Raconter la vie : trois ans d’expérimentations

    Le projet Raconter la vie a été lancé en janvier 2014. Il a eu pour ambition d’explorer les moyens de remédier au sentiment aussi envahissant que décourageant que ressentent un grand nombre de Françaises et de Français de ne pas être représentés. Au-delà de la distance croissante entre la société et les institutions en général, et le monde politique en particulier, c’est le fait de ne pas être écoutés, de voir les réalités auxquelles ils sont confrontés ne pas être sérieusement prises en compte qui suscite la colère et le désarroi. Alors que le mot peuple ne cesse de retentir dans les discours, tout se passe ainsi comme si les vies ordinaires n’étaient pas prises en compte, les voix d’en bas tenues pour quantités négligeables. C’est ce qui alimente le désenchantement démocratique qui ronge les sociétés et les rend vulnérables aux sirènes populistes. Le renouveau radical du système et des mœurs politiques s’impose dans ce contexte, mais tout autant la façon souvent trop abstraite de parler de la société. C’est sur ce point que le projet Raconter la vie a voulu apporter sa contribution. La tâche à accomplir était immense. Mais nous entendions faire quelque chose pour sortir de la simple déploration. Nous voulions d’abord lancer l’alerte et attirer l’attention sur les racines et les effets de cette mal-représentation. Cela a été le but du manifeste Le Parlement des invisibles. Mais nous avons aussi voulu constituer un laboratoire pour explorer les réponses que l’on pouvait apporter pour trouver les voies d’une meilleure représentation, dans laquelle les citoyens se reconnaissent et aient le sentiment de compter pour quelque chose. Nous l’avons fait en lançant un site participatif, raconterlavie.fr, publiant des récits de vie regroupés autour de parcours de lecture qui nous semblaient correspondre aux attentes et aux expériences des contributeurs : le désir de changer et d’inventer sa vie, l’expérience du mépris au travail, les pratiques de solidarité, le lancement de projets, pour ne prendre que quelques exemples. Plus de 700 récits ont ainsi été publiés. Nous avons aussi édité une collection de petits livres proposant une plongée dans des vies quotidiennes oubliées ou négligées - des mondes sociaux émergents peu ou mal décrits ou des lieux dont la banalité cachait l’importance. En mêlant pour cela les plumes de simples témoins avec celles d’écrivains, de journalistes d’investigation ou de chercheurs en sciences sociales. Une trentaine d’ouvrages ont ainsi été publiés.

    Cette expérimentation a été pleine d’enseignements et a entrainé de nombreuses réflexions sur les façons dont on pouvait plus fidèlement parler de la société. Mais elle a surtout eu pour vertu de susciter des initiatives qui s’en appropriaient la démarche. Dans des médiathèques, des écoles, des troupes de théâtre. Elle a aussi produit ses effets dans le monde de l’édition, avec le lancement de nouvelles collections et la valorisation de la « littérature du réel ». Dans le monde des médias aussi, avec la multiplication des reportages et des rubriques sur la vie des Français. « La France invisible » ou « Françaises, Français » sont par exemple devenues des rubriques régulières dans deux grands quotidiens. Nous considérons de cette façon que notre mission expérimentale a été accomplie. Notre site raconterlavie.fr va du même coup fusionner avec un site plus important raconterletravail.fr, dont la création a été dérivée de notre entreprise (sur la base d’une grande enquête sur le monde du travail menée par la CFDT auprès de plus de 200 000 salariés). Notre collection de livres a de son côté été suspendue et nous substituerons à ce travail spécifique d’édition, que beaucoup d’autres mènent par ailleurs, l’animation d’une réflexion collective élargie sur les façons de « Raconter la France », à partir des initiatives de toutes natures qui se sont développées dans notre sillage, autant que des réflexions que nous avons provoquées dans le milieu des sciences sociales.

                        Pierre Rosanvallon

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