Vous-êtes vous déjà retrouvé à un poste où l'on n'attendait pas de vous d'être éducateur, mais de donner un cours, d'organiser un soutien scolaire, voir d'amuser un groupe? Dans une équipe qui ne s'intéresse qu'à la production finale pour le fameux rapport à rendre à l'organisme subsidiant?

Personnellement, c'est parfois le sentiment que j'ai. Entre mon patron qui broie du chiffre et un cadre aux définitions ridicules, j'ai parfois l'impression d'étouffer les enfants avec qui je travaille, de les dégoûter, alors que je suis persuadé que ce genre d'institution, de celles qui mettent en projet et questionne les représentations qu'ils se font, qu'ils se créent, que ces institutions dont le but est d'ouvrir des portes a tout son intérêt pour tous les enfants. Pour peu évidemment que la souplesse, l'envie de travailler, l'envie d'être là soit également là de la part des adultes, des encadrant. 

Comment donner envie à ses collègues? Comment, lorsqu'on est le nouveau, tout frais, tout prêt, peut-on partager sa motivation en espérant recevoir de l'expérience. J'essaie, tant bien que mal, mais l'image que je renvoie oscille entre le moralisateur de service et le dictateur à idées pédagogiques. 

Pourtant, quand je vois les minots, dont certains émettent cent mille projets à la seconde ou d'autres qui sont capables d'une curiosité folle, je me dis que c'est presqu'un défaut d'éthique que de ne pas les écouter, que d'accepter le laisser-aller au sein du cadre décrétal que nous savons tous restrictif, alors que nous pourrions faire tellement plus... Serait-ce ma morale qui se place mal? 

Suite au cri de ralliement de Monsieur Rouzel, j'ose déposer ici ces questions qui tournent et qui, parfois, se cristallisent en une rage qui me rend hostile à tout échange avec mes collègues... Je serais curieux d'avoir vos réactions, vos expériences, vos avis, ...

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C'est bien ainsi que se pose la  question, et je la vois à l'oeuvre dans le divers établissements où je me déplace: un fossé, quand ça n'est pas un gouffre entre des directions bouffées par un idéologie managériale industrielle, obsédées par l'invasion du chiffre (pas que financier, tout est chiffré) et des équipes éducatives, pédagogiques, thérapeutiques aux antipodes, soucieuses d'éthique et d'action au quotidien, au plus près  des usagers. Bon, que faire?  Laisser le fossé se creuser? Penser d'autres modes de direction, on en connait, on les a expérimentées... Réinvestir l'institution? Il y a sans doute une véritable révolution à opérer pour mettre la clinique, c'est à dire la rencontre humaine et le lien social, au coeur de la pratique, pour penser des modes d'organisation adaptées.  

Le directeur, ce n'est pas un "patron", et encore moins "ton patron", même s'il se tient comme tel avec "ses salariés ", ou plus souvent d'ailleurs comme une "matrone". Ou comme j'ai si souvent eu l'occasion de le décrire : comme la Mère supérieure du Couvent institutionnel, jamais très loin de la figure de la mère maquerelle du bordel. ..
Plus encore, le "directeur" ce n'est pas "ton directeur", mais le directeur de l'institution : ce qui est tout autre chose. Si vous ratez cette dimension, celle de la théâtralisation de la scène, avec sa dimension structurale (le carcan dogmatique, celui de la différences des sexes, de l'Oedipe ), et cela en retournant le regard vers vous, vers le conflit aux sources de la "sainte colère ", et bien vous avez toute chance d'être le clone innocent du "patron"...

Si on commençait par là, par soutenir cette affaire clé (en jargon "savant": celle de la symbolisation des figures du pouvoir, du pouvoir "parental" institutionnel, qui est aussi celle de l'accès au primat de la fiction, celle du desenlacement du sujet de l'Idole ), et au premier chef dans les univers de formation, ceux des chefferies - en faisant par exemple méditer de façon soutenue et répétée à tous ces futurs bons managers et autres caféruisés "L'âne qui portait des reliques" de notre cher La Fontaine -, et bien je peux vous dire que nous entrerions dans une nouvelle perspective... Dans celle que j'appelle "politique de l'interprète "... Laquelle n'a rien à voir, mais alors rien, avec cette politique de la supervision , moderne continuation de la vieille politique des confesseuros, et de la délivrance des indulgences aux gentils et braves éducateurs dévoués ...

Le directeur, ce n'est pas un "patron", et encore moins "mon patron", même s'il se tient comme tel avec "ses salariés ", ou plus souvent d'ailleurs comme une "matrone". Ou comme j'ai souvent eu l'occasion de le décrire : comme la Mère supérieure du Couvent institutionnel, jamais très loin de la figure de la mère maquerelle du bordel... Il faut lire ce grand traité de la vie institutionnelle qu'est La Religieuse de Diderot !
Plus encore, le "directeur" ce n'est pas "mon directeur", mais le directeur de l'institution : ce qui est tout autre chose.
Si vous ratez cette dimension, celle de la théâtralisation de la scène, avec sa dimension structurale (le carcan dogmatique, celui de la différences des sexes, de l'Oedipe)et son envers - l'autre scène de l'institution, dont participe votre cinéma intérieur, et cela en retournant le regard vers vous, vers le conflit aux sources de votre "sainte colère ", et bien vous avez toute chance de demeurer je dirai le clone innocent du patron... Se voir comme l'autre, "je est un autre"...

Si on commençait par là, par soutenir cette affaire clé (en jargon "savant": celle de la symbolisation des figures du pouvoir, du pouvoir "parental" institutionnel, qui est aussi celle de l'accès au primat de la fiction, celle du désenlacement du sujet de l'Idole ), et au premier chef dans les univers de formation, ceux des chefferies - en faisant par exemple méditer de façon soutenue et répétée à tous ces futurs bons managers et autres caféruisés "L'âne qui portait des reliques" de notre cher La Fontaine -, et bien je peux vous dire que nous entrerions dans une nouvelle perspective... Dans celle que j'appelle "politique de l'interprète "... Laquelle n'a rien à voir, mais alors rien, avec cette politique de la supervision, moderne continuation de la vieille politique des confesseurs, et de la délivrance des
indulgences aux saintes équipes et aux gentils et braves éducateurs dévoués... Comme si ces chères équipes ne participaient de la forteresse institutionnelle et du positivisme ambiant, comme si elles n'étaient aussi des nœuds de vipères, de "l'amour" du père...

Yuri, dans une autre discussion vous racontiez comment ce peut être difficile de répondre quand on débute. Moi qui suis sur la fin de ma carrière je ne voudrais pas saper votre bel enthousiasme mais je vais quand même prendre ce risque en vous livrant pêle-mêle ce que m'évoque votre réflexion. J'ai sursauté en lisant mon patron et cela m'a fait penser à ces gamins qui disent "mon educateur". Il y a dans ce mon quelque chose de très affectif, un peu comme les tous petits qui disent ma maman, mon papa au lieu de maman, papa. On ne peut que leur souhaiter de pouvoir dire ma mère, mon père mais il leur faudra du temps. Ces mêmes gamins quand ils parlent d'un éducateur pour qui ils n'ont pas d'affection ne disent pas mon mais trouvent d'autres adjectifs pour les nommer mais le mon vient bien préciser que le gamin a choisi de s'approprier cet Educateur en particulier. Vous ne dites pas mon directeur mais mon patron. Serait-ce lui qui vous paye avec ses deniers personnels? Le directeur de l'institution dans laquelle vous travaillez est peut-être un très bon comptable et un mauvais directeur mais c'est bien vous qui vous l'appropriez, c'est bien vous qui vous mettez sous sa dépendance financière en le nommant mon patron. Il n'en demande peut-être pas tant.
J'ai bien conscience que je ne réponds pas à votre questionnement tel que vous l'avez formulé. Je suis un peu décalée.
Il y a quelques jours une éducatrice m'a appelée car elle serait intéressée pour prendre la suite de notre lieu d'accueil. Quand je lui ai demandé pourquoi elle m'a dit qu'elle ne supportait plus les incohérences de la direction, de ne pas pouvoir faire son travail avec les ados. Je lui ai répondu qu'elle devrait s'attendre aux incohérences non pas d'une direction mais de toutes les institutions avec lesquelles elle sera amenée à travailler avec comme différence c'est qu'elle n'aurait pas de public pour se plaindre. Après avoir raccroché je me suis dis que j'avais raté une occasion de me taire, je venais de la décourager dans son élan. Je me suis rappelée la réponse que m'avait faîte Daniel sur ma résistance à laisser les rennes à d'autres personnes. Alors vous voyez, Yuri, les éducateurs expérimentés ne sont pas experts dans l'art éducatif.

Quel plaisir que vos réponses!

PENDANX Daniel a dit :

Le directeur, ce n'est pas un "patron", et encore moins "ton patron", même s'il se tient comme tel avec "ses salariés ", ou plus souvent d'ailleurs comme une "matrone". Ou comme j'ai si souvent eu l'occasion de le décrire : comme la Mère supérieure du Couvent institutionnel, jamais très loin de la figure de la mère maquerelle du bordel...

En fait, actuellement, je pense que si, directeur et patron se mélangent chez nous, en ce sens où le Conseil d'Administration lui voue une confiance aveugle. C'est à un point tel qu'il a récemment licencié une collègue sans lui donner, ni à nous, de raisons valables. Lorsque l'équipe s'est insurgée, en soulignant qu'il n'y avait eu aucun signe avant-coureur ni tentative de communication, en dénonçant de la violence de l'acte aussi subit que subi, le déséquilibre que cela induisait au sein du travail, et le caractère dangereux que pouvait représenter le licenciement de celle qui avait remis en question son autorité en répétant ses questionnements, ses doutes en réunion d'équipe, en demandant à ce qu'on parle des enfants et non des dossiers, ... lorsque l'équipe s'est insurgée, disais-je, le CA est intervenu en nous soulignant bien que le directeur était leur représentant direct, leur voix, qu'il avait toute leur confiance pour agir, et qu'il était plus intelligent de nous entendre avec lui que de nous entendre entre collègue. Divide et impera?

Et bim! dans ma face de doux rêveurs communautariste tout heureux de travailler dans une institution issue d'une occupation populaire, sauvage, politiquement militante et dont les valeurs présentées en "manifeste" à la limite du communisme, sont l'importance de l'égalité, de la liberté d'expression, et le caractère populaire que doivent avoir nos actions. On repassera. Bref, je sors de mon cadre, là, c'est le sentiment qui s'ex-pressionne. 

Cela dit, j'avoue ne m'être pas questionné sur l'utilisation du "mon", et le caractère personnel, affectif que cela pouvait représenter. Cette dimension m'avait totalement échappée. Mille merci, du coup, pour ce regard sur mon langage, sur mon appropriation d'un "concept" dont je devrais rester distant. Je constate, du coup, que j'ai parlé des enfants avec qui je travaillais, et pas de "mes enfants". Sans doute du à ma méfiance d'une relation affective dans ce sens (surtout quand je sais que je suis à durée limitée) ou simplement au fait qu'un jour j'espère avoir "mes enfants", ceux que j'aurais contribué à faire naître dans un processus quotidien à durée indéterminée, qu'ils soient issus du cercle familial que je construis ou d'une institution que j'aurai pensé. Je m'égare, mais vous me donnez à penser. Merci

Louise a dit :
Le directeur de l'institution dans laquelle vous travaillez est peut-être un très bon comptable et un mauvais directeur mais c'est bien vous qui vous l'appropriez, c'est bien vous qui vous mettez sous sa dépendance financière en le nommant mon patron. Il n'en demande peut-être pas tant.
J'ignore s'il en demande tant ou non, mais ce que je sais, c'est que je le trouve plutôt piètre comptable au vu de sa gestion parfois chaotique (à mon sens) et de son étonnement devant mes prévisions budgétaire étudiées. Mais c'est surtout sa capacité à former une équipe que je mets en doute, à s'y inclure sans devenir "surveillant", à motiver la communication. Parfois, quand je le vois avec les enfants, la relation qu'il a avec eux, et quand j'entends ses idées d'animations créatives, je me dis qu'il n'aurait jamais dû quitter le terrain. De là aussi, sans doute, le rapport étrange et en demi-teinte que je m'entretiens avec lui. 
Mais par rapport à cet affect langagier que vous soulignez à deux, une question : vous bondissez lorsque je parle de "mon" patron/directeur (entité que je ne séparerai pas tout à fait dans mon cas), mais absolument pas quand je parle de "mes collègues". Y voyez-vous une différence? 
Et pour en revenir à ma question de départ, je me demandais surtout comment il était possible, au vu de vos expériences, de pratiquer l'éducation dans un cadre qui ne l'exige pas (car je considère que l'éducation doit être permanente) avec des gens qui ne s'y intéressent pas (et en ce sens, risquent de faire mal), puisque finalement, MA problématique n'est pas qu'avec LE directeur, mais surtout avec la dynamique actuelle de l'institution qui me semble en éloignement progressif avec ce qui est montré/présenté dans les productions écrites... J'en viens à avoir peur de faire le versant administratif de mon travail, car pour répondre aux attentes de ce côté, je devrais mentir sur mes pratiques, trahir ma propre sensation.

Ce que je voulais souligner, en reprenant la métaphore de l'équipe, terme de marine issu du skip, skipper, équipage, c'est qu'à considérer les collègues de  la direction comme hors équipe, comme si la gestion n'avait rien à voir avec le quotidien, on fait fausse route. Imaginez le capitaine d'un bateau complètement déconnecté. Il y a sûrement à réfléchir sur la façon dont on peut ramener la direction à sa fonction de "capitainerie", de... chef d'équipe. Il n'y a pas que le management qui en est la cause de ce hiatus dramatique, mais aussi les équipes. Penser et repenser l'institution comme un tout me parait une des voies de sauvetage, sinon c'est sauve qui peut, chacun sa bonbonne et courage... La direction c'est celle que l'on se donne ensemble et la façon dont chacun peut l'assumer de sa place.  

Ce que j'apprécie surtout sur ce forum, où je tente de produire de la distinction - par exemple, de la distinction entre les deux principes du fonctionnement institutionnel - c'est quand l'un ou l'autre, comme ici Yuri Didion, témoigne de sa "vista", d'une observation précise, "questionnant" le lien, en ouvrant ce qui me paraît être le plus véritable travail de pensée, travail de mise en questions, celui d'une pensée critique que l'on peut retourner vers soi... Un "travail", auquel chacun a capacité dans toute scène à apporter sa pierre ( = principe de non hiérarchisation des interprètes), dont l'enjeu clef, je l'ai assez souligné, et je ne cesse d'y revenir, est celui pour chacun de la reconnaissance de ses limites et de sa propre division, et partant, celui de la reconnaissance d'autrui, de tout autre, non comme un seul "même" ou un seul "différent", mais comme un semblable, différent... Ce qui se traduit par exemple, comme en emploie fort justement ci-dessus l'expression Joseph, par la capacité conquise à "voir" le directeur comme un "collègue" - et j'ajoute : à attendre de lui qu'il nous voit en vérité comme tel, c'est-à-dire  comme un égal et un différent...

Mais voilà bien ce qui, dans l'un ou l'autre sens (éducateur vers directeur, directeur vers éducateur), ne va pas de soi, et quoiqu'il en soit parfois proclamé de contraire ! C'est le moins qu'on puisse dire n'est-ce pas. Cela ne va pas de soi, n'est pas "naturel", et ne peut être conquis sous une seule bannière idéologique ou morale... Et cela n'est ni naturel, ni une seule affaire morale, idéologique, comme le découvre la plus grande philosophie de l'être (je pense en particulier à Heidegger) et la psychanalyse,  en raison même du "grand cercle inconscient" (Freud), celui de cette autre scène des représentations infantiles, qui nous enveloppe... Une "autre scène" de l'humain, mais aussi autre scène du mythe  des institutions, dans laquelle il n'y a que des phalliques (= des indivisés du Phallus) et des castrés, jamais en vérité du "sexué", c'est-à-dire des divisés du Phallus, chacun selon son sexe, jamais en vérité de "féminin" pour l'un et l'autre sexe, et toujours un "masculin" lui-même confondu, comme y demeurent tant de féministes guerrières, avec le phallus... 

Mais pour que ce travail de reconnaissance opère - ce travail qui s'engage dans l'élaboration de ce que j'appelle aussi "l'alliance professionnelle" ou "coresponsabilité", dans l'advenue de cette dimension du "poétique", irréductible à tout pouvoir d'emprise, dans l'assomption institutionnelle du "temps mort" : à partir de quoi, et de quoi seulement,  peut s'établir un  "climat" qui témoigne d'un dégagement des liens institutionnels (et des liens soutenus dans la pratique) du seul registre "naturel", ordinaire, du sadomasochisme (de la perversion homo-sexuelle la plus commune, qui regarde et implique chacun!) -, pour donc que ce travail opère, il y faut des conditions institutionnelles. Et je dirai d'abord, le jeu institutionnel du Tiers, du principe du Père, autrement dit, une certaine rupture avec ces univers institutionnels gouvernés par un management qui cristallise ce que j'appellerai ici  le lien technocratique à l'Idole, soit la dé-symbolisation du lien à la Référence, au Pilote, et cela en visant la "globalisation", l'assimilation de tous dans le Grand Tout : la colle à la Cause, à la Big Mother Association... Tout négatif, tout différence, doivent pouvoir être engloutis dans la "positivité" , sous quelque discours et idéologie celle-ci se présente...

Alors, pour évoquer disons concrètement, cette affaire du Tiers, d'un Tiers mis dedans, c'est-à-dire proprement subverti comme tel, je reviens maintenant cher Yuri, si vous avez eu le courage d'arriver ici, à ce que vous relevez. 

 Vous notez : "... directeur et patron se mélangent chez nous, en ce sens où le Conseil d'Administration lui voue une confiance aveugle. /.../ ... lorsque l'équipe s'est insurgée, disais-je, le CA est intervenu en nous soulignant bien que le directeur était leur représentant direct, leur voix, qu'il avait toute leur confiance pour agir, et qu'il était plus intelligent de nous entendre avec lui que de nous entendre entre collègue. Divide et impera?" 

Et oui, et je m'en réjouis, vous relevez et touchez bien là à un essentiel : à ce mode de confusion /collusion de l’auctoritas (du conseil d’administration) et de la potestas (de la direction générale) qui est celle quasi générale de nos milieux associatifs, celle de responsables morts-vivants qui se tiennent pour le Totem, comme les éternels propriétaires des lieux et des fonctions. Il n'y a plus de tiers, plus d'interprètes possibles, mais des piétistes et les haut-parleurs de la voix de leur maître : un maître qui n'est que la figure masquée de la Mère absolue...

La subversion de la distinction des plans et des registres qui s'implique dans cette mise à mal de l'écart entre instances distinctes  - entre l’instance relais de la représentation de la Référence qu'est symboliquement le Conseil d'Administration, et les instances d’exercice du pouvoir institutionnel que sont les directions, la direction générale – engage une confusion du réel et du symbolique, avec à la clef, je ne développe pas ici, l’indifférenciation des figures Mère et Père, et cela sous le primat de la Mère totale, absolue. Voilà par où se signe l’impasse « fondamentaliste »  dans laquelle s’inscrit aujourd’hui à son tour le management... 

La conséquence, les conséquences de cette confusion, vous les décrivez on ne peut mieux : c'est l'incapacité de ces CA à jouer, quand de besoin, leur propre rôle médian dans la relation directeur/équipe. Comment en effet, dès lors qu'est exigé d'un directeur général, des directeurs, ce mode commun d'adhésion inconditionnelle à la politique de l'Association, ces responsables des CA pourraient-ils aider ces directeurs à tolérer, à recevoir et à traiter comme il convient l'expression critique de leurs collègues, les aider à faire face à la propre destructivité des uns ou des autres sans s'en sentir détruits ou sans détruire en retour par des passages à l'acte comme celui que vous évoquez?

De ces choses là, si essentielles, sur quoi je reviens dans un texte que je viens de donner à publication, je ne vois pas que nos milieux, avec leurs dits "superviseurs", aient véritablement pris la mesure... 

Par rapport à bien des discours (théologico-politiques) tenus par ces Associations - y compris les discours les plus enchanteurs aux oreilles des praticiens les plus militants -, les vérités du réel sont bien autres, et comme vous dites Yuri, "on repassera!"... Mais, comme je le développe dans l'article que je viens d'évoquer, trouver la juste voie pour l’insubordination (titre d'un ouvrage du poète Michaux) - une voie qui pour être "combattante" ne soit pas celle de la cristallisation duelle, celle d ela déliaison (mais d'un "autre mode de liaison) * exige de conquérir aussi de retourner le regard vers soi, et de s'engager soi-même, en en payant le prix subjectif,  dans une discipline de la limite et de l'écart.

Je vais m'arrêter, mais je viendrai un peu plus tard évoquer une expérience très sensible et significative de l'élaboration d'un lien, celui de mes rapports, des rapport de quelques uns de mes collègues aussi, il y a quelques années avec un directeur et un directeur général. Après une période disons de  chaud conflit nous avions fini par ce que j'appelle "se reconnaître" : mais dès lors que "l'alliance" commençait ainsi à s'inscrire entre nous, de façon vivante et co-responsable, sur un mode non homo-sexué, l'un et l'autre se sont trouvés remerciés (licenciés) par un triumvirat maître du CA qui ne pouvaient supporter, tel l'enfant œdipien - mais un enfant auquel on (on = les pouvoirs politiques et administratifs) laisse le pouvoir - se retrouver en place de tiers, de tiers exclu de la scène du deux... Ceux là, qui ont tant fait de passages à l'acte depuis des années et des années, sont tellement restés pris dans leur propre fantasme meurtrier, leur propre triomphe oedipien auprès de leur Sainte Mère-Association qu'ils ne peuvent imaginer qu'ils pourraient valoir comme tiers, tiers exclus, sans pour autant être rejetés, détruits à leur tour... Ce qu'avaient justement fini par "comprendre" ce directeur et ce directeur général... qui s'engageaient alors sur une autre voie, non manipulatrice, dégagée du "diviser pour régner" (bravo le latin!) ; ce qui leur fut fatal en cette Association

Résumons: on sort du duel par le tiers. Reste à définir ce dont il s'agit. Le seul tiers qui me parait opérant, c'est que l'on se parle, de place différentes, à partir d'une structure ou d'un mythe qui détermine les différences.On rabat trop souvent le tiers sur un bonhomme ou une bonne femme, il s'agit d'une fonction symbolique que chacun agit à sa place.En l'occurrence Yuri, ça n'est ni le CA, ni le Directeur général qui fait tiers, mais pour le dire vite, une question: qu'est ce qu'on fout ensemble? Dans le film Agora qui présente, très très romancé la vie d'Hypathie, une des rares philosophes femmes de l'Antiquité, à un moment deux des ses élèves entrent en conflit. Hypathie intervient: vous souvenez vous des conséquences de l'axiome D'Euclide: deux éléments égaux chacun à un même troisième sont égaux entre eux. Enoncé en termes de droit: tous égaux devant la loi, ce qui ne signifie pas tous pareils, mais tous garantis dans la différence, notamment la différence des places... ça peut servir dans une institution!


Laisser vide la place du mort / faire vivre la figure du mort / ne pas venir remplir la place de l’absent –je renvoie là à ce dont témoigne sur ce point, le point zéro, la brève étude de cas que j’ai donnée dans mon article récent sur « l’unicité de l’aemo et de l’aed », dans la revue Empan – , autrement dit, ne pas se prendre pour l’Ancêtre, le Fondateur, le Père, en jargon lacanien, ne pas se prendre pour le Grand Autre, et faire ainsi valoir l’écart, l’espace de séparation, et ce faisant, faire jouer le principe du Tiers, du Père, n’est pas une seule affaire d’intention, de bonne volonté, ou de je ne sais quelle parole (quand on dit « parole » de quelle parole parle-t-on ?), mais d’abord affaire institutionnelle et juridique. Une affaire dont les enjeux se cristallisent dans l’affaire de la ritualité institutionnelle, celle de la mise en jeu et de l’articulation des fonctions.

Est-ce que le CA peut valoir ou non comme tiers dans la relation direction/équipe, en ne se confondant pas à la direction, en ne demeurant pas avec la ou les directions institutionnelles dans le seul registre de la relation imaginaire duelle ? Cela est une affaire cruciale, une clef en amont de la vie des institutions. Quand les deux se confondent et bien vous avez le triomphe du lien homo-sexué, avec une prévalence des séductions sadomasochistes qui irradient les scènes… Alors la question n’est pas en effet une seule affaire de parole, mais bien affaire de place (de distinction et d’écart entre les places et les instances) et de Référence, soit la question de savoir comment une Association et son CA se tiennent eux-mêmes, dans l’espace tiers institutionnel, comme en délégation de la Référence, et non comme la Référence incarnée pour les praticiens.

« L’association est comme une Cathédrale dont les salariés sont la clef de voûte », voilà une formule, glanée dans la charte d’une Association qui se veut très laïque, très attachée au Sujet et à sa majuscule (autrement dit, au sujet-Roi de l’individualisme occidental), que je vous laisse méditer…

Le Père ici, disais-je souvent, c’est le rite – mais il peut y avoir perversion du rite (ou du cadre), un rite qui se trouve alors mis à la disposition d’une personne ou d’un clan, de leur fantasme : par où s’engage la dé-triangulation institutionnelle, la prévalence des relations duelles...

Prendre soin de l’institution c’est avoir idée de cette affaire du rite, de ses enjeux politiques, c’est saisir que le rite, comme le jeu des places, j’y insiste, peuvent être mis au service, on le sait, du mythe totalitaire, celui de la dé-civilisation et de la sur-aliénation des sujets comme dans les totalitarismes du siècle passé. Il y a des rites pervers, des rites qui comme aujourd’hui avec celui du mariage pour personnes de même sexe, mais ça on ne veut rien en savoir chez nos amis "progressistes", qui viennent légitimer le sujet dans son fantasme meurtrier insu, dans cette économie inconsciente de l’identification où il vient occuper la place indue, prendre la place de l’autre… Que chacun nous voulions, dans notre « passion d’être un autre », occuper la place indue est bien naturel, et cela peut être «joué» intimement, érotiquement, de bien des façons – je ne suis pas de ces intégristes de la Loi qui voudraient, folie politique, éradiquer la perversion la plus commune ! Mais on ne peut pour autant, sans grands dégâts déjà présents et à venir, confondre ainsi dans le rite, comme ce mariage l’engage, le subjectif et l’institutionnel, et cela dans la dé-liaison du cœur de la structure généalogique, de ces invariants indisponibles de la Loi… Cela dit pour ceux qui causent si légèrement, sans rigueur, de façon si irresponsable, de la dite « différence des places »…

Il s’agirait en effet de prendre conscience, en regard justement de l’inconscient, de la façon dont les rites prennent effet sur e fantasme inconscient, le métabolisent, en civilisent la logique incestueuse et meurtrière, et à partir de là il conviendrait de prendre soin, tout autrement qu’il n’est fait, des rites institutionnels, en s’engageant dans le travail institutionnel de délimitation et d’articulation des fonctions, de l’institution elle-même. Il s'agirait de saisir combien soutenir cette limitation-délimitation de l’institution et des fonctions, en élaborant le lien de Référence (= la symbolisation des figures institutionnelles du Pouvoir, du pouvoir parental), est l'essentiel, et combien le reste suit...

Ce "travail institutionnel" implique la mise en œuvre de la « logique du tiers exclu », soit le fait que chacun à son tour, en quelque place qu’il exerce, doit pouvoir être mis en situation de tiers exclu en regard de ce qui vient pour lui valoir comme scène du deux… Faut-il encore que du deux il y ait, un et un autre un, croisés, ce qui suppose le zéro… (Jean-François Gomez, dont j’apprécie à tant d’égards le trajet, est un des rares à avoir insisté sur cette affaire ; cf. son ouvrage sur le rite)

On touche là, avec l’enjeu de civilisation de la vie institutionnelle, associative, à une affaire délicate, d’équilibre, d’interprétation, impliquant les deux plans de la parole, le plan juridique et le plan non juridique ; c’est au fond de la haute « politique » (cf. Tocqueville, Montesquieu) que cette affaire de la délimitation des pouvoirs, de la séparation des places de discours, de la distinction des plans de la parole, une affaire qui est à la base de ce qu’on appelle l’institutionnalisation des pratiques, à la base d’un exercice référé de sa fonction, entendons là, référé à l’Interdit. C’est d’autant plus délicat et subtil qu’il n’y a en effet « institutionnalisation » (fabrique des rites, fabrique du « monde commun », coresponsabilité) qu’en regard de cette « autre scène » du sujet et de l’institution où tout est possible et à disposition, qui ne connaît pas la contradiction, qu’en regard donc, j’y insiste, de « l’inceste institutionnel » (du fantasme unaire, du désir d’un-stitution, de ce que par exemple le psychanalyste Anzieu appela « illusion groupale ») et faut-il encore ajouter, qu’en regard du jeu du « meurtre » et des clivages associés….

Il faut quand même être un sacré marchand de chansons ou de contes de fées pour masquer ces choses là, cette matière première que sont la colère, la jalousie, la rivalité, le ressentiment, toute cette matière des méchantes passions qui font, et oui, le fond institutionnel qu’il s’agit justement de lier, de contenir, de civiliser par le rite, et certes aussi dès lors par la parole, mais une parole qui ne saurait être hypostasiée et mise à toutes les sauces ! Il faut être en effet bien « religieux » (d’une religiosité qui s’ignore et qu’on préfère projeter sur autrui) pour laisser accroire que « civiliser » ces choses (ces sentiments élémentaires masqués sous les beaux discours et les chers idéaux), faire jouer le tiers, pourrait ne passer que par le jeu d’une « parole » qui nous viendrait comme cela de je ne sais où, qui nous tomberait du ciel, sûrement le ciel des bonnes chefferies ou de la supervision !

La parole, comme tout exercice tiers de la fonction, de toute fonction, ne vaut comme telle, comme médiane, que d’être elle aussi référée, référée à l’Interdit, en étant nouée, juridiquement et institutionnellement nouée au Négatif, à la Limite, à l’écart…

Faire valoir le principe du Tiers, le « Nom-du-Père », sous les exercices les plus divers de la fonction « parentale » institutionnelle – [je dis « les plus divers » car il y a en effet non pas une « place d’exception » qu’occuperait tel ou tel, une place où se cristalliserait la fonction du Pilote comme le croit et l’engage toute la techno-gestion managériale, associative et administrative, aujourd’hui, une seule place pour le Nom-du-Père dans la scène institutionnelle, mais bien une « pluralisation » de cette fonction symbolique, du Nom-du-Père… Cette notion de « pluralisation » a été à mon sens avancée par Lacan pour enfoncer le clou auprès de ses suiveurs quant au fait que « le père symbolique n’existe pas », mais, par ces mêmes suiveurs, détournée aux fins toute autre de la déconstruction, celles de l’adaptation de la psychanalyse aux tendances culturelles du jours !] –, ne passe donc pas nécessairement par la « parole » parlée, une « parole » trop souvent confondue avec le blabla séducteur et tous les discours de remplissage…

Se taire, se lever, s’asseoir, se lever et partir, c’est déjà une « parole » comme dit mon ami le griot…

Alors je soutiens qu’il y a une façon de surestimer (d’hypostasier) la parole en désarrimant le signifiant du signifié, une façon d’opposer ou de séparer la parole et les institutions (institutions qui ne seraient alors qu’un pur cadre technique, qui n’aurait rien à voir avec la subjectivité et les fictions ordonnées par le langage), et cela en chaussant les bottes du vieux pouvoir médico-psy… Cette façon de promouvoir « la parole » transforme son éloge, la promotion associée du Sujet à majuscule (le sujet-Roi) en véritable entreprise politique, au service de sa Cause…

A faire ainsi l’impasse sur la dimension symbolique tierce de toutes les fonctions institutionnelle, celle des rites et du droit, et ce toujours en regard de « l’autre scène » du sujet (une « autre scène » dont le discours psychanalytique dernier cri ne cesse d’édulcorer, d’aseptiser la logique, la logique œdipienne inconsciente du fantasme et de l’identification), je ne vois pas que nos milieux puissent être encouragés, comme il y conviendrait, à ouvrir en rigueur le questionnement qui permet de relier la clinique à la logique des montages institutionnels comme je m’y suis employé… C’est d’ailleurs, pourquoi, comme cela se manifeste de façon générale du côté de ceux qui comme ici Joseph ferment la porte à toute véritable réflexion critique sur nos montages et les fonctionnements institutionnels communs, mon propos, comme d’ailleurs toute observation du genre que celle que nous a donné Yuri sur le mode de lien d’un CA avec le directeur, ne peut être véritablement reçu, sinon à être comme ici rabattu sur cette théologie renouvelée de la parole… Quand je vous dis qu’ils ne savent combien, bons chrétiens, même si peut-être plutôt sur le versant « protestant », toujours sans le savoir, ils « répètent »…

Depuis longtemps le pouvoir psy, le pouvoir « superviseur » (est-ce que Joseph ça te fait bizarre que je puisse parler ainsi d’un « pouvoir superviseur » ? Ma question n’est pas ironique), noie la propre facture théologique (normative) de son discours, autrement dit, ce qui de sa position (par-delà les contenus déclamés) relève d’une véritable prise de pouvoir occulte sur le transfert des sujets, sur leurs images… C’est comme cela que bien des interventions psy et de discours, soient-ils à réverbération « psychanalytique », s’inscrivent dans la scène institutionnelle, en soutien et légitimation de ces juridismes associatifs et institutionnels ordonnant et légitimant à leur tour les débords des pratiques les plus diverses, celles du « sacrifice généalogique »… Par où il y en a toujours certains qui doivent payer ce que d’aucuns ne paient…, comme dans ces scènes familiales où il y en a toujours un commis pour incarner l’Objet négatif…

Alors oui je dis qu’on ne civilisera pas l’inceste institutionnel (la tendance totalitaire des institutions, celle de la privatisation des fonctions et de l’espace public, tiers), pas plus qu’on n’évitera les passages à l’acte, ceux du sacrifice généalogique, sans d’abord, contre le cours actuel de la dé-symbolisation (celui de la déconstruction des digues du droit civil), prendre soin de créer/recréer les conditions institutionnelles, langagières, juridiques, de l’institution du sujet de la parole ! Ce qui devrait nous engage au premier chef à porter attention à la phénoménologie institutionnelle, à des phénomènes aussi importants à prendre en compte que celui de cette confusion des instances que nous a rapporté Yuri et que je suis venu un peu commenter…

La « parole » et le « langage », ce n’est pas comme l’air qu’on respire ; on ne peut, en mauvais écolo du symbolique, les naturaliser ! Je pense là à ce que disait Heidegger sur le langage qui est « un phénomène tout à la fois subjectif et objectif ». C’était je crois sa façon de relever que quant à la « parole » on ne peut la dissocier du montage de l’image, du corps et du mot, on ne peut la désarticuler des formes et des réalités symboliques institutionnelles.

Comme le langage (= le carcan langagier, la structure langagière avec ses lois, sa grammaire du généalogique) est la condition du poème, les institutions et les rites, le jeu des fonctions et le droit, dès lors qu’ils ne se trouvent pas pervertis, déliés de la Loi en étant mis au service du fantasme, sont la condition de « l’institution du sujet de la parole », la condition de la dialectique identité/altérité…

Yuri vous dites que vous en arrivez à avoir peur de faire le versant administratif de votre travail. J'imagine que vous parlez des écrits que vous faites pour rendre compte de votre travail ou des rapports destinés au juge. Tout d'abord s'il s'agit bien de cela je ne le vois pas comme un versant administratif mais comme faisant partie intégrante du travail d'un éducateur. Se poser un instant pour écrire, structurer sa pensée c'est le minimum d'efforts à faire. Je sais bien que de plus en plus on demande aux éducateurs d'écrire sous forme de tableaux comme si la pensée devait se mettre en case telles qu'objectif, moyens mis en œuvre et évaluation. Cela fait des textes indigestes et bien souvent vides de sens. Qu'est-ce qui vous empêche d'écrire sans vous trahir? Qu'est-ce qui vous oblige à vous conformer aux attentes?
Nous avons accueilli une jeune fille qui avait des épisodes d'anorexie. Peu de temps après son arrivée l'établissement nous envoie leur trame de rapports afin que nous puissions la compléter, ce qui leur faciliterait la lecture. Il y avait toute une série d'items: relations avec les autres, communications avec la famille, hygiène, rapport à la nourriture... etc. Lorsqu'à la fin du séjour nous faisons un écrit, nous écrivons chacun de notre côté et nous comparons nos écrits. Nous ne sommes jamais d'accord donc cela nous prend du temps car il faut mettre les points de vue de chacun, argumenter et pour finir c'est moi qui tape.S'ensuit encore des modifications parce qu'il y en a toujours un de nous 2 qui voit quelque chose à modifier. Cette trame risquait de nous enlever ce plaisir de la discussion. Je ne me voyais pas raconter comment la jeune fille se lavait pour la bonne raison que je n'ai pas l'habitude d'aller dans la SDB avec les ados accueillis. Quand ils puentje leur dis où je leur rappelle qu'on n'a pas encore inventé l'eau sèche. Je ne me voyais pas raconter les repas de cette jeune fille qui mangeait ce qu'elle pouvait car je ne m'en préoccupais pas outre mesure. Cependant lorsqu'il a fallu faire notre rapport et bien que j'ai mis de côté cette fameuse trame je me rendais compte que je manquais d'entrain à écrire. Il m'a fallu du temps pour saisir qu'il était question d'une rivalité avec cette institution, de la place de chacun, qu alimentait avec plaisir la jeune fille et je me laissais prendre à ce jeu. C'est peut-être pour cela qu'elle mangeait avec tant d'appétit.
Pour en revenir à ce directeur qui a la confiance absolue du ÇA, cela m'évoque des couples qui ont besoin de s'assurer qu'ils se vouent une confiance illimitée à un tel point qu'on pourrait les confondre, pourrait il faire son job s'il était sans cesse mis en cause par ce ÇA? Il doit avoir suffisamment à faire avec les éducateurs.

Oui chère Louise je crois comme vous que ce mode de lien très indifférencié, très compact, visant une unité sans faille, monobloc, est à mettre en rapport avec cet imaginaire d'une "confiance illimitée " qui conduit à "confondre" l'un et l'autre. Chacun n'étant plus, dans un jeu de dupes, que le "pendant" de l'autre... Voilà qui n'est pas sans rapport avec ce qui du mythe subjectif des "parents combinés" (d'avant la différence des sexes, d'avant l'œdipe ) miroite comme figure de totalité, celle du pouvoir absolu... Et bien évidemment cet enjeu nodal, celui de la sexuation-symbolisation du lien, qui est aussi celui pour chacun de l'élaboration de sa propre division subjective, sexuée, ne regarde pas que ces chers directeurs mais bien tous les liens institutionnels.

Quand je suis arrivé il y a bien longtemps dans ce service d'aemo où j'ai ensuite oeuvré 30 ans, il y avait une question qui occupait beaucoup les collègues : "le directeur fait-il ou non partie de l'équipe ? "... "Peut-il ou non venir aux réunions d'élaboration de la pratique?" Il faudrait un jour que je rapporte tout ça...
Je veux ici seulement dire que derrière ce "grand débat" d'alors j'ai assez vite perçu - ma psychanalyse en cours m'y aidant - combien chacun venait projeter là son cinéma intérieur (son roman familial, son propre mythe subjectif parental), y engageant le plus profond de son lien au pouvoir... Je saisis à ce moment là, en regard aussi de ce que j'étais en train d'analyser de ce qu'avait été ma propre folie politique "maoiste", ce qu'il en était de la dimension institutionnelle du transfert : cette façon de projeter sur les figures institutionnelles, celles de "l'équipe ", du "directeur ", y compris sous les nouvelles abstractions glorieuses (par exemple le mot "Psychanalyse "), ses idealisations et ses clivages... Je commençais à m'extraire de la "maladie de l'idéalité "...

Je voyais aussi déjà combien, à demeurer fixés dans un transfert institutionnel verrouillé par les discours d'accompagnement des séductions politiques opérant sous la nouvelle emblématique, la plupart restaient pris dans un familialisme qu'ils ne soupçonnaient pas... La sacro-sainte équipe ne pouvait vivre que sous le régime du hors-sexe, celui là même de l'hystérie. La formule de Lacan - L'hystérique veut un maître, mais un maître sur lequel elle règne - n'a jamais cessé depuis de m'orienter...

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