« C’est précisément l’accent mis sur le commandement : Tu ne tueras point, qui nous donne la certitude que nous descendons d’une lignée infiniment longue de meurtriers qui avaient dans le sang le plaisir au meurtre, comme peut-être nous-mêmes encore. »

S. Freud, Actuelles sur la guerre et la mort, OCF, t. XIII, pp. 150-151.

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Les dix commandements ciblent tous les désirs qui nous habitent (tuer, voler, coucher avec la femme du voisin, idolâtrer des images...) et qu'il nous faut sans cesse humaniser... 

Les 10 commendements relèvent de la religion. La Loi et les interdits fondamentaux relèvent de la psychanalyse. C'est différent

Les dix commandement relèvent de ce qui faisait loi à l'époque : un système symbolique d'essence religieuse. Le prêtre disait la loi divine. Ensuite nous avons eu des lois "laïques": c'est le juge qui dit la loi au nom du peuple (en tout cas en France)  La Loi ne relève pas de la psychanalyse, mais d'interdits anthropologiques fondamentaux fondés sur une perte radicale de jouissance, condition sans laquelle l'humain ne se transmet pas. De cette loi structurale nous sommes tous les transmetteurs. Le psychanalyste lui a affaire à ce qui justement en nous transgresse la loi, la loi du désir vient souvent heurter les lois comme la Loi: désir de meurtre comme d'inceste, notamment. Ce qui alors fait loi et permet une certaine régulation, c'est la Loi de la parole et du langage, d'où découlent les autres. Il ne s'agit pas pour les patients, comme certains le pensent, d'avouer des fautes comme dans la confession, mais d'apprivoiser des désirs pour leur trouver une voie socialement  acceptable, sans trahir le sujet qu'ils sont. 

Il faudrait donc décliner subtilement  tous ces niveaux: Lois de la parle et du langage; Lois fondamentales; lois... puis: règles, normes etc

Juste un point, quand on dit " le juge dit la loi" (formule que je n'emploie jamais, et que  j'ai eu commentée à partir d'une scène où un juge des enfants disait à un jeune adolescent " ici ce n'est pas la loi de ton père, mais la loi du juge") , on s'engage dans une certaine voie, celle de la tradition romano-chretienne, fondée comme dirait Legendre "sur les oracles du pouvoir incarné". Moi j'en suis venu très tôt, sous les effets de ma psychanalyse, non pas à cliver loi juridique et loi symbolique comme je le voyais faire par tant de ceux qui au final ne cessaient d'employer la formule du "juge qui dit la loi" (et n'ont jamais remis en question justement, comme je l'ai fait, l'Imperium du juge dans la scène du cas!), mais à penser la fonction du juge comme une fonction mediane, une fonction d'interprète. J'ai compris plus tard combien se faisant je me deroutais de notre tradition chrétienne... Je saisis également combien la psychanalyse était une affaire juive. J'ai souvent evoqué la facon dont je disais autrefois dans un univers où l'hystérie régnait "je suis donc ici la seule femme", mais je me suis aussi longtemps considéré comme le juif introduit dans le couvent... Et ces deux modes là d'entrée dans la Loi s'excluent, mais notre culture, nos milieux, les milieux de la psychanalyse préfèrent occulter et censurer cette affaire, en lui substituant des fausses oppositions, comme celle loi juridique/loi symbolique, des formulations abruties faisant le lit des nouvelles incarnations, le retour du pire.

Et c'est bien aussi d'être si tenus à leur insu à cette tradition chrétienne de l'entrée dans la Loi que tant de "psychanalystes" viennent en mission dans le "social"... Et il n'est pas davantage anodin que le propos ci-dessus d'un Joseph fasse, comme d'habitude quand il cause du "désir"  l'impasse sur l'assomption par le sujet du sentiment de culpabilité, le sien pas celui du voisin, le sien, pas confondu avec lecmalaise de l'équipe, le malaise institutionnel. Et il est tout aussi significatif que la question nodale de la demande (de qui demande) ne soit jamais plus reprise, approfondie dans sa dimension institutionnelle.

On pourrait dire, Christine, que la pulsion de vie est un  détournement permanent de la pulsion de mort, qui est première et increvable. Posé comme ça : y'a du pain sur la planche! Si on transpose la question sur le versant institutionnel, on voit que le traitement de la pulsion de mort, sous toutes ses formes, la destruction, le rejet, la haine etc, est la grande question. Généralement elle est résolue par  la mise à l'écart ou l'éclatement... C'est la question que nous avons mise d'emblée au travail dans la nouvelle association l'@psychanalyse, que nous venons de créer. Comment maintenir la cohésion d'un collectif sans éclater, sans rejeter la différence, en faisant travailler de  l'intérieur les forces contraires et les oppositions? J'avais exploré dans mon séminaire il y a quelques années le grand texte de Freud "Psychologie collective et analyse du moi" d'où j'ai pu déduire que ce qui constitue les groupes, c'est l'amour des membres entre eux au nom du chef, de l'idéal, de l'idéologie... Mais cet amour des uns se  construit sur la haine des autres, ceux qui n'en sont pas de ce groupe. Cet envers de l'amour qui bascule dans la haine et paradoxalement soude les groupes  est  à peine esquissé par Freud. Coté obscur de la force... 

Où nous mène la pratique de la psychanalyse ? A comprendre d'où nous venons ? La religion demande de croire en dieu : une croyance, la psychanalyse pousse à une quête pour supporter le réel - Pulsion de vie...

La psychanalyse aurait-elle une essence religieuse ?

http://www.causefreudienne.net/religion-psychanalyse/

C'est une bonne question. Lacan l'a abordée dans une entretien à Rome le 29 octobre 1974; ça a été publié dans un opuscule paru au Seuil. sous le titre de Le triomphe de la religion. Les questionneurs veulent l'embarquer sur la cure comme confession. " Absolument pas, rétorque Lacan. Cela n'a rien à faire. Dans l'analyse on commence par expliquer aux gens qu'ils ne sont pas là pour se confesser. C'est l'enfance de l'art. Ils sont là pour dire - dire n'importe quoi." Si la religion prend le relais de la science, après un renversement dans l'autre sens à la fin du XIXème siècle, par rapport au réel, c'est pour le border sans cesse avec du sens. C'est la façon de la religion d'"apaiser les coeurs". Et quand on lui demande si la psychanalyse va devenir une religion: " Non, du moins je l'espère... La psychanalyse est un symptôme". Autrement dit le symptôme du malaise dans la civilisation.  Alors à quoi ça sert la psychanalyse? J'étais hier soir au théâtre voir l'adaptation d'un texte poignant de Louis Althusser, qui avait étranglé sa femme Hélène, dans ce que le code pénal, dans l'ancien article 64, désigne comme "acte de démence". Dans un texte ultime, publié après sa mort (L'avenir dure longtemps), il écrit qu'on l'a dépossédé, puisque la Justice est court-cicuitée, d'avoir une parole sur l'acte terrible qu'il a commis. Maladie ou pas, il entend qu'on ne lui arrache pas la subjectivité de son acte. Il a suivi une longue analyse. C'est peut-être cela que l'on apprend dans la psychanalyse: à parler en son propre nom, quelles que soient les circonstances, et non au nom d'une croyance, idéologie, religion, philosophie, de la science etc  

La psychanalyse pousse à supporter le réel, la religion à apaiser les coeurs attristés, le droit à une recherche de justice.

Lacan dans son un entretien à Rome le 29 octobre 1974 s'exprime au sujet de la psychanalyse                 Mme Y. – La psychanalyse va devenir une religion ?

  1. Lacan– La psychanalyse ? Non, du moins je l’espère. Mais elle deviendra peut-être en effet une religion, qui sait, pourquoi pas ? Mais je ne pense pas que ce soit là mon biais. Je pense que la psychanalyse n’est pas venue à n’importe quel moment historique ; elle est venue corrélativement à un pas capital, à une certaine avancée du discours de la science. L’analyse est venue là – je vais vous dire ce que j’en dis dans mon petit rapport, dans le machin que j’ai cogité pour ce Congrès : la psychanalyse est un symptôme. Seulement il faut comprendre de quoi. Elle est en tout cas nettement, comme l’a dit Freud, (parce qu’il a parlé de « Malaise de la civilisation ») – la psychanalyse fait partie de ce malaise de la civilisation. Alors le plus probable, c’est quand même qu’on n’en restera pas là à s’apercevoir que le symptôme, c’est ce qu’il y a de plus réel. On va nous sécréter du sens à en veux-tu en voilà, et ça nourrira non seulement la vraie religion mais un tas de fausses. http://aejcpp.free.fr/lacan/1974-10-29.htm

L'histoire du droit Romain prend partie dans le traitement de la folie. Le droit romain distingue pour le furiosus, celui frappé par la folie, plusieurs types de furor selon leur gravité et/ou leur continuité. Ils présentent tous les mêmes caractéristiques : l’espoir de guérison, l’obligation de donner des soins, l’assistance ainsi que la garde matérielle (custodia) du malade traditionnellement assurée par la parenté proche. Des mesures particulières de rétention, telles que l’enfermement voire l’enchaînement, peuvent et doivent être mises en place pour éviter qu’il ne commette délits ou crimes s’il s’avère être dangereux. Si cela arrive, le droit pénal romain a envisagé les conditions de sa responsabilité ou plutôt de son irresponsabilité. En effet, hors des intervalles de lucidité, le furiosus est incapable d’émettre une volonté en matière pénale, comme en matière contractuelle. Seul le contrat conclu avant la folie ira à son terme grâce à la cura furiosi. Si une possession a été valablement commencée, si le furiosus est marié ou s’il fait partie d’une société, le droit romain s’avère être bienveillant et permet le maintien de la perseverantia voluntatis. http://journals.openedition.org/criminocorpus/3146#tocto1n4

Psychanalyse, religion, droit. Existe t-il un lien entre ces trois pratiques ?

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