse faire. Lorsqu’il a évoqué cette histoire en séance de supervision, le psychologue, tendance lacanienne, a déclaré avec un léger rire :

« Et bien ! Vous en avez mis du temps pour la faire sortir de la chambre ! »

Effectivement, lorsqu’elle s’est assise sur le bord du lit pour ensuite, subitement, s’allonger, cela faisait près de dix minutes qu’elle tournait dans la chambre des éducateurs et que François la laissait s’approcher. Il avait fallu qu’elle soit à côté de lui, allongée, qu’ils soient si proches l’un de l’autre, les yeux dans les yeux, pour qu’enfin, il se décide à lui demander de sortir.

« Qu’est ce qui fait que dans ce genre de situation un type bascule ou pas ? » se demandaient parfois François et Mathieu, éducateur également. François n’a pas basculer mais « La Princesse et le Croque-Notes » de Brassens a longtemps résonné dans sa tête.

Avant d’en parler en supervision, il avait dès le lendemain de la fameuse soirée, interpellé sa collègue Anne-Marie. Il était nécessaire de mettre du tiers, de l’interdit… de l’inter-dit. Elle a écouté puis demandé s’il voulait qu’elle en parle avec Mélodie. La jeune fille a dit que tout cela n’était jamais arrivé, que François disait n’importe quoi. Il a eu très mal. Il venait de comprendre qu’il l’avait définitivement perdu.

Elle a continué de grandir. Elle s’absentait régulièrement du collège. Elle avait des aventures. Elle fuguait.

Il a réagi. Un soir d’orage alors que Mélodie de retour de fugue se présentait devant la porte, il l’a laissé une demi-heure sous la pluie. Lorsqu’il a ouvert pour qu’elle puisse enfin entrer il l’a giflé et ils se sont crachés mutuellement au visage. Une autre fois, il l'a enfermé dans le bureau. Elle ne devait pas s’enfuir. Le curé qu’il était en commençant ce métier devenait un gardien de prison.

Mélodie a fini par être réorientée. Un après-midi, elle a eue la bonne surprise de trouver sa chambre vide avec toutes ses affaires dans des sacs poubelles. Depuis quelques temps l’équipe, qui ne supportait plus les frasques de l’adolescente, travaillait en douce à cette réorientation. Le jour du départ était arrivé. Une saloperie quoi !

Aujourd’hui, quand il lui arrive de passer devant les murs de « Lou Pescadou », François n’a plus qu’une seule certitude :

Les M.E.C.S sont souvent grandes mais jamais belles.

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Réponses à cette discussion

On dirait un roman, plus vrai que vrai. Comme quoi les affres du transfert c'est pas du bidon: dans la première scène qui donne la clé, l'éduc, la jeune, elle l'a dans le dos, voir sur le dos... Elle parle à travers la relation à l'éduc d'un autre qui jouit d'elle dans son dos, d'un regard qui la mate.  C'est très sexualisé.  Comment est-ce travaillé dans l'institution? Est-ce que la supervision suffit? La remarque de la psy me parait un peu faible: vous y avez mis le temps! ;sans rappeler l'interdit, ça ne porte guère et l'histoire tourne mal.  En quoi est-ce repris au niveau institutionnel? Comment l'interdit, car c'en est un, interdit de jouir de l'affection d'un jeune,  est-il intégré à la position éducative? On voit qu'en la circonstance ça n'a pas été travaillé suffisamment puisque l'amour (c'est toujours de cela qu'il s'agit dans le transfert) se renverse en haine... accompagnée ici d'un certain sadisme. Ce sont les deux faces de la même médaille: l'amour/la haine, étroitement accolées. Et comme à chaque fois qu'il y a défaut de symbolisation, ça finit dans une forme de passage à l'acte: c'est le jeune qui gicle Je ne crois pas que ça ait à voir avec le statut d'une MECS, grande ou belle. C'est vrai dans toute institution. Tout dépend de ce qu'on y fait, de ce qu'on y soutient en matière d'éthique et de clinique. En la circonstance chacun dans l'institution et dans l'équipe, éducs, direction...  est responsable de ce qui s'est passé:, notamment d' avoir laissé l'éducateur se dépatouiller seul et de n'avoir pas fait tiers. 

La première fois que j'ai surpris le désir dans les yeux d'un homme je n'avais que 11 ou 12 ans. A cet âge, je n'ai pas compris pourquoi subitement je suscitais un tel regard qui me semblait anormal et me mettait mal à l'aise. Croisant ce monsieur quotidiennement sur le chemin de l'école, ma solution a été de le fuir : en changeant de trottoir, en partant plus tôt, en évitant d'être seule. Au fil des semaines, je me sentais de plus en plus accablée par ce regard d'autant que ce monsieur a eu ses stratégies aussi pour apparaître brusquement là où je ne l'attendais pas. Mon recours a été les copines qui ont donc fait tiers:  il a été dévalorisé. La peur a fait place au courage. Je me suis forcée à ne plus changer de trottoir. Et un jour, j'ai osé lui offrir mon regard le plus noir en guise de condamnation. C'était le balayeur de la rue, qui remplissait ensuite les sacs poubelles. Loin de moi, l'idée de faire un amalgame entre un balayeur et un éducateur, mais il faut bien rappeler que tout regard sur un enfant peut déjà constituer une intrusion et que dans ce cas là, je ne crois pas que l'enfant quel qu'il soit, ait un pouvoir sur l'adulte. C'est vrai que cette histoire est moche. Cette jeune fille était-elle condamnée à subir l'une ou l'autre violence, finalement?

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

Cher "préface", voilà le mot (détourné d'une phrase du philosophe Wittgenstein) qui m'est d'abord venu à te lire. Cela vaut pour ce qui s'est passé alors, pour François, dans cette institution. Une sorte d'inaugural, une sorte d'entrée peut-être dans la question-fureur du désir et de l'amour, du vrai et du faux amour. 

Quand l'énigme nous tient, et que la parole, notre parole, défaille - et qu'on ne supporte pas, puis-je dire, comme un grand, son sentiment de culpabilité -, et bien, il ne faut pas si je puis dire s'étendre n'importe où

L'indistinction des plans de la parole, du privé et du public, du singulier et du commun, du juridique et du non juridique, est une marque majeure de la régression et de la folie du temps du Management...

Je soutiens cela, dans un quasi désert bien sûr,  a contrario de tous ces discours et lieux communs professionnels qui affirment que la "bonne institution" est celle qui offre aux praticiens "en souffrance"   "lieux de parole et de supervision", et cela sans jamais considérer que l'essentiel serait d'abord de revenir à l'institué, de penser le lien de cet institué (statut de l'institution, montages institutionnels), sa structure, à la structure de l'être parlant... Ce qui fixerait alors pour tâche princeps de se soucier de ce qu'il en est  d'abord du propre lien de Référence de toute institution. Comment l'institution soutient-elle en regard du sujet la représentation fondatrice (= la triangulation), comment les praticiens se trouvent-ils eux-mêmes référés? Qu'en est-il en effet d e la politique institutionnelle? Est-ce de faire des praticiens-salariés "ses" salariés, autrement dit de les maintenir sous sa coupe, sous la figure du Même, ou bien à l'envers des 'engager dans la fabrique  du monde commun , en soutenant et élaborant en commun le propre statut tiers et de limite de cette institution?  Renvoyant ainsi chacun à son propre statut tiers, autrement dit à sa propre division subjective, sexuée, d'avec l'institution. Aussi quand je lis une fois encore JR nous dire qu'après tout le "statut de l'institution" n'a rien à voir avec les passages à l'acte institutionnel  je me dis à nouveau que cette méconnaissance - celle du rapport qu'entretient le statut de l'institution avec la figure du Grand Autre -n'est pas innocente, et qu'ensuite il n'est pas étonnant qu'il soit parlé du tiers comme d'une tête coupée ! 

Ah,  "Il faut du tiers" nous dit-on ! Mais qu'est-ce que ce tiers dans une institution incestée, ou le mode de lien homo-sexuel règne,qu'est-ce que ce tiers dans une institution qui prétend se tenir hors-sexe. La sainte-ni-touche et ses innocents d'enfants...  Alors le sexe honteux est partout, autrement dit, l'origine c'est Maman, c'est la matrice. Alors quitter n'est pas possible : la maman, dans le fantasme institutionnelqui noue tout ce petit monde,  devient un véritable objet partiel. Pas de sexe, pas d'effroi, pas de part maudite, et pas de féminin à l'horizon svp! 

Lolita? La toute jeune adorable hystérique qui déjà, d'un regard sûr, commande son "maître" ? Connaît pas! Fantasme de vieux pervers!  Dans cette régression on y est et on y va n'est-ce pas. Alors on va vous offrir des lieux, pour la dé-bandaison mais sûrement pas la possibilité, à travers le travail de pensée exigée, celui de'une analyse des cas digne de ce nom, d'élaborer votre transfert institutionnel, et si ça va pas, d'aller vous allonger, comme un petit grand, tout seul, voir un peu ce qu'il en est avec votre Autre.... Non, on vous offre un ersatz groupal  : allez vous livrez à la dite "supervision du transfert" en groupe - surtout, pas de deux là non plus! Allez livrer votre subjectivité, dans ses ressorts plus ou moins intimes, mais sans autre possibilité  vraie d'élaborer votre propre conflit, autrement dit, sans autre possibilité de se relier autrement à cette institution... Dans le Couvent institutionnel (ou Bordel institutionnel, qui n'en est que l'autre face), se trouve aujourd'hui de plus en plus  redoublée la vieille politique des confesseurs, avec son économie de servitude... 

Alors comment voulez-vous que dans de pareils contextes institutionnels, où règne des modes de jouissance proprement pervers (et je ne parle pas là de celui affiché par François, qui est peut-être  paradoxalement le moins pris dans ces modes là sadomasochistes de jouissance, de possession et d'emprise), puisse être soutenu, par et pour chacun, pour son propre compte de sujet,   l'enjeu de déprise, celui du laisser partir... Comment dans un univers aseptisé, homo-sexualisé (et je ne parle pas là de l'homosexualité déclarée de certains, mas de l'homosexualité générique) pourrait être reconnue, et ainsi accompagnée, métabolisée, sublimée, la puissance du désir,  et l'exil associé, la douleur ressentie et traversée à laisser, par exemple ici,  l'adolescente le quitter...? Et c'est bien parce que cet enjeu qui est celui du "sexuel" - dont l'élaboration n'opère que sous certaines conditions institutionnelles et relationnelles -  reste non soutenu, non éclairée dans l'institution (comme il en fut sur ce forum quand on en vint à discuter du cas Felix) que la liaison de la jeune fille à cette institution, comme celle de François d'ailleurs, ne peut se symboliser, se métaboliser. François reste alors enchâssé dans son conflit, dont de façon générale je dirai qu'il tient à la puissance de l'ambivalence amour / haine à l'endroit de ce premier Autre que fut la mère, source première, pour l'un et l'autre sexe de notre identification homo-sexuelle... 

Ce dont on ne peut parler, il faut... le dire!

Dans mon récent article sur "le management et les associations" (revue Le sociographe, numéro spécial sur la protection de l'enfance), je relevais dans une note combien 

"Sous le régime de la techno-science gestionnaire opère une « politique de la supervision » qui n’est pas sans évoquer la vieille « politique des confesseurs » ; par-delà les références propres de notre modernité, la méthode (la manipulation du transfert) et le motif (obtenir « la loyauté aveugle des braves sujets » comme disait Freud dans La vie sexuelle) leurs sont communs. À la sortie de la « séance » les praticiens doivent pouvoir se vivre allégés du « malaise » (du sentiment de culpabilité), au prix de la soumission consentie. Il n’est pas question d’élucider le vrai conflit du sujet. L’opération consiste tout au contraire à capter ce conflit, en obturant la voie qui pourrait mener à son élaboration (Legendre, 1976)."

Une des différences majeures entre la confession et la cure analytique, c'est le fait que dans la cure un paiement soit exigé, impliquant un réel de la dette  - un réel qui autorise au final, sous certaines conditions autres, la symbolisation de la castration et de la dette au Père (vaste concept, non réductible au papa n'est-ce pas).  Il convient de payer : et par là s'ouvre un tout autre traitement du transfert, engageant l'élaboration d'un autre rapport de croyance au Père, au Grand Autre et disons, à Maman (à l'Eglise, à l'Institution). 

Je disais souvent au plus simple, sous forme de bon mot, à mes collègues qui m'interrogeaient sur ce point (de ma croyance), "Oui, je crois en Dieu, car lui au moins a un avantage sur  le juge, le directeur ou le psy, c'est qu'il n'existe pas... "

S'étendre ou "dire" n'importe où, voilà ce que les dites "supervisions" (à ne pas confondre avec le long travail, individuel et institutionnel, d'analyse des cas et d'élaboration de la pratique, vrai travail de pensée),  entretiennent de  ce qu'autrefois deux psychanalystes rigoureux (et courageux!), Bigeault et Terrier,  ont appelé "l'illusion psychanalytique en éducation" (titre de leur ouvrage). 

Je conseille aussi, de Pierre Levy-Soussan, L'éloge du secret

Une différence quand même entre supervision et confession: il n'y a pas d'absolution ni de pater noster à réciter en pénitence. Ceci dit, comme je te l'ai déjà dit, encore une fois, tu parles de ce que tu ne connais pas. Libre à toi de projeter tout un tas  de représentations (confession, culpabilité, malaise, capter le conflit...) mais elles n'appartiennent qu'à toi. Je te les remets donc en mains propres... Fais-en bon usage. 

Quelle clairvoyance dans ces propos, un abîme d'impénétrabilité ! 

et surtout, vous l'aviez bien senti hein, mon cher Pendanx :  Felix et François s'écrivent tous les deux avec un F ! C'est le lien évident de la condition homo-sexuelle institutionnelle relationnelle parallèle et sans pareil...



PENDANX Daniel a dit :

Dans mon récent article sur "le management et les associations" (revue Le sociographe, numéro spécial sur la protection de l'enfance), je relevais dans une note combien 

"Sous le régime de la techno-science gestionnaire opère une « politique de la supervision » qui n’est pas sans évoquer la vieille « politique des confesseurs » ; par-delà les références propres de notre modernité, la méthode (la manipulation du transfert) et le motif (obtenir « la loyauté aveugle des braves sujets » comme disait Freud dans La vie sexuelle) leurs sont communs. À la sortie de la « séance » les praticiens doivent pouvoir se vivre allégés du « malaise » (du sentiment de culpabilité), au prix de la soumission consentie. Il n’est pas question d’élucider le vrai conflit du sujet. L’opération consiste tout au contraire à capter ce conflit, en obturant la voie qui pourrait mener à son élaboration (Legendre, 1976)."

Une des différences majeures entre la confession et la cure analytique, c'est le fait que dans la cure un paiement soit exigé, impliquant un réel de la dette  - un réel qui autorise au final, sous certaines conditions autres, la symbolisation de la castration et de la dette au Père (vaste concept, non réductible au papa n'est-ce pas).  Il convient de payer : et par là s'ouvre un tout autre traitement du transfert, engageant l'élaboration d'un autre rapport de croyance au Père, au Grand Autre et disons, à Maman (à l'Eglise, à l'Institution). 

Je disais souvent au plus simple, sous forme de bon mot, à mes collègues qui m'interrogeaient sur ce point (de ma croyance), "Oui, je crois en Dieu, car lui au moins a un avantage sur  le juge, le directeur ou le psy, c'est qu'il n'existe pas... "

S'étendre ou "dire" n'importe où, voilà ce que les dites "supervisions" (à ne pas confondre avec le long travail, individuel et institutionnel, d'analyse des cas et d'élaboration de la pratique, vrai travail de pensée),  entretiennent de  ce qu'autrefois deux psychanalystes rigoureux (et courageux!), Bigeault et Terrier,  ont appelé "l'illusion psychanalytique en éducation" (titre de leur ouvrage). 

Je conseille aussi, de Pierre Levy-Soussan, L'éloge du secret

C'est bien connu : je n'ai nulle expérience des interventions extérieures psy et autres dans les institutions et services,je n'ai nulle expérience de la façon dont tout cela fonctionne. Je n'ai non plus sûrement rien lu de tous ces livres et discours qui célèbrent et promeuvent, sous l'emblématique d'une Psychanalyse qui miroitait, et miroite encore un peu, comme une Idole pour les Innocents... Et je n'ai qu'une vision délétère de l'état dans lequel se trouvent les milieux de la protection de l'enfance.  Tout mon propos donc, projections! Alors je n'attends pas, je n'attends plus de toi Joseph que tu puisses recevoir mes observations, par exemple celle, si essentielle me semble-t-il, autour de la question du paiement. Comme si par exemple - un exemple que j'ai sous les yeux, via quelques amis - quand les institutions-mères donnent satisfaction à la demande de quelques uns, qui, butant sur les limites de l'institution, se trouvent "insatisfaits" des psy institutionnels (qui justement, ces limites les soutiennent!), d'avoir une "supervision" par des gens extérieurs, cela n'était pas répondre à une demande qu'on peut reconnaître comme une demande d'analyse, méconnue comme telle par le sujet qui la porte, et cela aussi en raison du fait que plus personne quasiment ce sujet ne le renvoie à sa faille et à son conflit comme il se devrait... Un sujet qui veut pouvoir continuer de haïr en douce (ou pas), mais sans culpabilité,  et surtout ne pas "payer" of course ! Quelques uns iront par ce biais, me diras-tu, en analyse personnelle... Je n'en ai vu aucun de ceux-là se dégager de ce que j'appelle "l'identification imaginaire au psychanalyste", s'extraire du juridisme psy, du psychanalysme... Et cela que "psychanalyste" ils le deviennent ou que, sinistrés de l'affaire, sinistrés du transfert, ils se rétablissent dans l'exercice d'un pouvoir, à défaut de soutenir une pratique. L'un d'entre eux, après des années de lacanisme, crachait le morceau il y a peu : "j'ai voulu être chef de service/directeur "pour me dégager de la pratique". Et cela en se mettant à faire porter le poids de la faute - à quoi il n'a jamais accédé - à ces anciens collègues... 

Alors de mes analyses et interprétations, moi je ne fais pas un usage marchand ! Et je sais ne pas être un homme du présent, ce qui ne me fait ni chaud ni froid quant à mon propre sort.

Voilà, c'est assez, je vais terminer mon velouté de potiron, Il ne faut pas oublier la muscade.... 

Un ami ce week-end me rapportait des propos qu'il attribut à Jean Oury. Je cite de mémoire "Il y a des choses qui ne cesse pas de ne pas se dire"

Il me semble que ce n'est pas grave de faire un amalgame entre un balayeur et un éducateur. Il est même possible que cela soit plutôt pertinent.

Djamila Zaatri a dit :

La première fois que j'ai surpris le désir dans les yeux d'un homme je n'avais que 11 ou 12 ans. A cet âge, je n'ai pas compris pourquoi subitement je suscitais un tel regard qui me semblait anormal et me mettait mal à l'aise. Croisant ce monsieur quotidiennement sur le chemin de l'école, ma solution a été de le fuir : en changeant de trottoir, en partant plus tôt, en évitant d'être seule. Au fil des semaines, je me sentais de plus en plus accablée par ce regard d'autant que ce monsieur a eu ses stratégies aussi pour apparaître brusquement là où je ne l'attendais pas. Mon recours a été les copines qui ont donc fait tiers:  il a été dévalorisé. La peur a fait place au courage. Je me suis forcée à ne plus changer de trottoir. Et un jour, j'ai osé lui offrir mon regard le plus noir en guise de condamnation. C'était le balayeur de la rue, qui remplissait ensuite les sacs poubelles. Loin de moi, l'idée de faire un amalgame entre un balayeur et un éducateur, mais il faut bien rappeler que tout regard sur un enfant peut déjà constituer une intrusion et que dans ce cas là, je ne crois pas que l'enfant quel qu'il soit, ait un pouvoir sur l'adulte. C'est vrai que cette histoire est moche. Cette jeune fille était-elle condamnée à subir l'une ou l'autre violence, finalement?

C'est vrai, Daniel, comme dit le bonimenteur de bonneteau "passez muscade". Et le poète Jean Richepin: "  « Passez, muscade ! Ah ! tenez, tenez ! Ni vu ni connu, la v’là perdue. Passez, muscade ! Ah ! tenez, tenez ! Soufflez dessus, la v’là revenue. Passez, muscade ! Ah ! tenez, tenez ! La v’la au bout de mon nez." (Césarine) ... Tu pourrais te demander pourquoi tu as l'impression de prêcher dans le désert, en quoi tu n'y es pas pour rien dans les fins de non recevoir dont tu te plains... 

Oui le regard dans le dos est très sexualisé,encore qu'il peut y avoir là quelque chose de l'ordre de votre projection, mais oui il y a de ça. Comment est ce travaillé dans l'institution?

Je poserais le problème autrement et partirais du postulat que pour que cela soit travaillé par l'institution peut-être faudrait-il que l'institution regarde en elle qu'elle envisage que ce qui la constitue c'est justement ce regard sexualisé. 

Joseph Rouzel a dit :

On dirait un roman, plus vrai que vrai. Comme quoi les affres du transfert c'est pas du bidon: dans la première scène qui donne la clé, l'éduc, la jeune, elle l'a dans le dos, voir sur le dos... Elle parle à travers la relation à l'éduc d'un autre qui jouit d'elle dans son dos, d'un regard qui la mate.  C'est très sexualisé.  Comment est-ce travaillé dans l'institution? Est-ce que la supervision suffit? La remarque de la psy me parait un peu faible: vous y avez mis le temps! ;sans rappeler l'interdit, ça ne porte guère et l'histoire tourne mal.  En quoi est-ce repris au niveau institutionnel? Comment l'interdit, car c'en est un, interdit de jouir de l'affection d'un jeune,  est-il intégré à la position éducative? On voit qu'en la circonstance ça n'a pas été travaillé suffisamment puisque l'amour (c'est toujours de cela qu'il s'agit dans le transfert) se renverse en haine... accompagnée ici d'un certain sadisme. Ce sont les deux faces de la même médaille: l'amour/la haine, étroitement accolées. Et comme à chaque fois qu'il y a défaut de symbolisation, ça finit dans une forme de passage à l'acte: c'est le jeune qui gicle Je ne crois pas que ça ait à voir avec le statut d'une MECS, grande ou belle. C'est vrai dans toute institution. Tout dépend de ce qu'on y fait, de ce qu'on y soutient en matière d'éthique et de clinique. En la circonstance chacun dans l'institution et dans l'équipe, éducs, direction...  est responsable de ce qui s'est passé:, notamment d' avoir laissé l'éducateur se dépatouiller seul et de n'avoir pas fait tiers. 

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