Bonjour,

Je me présente rapidement. Je m'appelle Christophe et je suis ES. Je travaille dans une maison qui accueille 8 enfants placés par ordonnance judiciaire ou contrat administratif. Nous sommes liés au foyer départemental de l'enfance de Strasbourg. Nous sommes une équipe de sept travailleurs sociaux, avec deux maitresses de maison, une infirmière et une psychologue.

En écho avec la discussion de Stéphanie et sa présentation des enfants dits pré-psychotiques, je voudrais  vous présenter une situation d'un enfant que nous accueillons depuis deux ans et pour qui la prise en charge se révèle être de plus en plus difficile.

Il a 10 ans et il est placé depuis sa naissance (maison maternelle, puis MECS, famille d'accueil, puis retour en foyer). Ses parents ne donnent aucun signe de vie. Il est suivi en hôpital de jour deux fois par semaine, actuellement il est impossible de le scolariser. Nous travaillons en étroite collaboration avec l'hôpital de jour et le psychiatre mais, eux même sont dépassés par la situation. Il a un traitement assez lourd (valium et loxapac). Les médecins lui ont détecté une microcéphalie en 2016. Il ne sait ni lire ni écrire. Il est (extrêmement) intolérant à la frustration et nous n'avons pas pu déceler un schéma pour prévenir la crise, car tout est imprévisible. Il est en constante insécurité. C'est un enfant qui ne peut pas ou plus entrer en relation avec d'autres enfants sans qu'il se mette à les insulter ou à les frapper. Il adopte également ce genre d'attitude avec les adultes. Quand il n’obtient pas ce qu'il veut, il se met en grande colère, cassant tout sur son passage (enfant, adultes et objet). Lors de ses crises, qui peuvent durer (très) longtemps, nous sommes totalement démunis, il nous faut protéger les autres enfants, et accessoirement nous protéger nous même contre des griffures, crachats, coups de pieds, jet de projectile comme des couteaux ! Nous demandons un relais au SAMU. L'enfant est souvent hospitalisé, ce qui en soit n'est pas du tout une solution. Quand il n’est pas en crise, il peut avoir un discours fabulateur où tout est possible et où il s'invente des vies. Il est difficile d'avoir un discours positif sur cet enfant ce qui est dommage. La difficulté de prise en charge réside également dans le fait qu'il se met en danger régulièrement et met en danger les autres enfants du groupe.

Nous sommes en panne de trouver une orientation qui peut convenir pour cet enfant. La situation est critique car depuis deux ans, elle ne fait qu'empirer. Quand nous essayons de passer le relais et présentons les difficultés de cet enfant, nous avons souvent une fin de non-recevoir.

Nous aimerions savoir si d’autres professionnels du travail social sont confrontés à des enfants qui présentent les mêmes difficultés. Que mettez-vous en œuvre pour les accueillir ? Quel relais avez-vous ? Quel soutien ?

Merci.

Professionnellement,

Christophe

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Réponses à cette discussion

"Quand il n’est pas en crise, il peut avoir un discours fabulateur où tout est possible et où il s'invente des vies." Il y a peut-être là une piste à saisir. Si l'affabulation l'apaise, s'il peut mettre en mots de façon socialement acceptable, et non en gestes ou coups, ce qui l'habite... S'inventer des vies lorsque la sienne est invivable, pourquoi pas. Nancy Huston a écrit un beau livre intitulé "L'espèce fabulatrice", c'est l'espèce... humaine. Il s'agit sans doute de se laisser guider par ce qu'il vous enseigne! Maintenant je conçois que dans un groupe ça n'est pas toujours facile. Comment penser des moments un peu intimes avec lui? Ou peut-être une orientation en lieu d'accueil? 

En termes de soutien disposez-vous d'un espace de supervision en équipe? De tels enfants mettent à mal les adultes qui les entourent. 

Bonsoir Joseph et merci pour votre retour.

L'affabulation l'apaise certes, mais les exigences que demandent ces nouvelles vies ne sont souvent pas possible dans la réalité. Encore des frustrations qui tournent à la crise...

Actuellement, nous faisons de la prise en charge individuelle pour cet enfant. Chaque jour un autre éduc, le prend en charge seul et le sort du groupe. L’objectif est de continuer à avoir des projet pour cet enfant, le sortir su groupe et l'accompagner du lever au coucher !

Nous avons le soutient de collègues qui interviennent dans le cadre de projets particuliers avec l'enfant !  Tout ça est plutôt bien mais ça demande beaucoup d'énergie. Et ce n'est toujours pas une solution satisfaisante !

Nous n'avons pas trouvé de lieu d'accueil qui sont susceptibles d'accueillir des enfants avec ce type de problématique et à cet âge ! Car, là est aussi le soucis, il n'a que 10 ans ! Et lui faut aussi du soin, l"éducatif seul connaît maintenant ses limites. En tout cas, si vous en connaissez, nous sommes preneur, quelque soit l'endroit. Il semblerait que l'orientation type vers un IME ne soit pas évidente !

Nous ne disposons pas d'espace de supervision à proprement parlé. Cet enfant est devenu une préoccupation importante dans notre travail, au détriment des autres enfants, nous en sommes conscients et veillons à reprendre les choses en main ! Nous échangeons beaucoup en "pluri" et en équipe. Pour l'instant, la question d'un supervision ne c'est pas encore posée !

Joseph Rouzel a dit :

"Quand il n’est pas en crise, il peut avoir un discours fabulateur où tout est possible et où il s'invente des vies." Il y a peut-être là une piste à saisir. Si l'affabulation l'apaise, s'il peut mettre en mots de façon socialement acceptable, et non en gestes ou coups, ce qui l'habite... S'inventer des vies lorsque la sienne est invivable, pourquoi pas. Nancy Huston a écrit un beau livre intitulé "L'espèce fabulatrice", c'est l'espèce... humaine. Il s'agit sans doute de se laisser guider par ce qu'il vous enseigne! Maintenant je conçois que dans un groupe ça n'est pas toujours facile. Comment penser des moments un peu intimes avec lui? Ou peut-être une orientation en lieu d'accueil? 

En termes de soutien disposez-vous d'un espace de supervision en équipe? De tels enfants mettent à mal les adultes qui les entourent. 

Pour un lieu d'accueil il faudrait peut-être voir avec le Gerpla.http://www.fnlv.org/article.php?lang=fr&id_menu=92

"L'affabulation l'apaise certes, mais les exigences que demandent ces nouvelles vies ne sont souvent pas possible dans la réalité. Encore des frustrations qui tournent à la crise..." Pourquoi passer par des frustrations que cet enfant ne peut encaisser? Que ces nouvelles vies ne soient pas possibles dans la réalité... qu'est-ce que ça veut dire? La réalité, qu'est-ce? Si ce n'est ce que chaque sujet fabrique avec son propre fantasme. Bref, faute de prendre appui sur ce  que cet enfant fabrique pour vivre parmi les autres  j'ai bien peur qu'il ne s'enfonce dans un mode de résistance de plus en plus tendu.  Cet enfant est devenu une préoccuopation qui vous déborde. Il y aura lieu aussi de faire un peu de ménage dans ce débordement, qui résulte de ce qu'il vous fait éprouver dans ce que les psy nomment : le transfert.  Qu'est-ce qu'il vous enseigne dans ce qui vous affecte? 

Un beau livre que je suis en train de travailler pour un bouquin en cours de rédaction (La folie douce!): Kristine Barnett, L'étincelle ou l'histoire d'un enfant autiste dont qui la mère comprend très tôt qu'il s'agit de lui fiche la paix. Et qui construit son chemin de façon étrange jusqu'à devenir un des meilleurs astrophysiciens du monde à l'âge de 15 ans. On a même propsé son nom pour le prix Nobel.  Je ne dis pas que votre gamin va devenir un génie des maths, mais je sais, je l'ai appris de la clinique avec ce type d'enfants , que si l'on ne part pas de son savoir-faire, de ses bricolages aussi étranges soient-ils, on court le risque de passer à coté et surtout de renforcer ses défenses... 

Bonjour,

Pourquoi vouloir passer le relais?

"Ses parents ne donnent aucun signe de vie"...
J'en ai connu beaucoup de ces enfants sacrifiés d'un rejet maternel initial jamais véritablement traité, devenus la patate chaude que les institutions se refilent... , laissés comme ici à l'abandon, sans mère, sans parents, livré à son angoisse d'effondrement, privé de cette espèce de folie qu'est, comme disait si bien Winnicott, la "préoccupation maternelle primaire" (l'accueil inconditionnel de l'enfant). Sans relais humain au point le plus sensible de son être en déshérence (sans un autres, des autres qui pour avoir connu et traversé les grandes douleurs et folies existentielles, celles des passions amoureuses, celles aussi qu'on traverse au long cours d'une cure analytique, se reconnaissent en lui... , s'en font si je puis dire son "allié ") il restera prisonnier de la haine qui l'anime et dont il demeure l'objet... Son alentour restera scotché à ce comportementalisme éducatif rétréci du "schéma", le privant par là même de la "parole", de sa parole (= ses agis sont une parole non reconnue, non reçue comme telle), de toute possibilité vraie de traverser la "position dépressive " . Traversée hors laquelle cet enfant restera un sacrifié du temps, le sacrifié des malins.
Et puis voyez-vous il conviendrait peut-être aussi qu'il ne soit pas davantage réduit à une étiquette que ses éducateurs à un prénom. ..
Une dernière remarque : ce qui se trouve mis à mal, absent dans tous ces cas c'est la triangulation de la scène de vie des enfants. Le plus souvent parce que les institutions tendent à venir boucher la place vide laissée par la mère, les parents, se tiennent donc à la place indue (avec la culpabilité associée ) et ne peuvent dès lors plus valoir comme espace tiers pour l'enfant. Et de cela, c'est à dire de la façon dont les institutions restent prise dans la toute puissance (et la haine) du primordial rejet maternel (qu'il n'y a pas à juger mais à reconnaître et à traiter!), ces enfants sont une plaque ultra sensible...

"Pourquoi vouloir passer le relais?"

Et oui, voilà la vraie question, à laquelle tu l'auras compris, au moment où tu la posais Laurent, j'ai cherché à donner un début de réponse. .., à rebrousse-poil ...

Le Joseph, arrasant ce questionnement, préfère lui faire le malin, donner des adresses et distribuer ainsi ses indulgences... On touche là, dans cette modalité de la réponse à la demande (sur quoi Jean François Gomez avait fait des observations essentielles) , à ce qui me tient si critique et si éloigné de tout ce courant de la dite "supervision". 

A tous merci pour vos retours, ils sont autant de remise en question que de pistes de réflexion. Nous avons choisi de partager nos difficultés avec cet enfant, qui s'appelle Félix au passage (hé oui j'ai vraiment oublié de le nommer), car nous avons besoin d'aide.

Donc, nous parlons de Félix, 10 ans.

"Pourquoi passer par des frustrations que cet enfant ne peut encaisser? "(J.Rouzel), comme je le signalais plus haut, nous avons organisé une prise en charge individuelle pour Félix, tous les jours. Nous avons également essayé d’adapter notre cadre et les exigences en fonction de ce que Félix peut "encaisser". Après, il faut trouver un équilibre entre lui et le groupe d'enfants, ce n'est pas évident. Et, c'est encore un point où nous constatons nos limites, car, pour l'instant, le cadre ne s'adapte pas à Félix et Félix est tout puissant. 

"j'ai bien peur qu'il ne s'enfonce dans un mode de résistance de plus en plus tendu." (J. Rouzel), oui c'est ce que nous craignons aussi.

Personne ne réagit sur le traitement qu'il lui a été prescrit ! Avant le valium et le loxapac, il a longtemps eu du risperdale et de l'atarax. Félix devient résistant ! Est-ce normal d'en arriver là ? Pour vous dire qu'il est bien "cassé" en fin de journée, mais il commence à montrer des signes de résistance !

Pourquoi passer le relais ? Parce que nous accueillons les enfants en urgence (nous ne sommes pas une mecs) et parce que oui, Félix nous met à mal, nous le reconnaissons avec tout ce que ça engendre, et fait ressortir, tout ce qu'il y a de malsain dans ce que vous décrivez très justement, Mr Pendanx, c'est "ultra sensible", c'est une patate chaude... Sans doute est-il illusoire de croire qu'un autre lieu d'accueil va apaiser la situation, surtout que Félix en a déjà traverser quelques un. Mais comment intégrer le traitement du primordial rejet maternel ? Nous nous retrouvons avec un enfant qui a été trimbaler d’institution en institution, la patate chaude, qui maintenant éclate et personne ne veut en prendre la responsabilité ! Nous ne savons pas quoi faire, mais nous voulons alerter.



PENDANX Daniel a dit :

"Pourquoi vouloir passer le relais?"

Et oui, voilà la vraie question, à laquelle tu l'auras compris, au moment où tu la posais Laurent, j'ai cherché à donner un début de réponse. .., à rebrousse-poil ...

Le Joseph, arrasant ce questionnement, préfère lui faire le malin, donner des adresses et distribuer ainsi ses indulgences... On touche là, dans cette modalité de la réponse à la demande (sur quoi Jean François Gomez avait fait des observations essentielles) , à ce qui me tient si critique et si éloigné de tout ce courant de la dite "supervision". 

Cher confrère,

Vous attirez mon attention et vous décrivez là un enfant en grande souffrance avec une lourde histoire déjà. J’ai souvent l’impression que c’est, ces enfants-là qui nous apprennent le plus dans notre métier et qui sont nos plus grands professeurs…

Sans liens solides parentaux, pas évident pour sa construction identitaire, de sa personnalité, et j’imagine, de la construction de son estime de soi (donc connaissance, amour et confiance en soi).
Est-ce que ce jeune exprime un intérêt pour un média, une activité, une passion ?
Avec ce genre de jeune, la communication non violente aide bien, pour l’identification et la verbalisation des émotions, pour ensuite aller identifier et verbaliser le(s) besoin(s) du jeune puis l’action ou la demande qui peuvent être mise en place. Accompagné d'outils pour la gestion de ses émotions et développer la fonction tiers.

Vous exprimez son grand sentiment d’insécurité, dans ces cas-là, il est important je pense de renforcer les fonctions contenantes. La gestion des états d’agitation nécessite la notion de prévention. Prévenir, c’est contenir en mettant en place des actions en amont et en utilisant les moyens de contention lorsque la parole ne suffit plus.
Les contentions
Ce sont des outils ou des moyens thérapeutiques mis en œuvre pour protéger l’enfant ou son entourage d’une auto ou hétéro agressivité, d’une mise en danger de sa santé, de sa sécurité ou celle d’autrui. La contention chimique par traitement médicamenteux, la contention par contrainte physique (chambre d’apaisement ou d’isolement parfois ) . N’est pas nécessairement négative. Un câlin peut être une forme de contention, ou des vêtements,un bain ou un essui humide au congélateur…
Un homme ça s'empêche disait Camus et rappelé par Monsieur Rouzel

Vous parliez de la frustration. Effectivement il est surement dans l’incapacité psychique de supporter les frustrations, car elles sont des entraves à leur trajet ritualisé qui rythme leur bien-être. Le non-respect des rituels a la même répercussion que la frustration.

Quelques facteurs déclenchant parfois qu’on n’identifie pas dans l’explicite mais bien dans l’implicite.
changements de cadre.
les nouvelles personnes ;
l’absence d’un membre du personnel ;
globalement quand le personnel n’est plus contenant ;
les tensions ;
le bruit ou forte lumière
les nouveautés ;
les moments de transitions ;
les sorties extérieures sont des facteurs déclenchants de situations d’agitation. En effet, tout changement terrorise le jeune, l’agitation est le seul moyen qu’il trouve pour exprimer cette terreur, qu’il est dans l’impossibilité de gérer.

L’absence de milieu contenant est donc un facteur déclenchant des états d’agitation (à ne pas négliger).
Connaître ces facteurs déclenchant d’états d’agitation est utile mais non suffisant à la prise en charge de l’enfant psychotiques déficitaires, l’accompagnant doit prévenir l’enfant de ce qu’il fait pour lui et avec lui, afin de le rassurer, de lui apporter la sécurité. Qu’il se sente moins ballotté dans des incertitudes. Il pourra mieux aborder les futurs changements s’il a été prévenu.

Comment définir les états d’agitation ?
Des états d’angoisses, des débordements d’angoisse, un manque de contenance intérieur.
Ils sont dans la terreur et très mal.
ils ont un tas de stimulations qu’ils ne gèrent pas.
ils n’ont pas de maîtrise de leurs pulsions .
Leur absence de structure provoque des angoisses de morcellement ou d’abandon qui génèrent ces états d’agitation.
Leurs expressions sont caractérisées par l’agitation psychomotrice, l’excitation. Ils courent, sautent, crient, insultent, crachent sur les accompagnants. Le problème est la régulation de ces manifestations, trop excessives, elles sont souvent réprimées sans qu’on puisse chercher à leur donner du sens.(l'art ou les médias peuvent l'aider à cela.

Je pense qu'il y a des comportements à éviter pour ma part avec le jeune:
Temps non accordé ou non postposé et verbalisé.
Dangerosité méconnue: ne pas tourner le dos, ...
Relation froide : Ne pas dire bonjour ou regarder le jeune, l’oublier
Besoins immédiats négligés: oublier d’identifier les besoins, ignorer une demande.
Pensées non adaptées: ne pas se sentir visé par l’agressivité et/ou insultes du jeune dans cet état-là.
Outils d’entretien non adaptés: empêcher l’enfant de verbaliser, interpréter les paroles du jeune.
Une communication non verbale traduisant une non compréhension:
regard fuyant, grimace,…
Composante émotionnelle : extérioriser les signes de peur, d’insécurité ou d’impuissance,…
Poser des limites en s’exposant trop : poser des limites en son nom propre .

Par contre, quelques comportements que j'adopte
- dans la notion de temps: se rendre disponible ou donner un délai où on va l’être.
-évaluation de la dangerosité: Si celle-ci paraît trop élevée, mettre en place des -----stratégie contenant le jeune pour éviter une mise en danger et pour apaiser le jeune.
-personnaliser la relation: appeler l’enfant par son nom, son prénom ou un surnom.
-identifier le ou les besoins immédiats
-disponibilité psychique: attitude de compréhension et empathique,
-utiliser les outils de communication les moins risqués: écouter, utiliser un outil de relance verbale pour inciter à verbaliser.
-utiliser des outils de communication: garder la même tonalité de voix, communication non violente, pictogrammes, panneaux, un conseil de groupe, …
-utiliser les outils de médiation: médicaliser la relation (prise de constantes…), proposer un média ou un bain si c’est possible pour se détendre
-utiliser une diversion: parler d’autres choses qui concernent l’enfant. Emmener l’enfant bien loin de sa pensée .
-type de relation : avoir une relation de type complémentaire, de « collaboration », se position le plus possible à côté. Etre en syntonie.
-composante émotionnelle de la relation: gérer ses propres émotions
-pose de limites: poser des limites, le cadre, le règlement intérieur ou une décision d’équipe, tenter de garder une concordance entre le verbal et le non-verbal.

Voilà, je vous partage mon approche avec ce genre de troubles du comportement. J'espère avoir pu vous partager des pistes.

Et puis, si nous pouvions ensuite avoir des nouvelles de ce jeune Félix de 10 ans.

Bien à vous

Bonjour Stéphanie,

Merci pour ces retours instructifs. J'aimerai pouvoir vous dire que oui on peut le faire tout ça, et pour tout à fait honnête, on essaie du mieux qu'on peut de répondre aux besoins de Félix. Nous n'avons malheureusement pas les moyens matériels et humains pour pérenniser un travail dans ce sens. D'abord, parce que nous ne sommes pas une structure adaptée et équipée, avec des professionnels formés spécifiquement à ce type de public. A mon sens, c'est un travail qui relève d’une structure médico-sociale ou du matin jusqu’au soir,s l'enfant a une prise en charge adapté à sa problématique. L’idéal serait même qu'il y soit hébergé !  Or, c'est bien là le problème : toute patate chaude qu'est Félix, nous ne sommes pas en mesure actuellement de prendre en charge cet enfant comme il devrait. Nous l'accueillons depuis deux ans, mais depuis qu'il est bébé, il y a eu un énorme loupé.

Alors, il n'est pas question de débattre ici de ce qui aurait du être fait et par qui etc... ça ne m'intéresse pas pas ! encore un fois, nous voulons alerter et partager ces difficultés !

Aujourd'hui, Félix vit ainsi :

lundi : foyer toute la journée, c'est notre temps de réunion, nous n'avons concrètement pas le temps de nous occuper de lui. En principe, les enfants sont à l'école.

mardi : hôpital de jour  de 9h45 à 15h45- prise en charge médicale mais difficile ces derniers temps, la dernière fois, il a du être hospitalisé ! a 15h45, nous le prenons en charge sur un temps individuel jusqu’à environ 19h00 pour rejoindre le foyer. L'objectif étant qu'il soit accompagné parle même éduc jusqu'au coucher. Cette prise en charge fonctionne plutôt bien.

Mercredi : foyer et prise en charge individuelle dans le cadre d'un projet particulier de 10h à 16h00. retour sur le groupe difficile, généralement nous devons prendre le relais à partir de 16h00 jusqu'au coucher (donc un éduc en moins sur le groupe à des moments importants de la journée aussi). Moment apprécié par Félix, mais qui nous demande une organisation particulière. Notre direction débloque des ressources humaines pour nous venir en aide (renforcement de l'équipe). Encore une fois, ça reste du colmatage !

Jeudi : Hôpital de jour sur les même temps que mardi, avec relais par nos soin en fin d'après-midi.

Vendredi : prise en charge par nos soins.

Félix a la possibilité, une fois tous les 15 jours d'être accueilli par ses grands-parents paternels. Cet accueil est très fragile, nous devons le distiller et le préserver car c'est l'unique "autre lieu" dont dispose Félix actuellement. Outre le fait que Félix nous accapare beaucoup (trop ?), il reste actuellement 6 autres enfants dont nous devons aussi nous occuper. Ils ont entre 4 et 12 ans, vivent ce drame en direct,

Felix a été (encore une fois) hospitalisé en urgence hier soir. Ci-joint une compte rendu de ce qui c'est passé.

"Félix est déjà très excité ce matin. Il a mille et une demande : jouer dehors, un ballon, gonfler le ballon, la balle de tennis…Ect. Il demande plein de choses mais ne joue pas avec au final. Quand nous lui disons que nous n’avons pas de raquette (de tennis) il commence à s’énerver, à crier et nous insulter. Il jette la balle de tennis à travers tout le salon, nous prenons la balle et nous lui expliquons qu’il n’est pas possible de jouer à la balle à l’intérieur de la maison. C’était la chose de trop, il tape à plusieurs reprises dans la partie fixe d’une porte vitrée et réussi à la briser.

A 2 nous l’emmenons dans sa chambre pour essayer de le calmer. Nous devons le contenir, ma collègue lui propose de la musique et obtient des signes d’accalmie de la part du jeune homme. Alors qu’elle sort de la chambre pour chercher un CD de musique douce, il sort de sa chambre et va au salon pour nous provoquer, s’en prend à la télévision, nous l’emmenons à nouveau dans sa chambre et le contenons. Il demande à aller aux toilettes, nous le laissons y aller, Félix urine sur le carrelage en rigolant. Peu après il s’enfuit de la Maison. Nous lui indiquons que nous ne lui courrons pas après. Il revient donc 5 minutes plus tard, entre temps la voisine nous contacte pour nous dire que Félix à sonner chez eux, mais lorsqu’elle passe le coup de fil, Félix prend la fuite. Il revient à la Maison, sonne. Lorsque nous lui ouvrons la porte, il gratifie ma collègue d’un crachat et s’enfuit en courant. 10 minutes plus tard, rebelote. Il sonne, je lui ouvre, il se jette sur moi poings en avant. J’esquive ses coups, et pris dans son élan Félix ne parvient pas à atterrir correctement, il se prend violemment le coin du banc à l’entrée, et s’y cogne la joue. Il se mets à pleurer mais pour autant continue à nous insulter , nous cracher dessus, et nous donner des coups de pieds et des poings.

Nous le remontons dans sa chambre, il continue sa crise, essaie d’ouvrir la porte fenêtre ouvrant sur un balcon pour sauter et se « tuer » selon ses propres mots. Nous téléphonons au SAMU (ambulance) pour avoir de l’aide : cela fait plus d’une heure de gestion de crise…Les pompiers arrivent, ils comprennent très vite l’ampleur du problème et prennent le relais, ils emmènent Félix au service des urgences pédiatriques de Hautepierre. Je l’accompagne dans l’ambulance.

Arrivés à l’hôpital Félix est de suite dirigé dans une chambre d’attente, je reste avec lui dans un premier temps dans la chambre, mais le jeune homme essaie de me provoquer, et me fonce à plusieurs reprises dessus. Je décide donc de m’installer à l’extérieur de la chambre. Félix touche à tout, essaie de s’enfuir à plusieurs reprises, il finira par hurler et se rouler à terre. Je demande de l’aide au bureau des soignants : l’un d’entre eux m’a répondu qu’on est aux urgences et qu’il n’est pas possible pour eux de faire « la police pour Félix toute la journée »…A cette réponse,  je me sens bien seule… J’indique donc à l’infirmière qui m’a répondu que je n’interviendrais pas auprès de Félix, à eux de voir si le matériel dans leur chambre est une raison suffisante pour intervenir ou appeler la sécurité, étant donné qu’il est en crise.

Entre temps, une partie de l’équipe soignante, passant par-là , constate l’état de Félix que j’avais laissé dans la chambre, porte ouverte. Du coup ils le maintiennent, et lui font prendre son médicament, non sans difficultés …

Vers 13h30 ma collègue  me rejoins en renfort. Elle sortait de la commission des cas critiques ayant justement pour sujet l’enfant Félix. Une longue attente débute durant laquelle nous surveillons Félix, le calmons, nous l’entourons…

A 16H45 une ambulance arrive pour transférer Félix au pavillon l’esquif de ....., où il sera pris en charge pour le week-end. Le transfert est long, car l’ambulance ne décolle pas de suite…

Il est 18h30 et je rentre enfin à la Maison. Mon dos est fichu ! "

Bon WE à tous

Bonjour Christophe,

Vous écrivez "On essaie du mieux qu'on peut de réponde aux besoins de Félix". Je ne suis pas certain que l'éducation se pense en terme de besoins.

Peut-être devriez vous penser l'éducation en terme de désir et non de besoin?

"A mon sens, c'est un travail qui relève d’une structure médico-sociale ou du matin jusqu’au soir,s l'enfant a une prise en charge adapté à sa problématique. L’idéal serait même qu'il y soit hébergé !". Là encore je ne suis pas certain que cela soit une question de dispositif ou de structure. D'ailleurs c'est sûrement ce genre de discours qui a justifié par le passé ses multiples réorientations. La structure suivante sera plus adaptée à la problématique de Félix. 

Peut-être que Félix attend que quelqu'un vienne faire coupure dans cette chaîne infernale de la réorientation plus adaptée? 

La personne qui choisira alors de faire cette coupure devra pour cela faire structure. La structure est à élaborer sur place et ne se trouve pas dans un hypothétique ailleurs qui serait plus adapté.

"il sort de sa chambre et va au salon pour nous provoquer," "mais le jeune homme essaie de me provoquer,

". Ce que vous considérez comme de la provocation est peut-être autre chose. Peut-être que Félix est en train de vous dire "Arrêtes avec des dispositifs adaptés, Arrêtes avec des multiples prise en charge, Arrêtes avec tes réponses à mes besoins... Arrêtes avec tes protocoles! Soit créatif! Eduque moi!

Laurent

Oui, je m'inscris tout à fait dans ce propos de Laurent. 

Vous ne voyez donc pas cher Christophe X combien dans ce que vous décrivez de la scène il y a des choses épatantes, je veux dire épatantes de vie et de questions (présence/absence, dedans/dehors) pour Felix et pour vous! Vous ne croyez quand même pas au long fleuve tranquille ou au Médical ou au Comportementalisme en recettes pour traiter ces symptômes?

"Il demande à aller aux toilettes, nous le laissons y aller, Félix urine sur le carrelage en rigolant. Peu après il s’enfuit de la Maison. Nous lui indiquons que nous ne lui courrons pas après. Il revient donc 5 minutes plus tard, entre temps la voisine nous contacte pour nous dire que Félix à sonner chez eux, mais lorsqu’elle passe le coup de fil, Félix prend la fuite. Il revient à la Maison, sonne. Lorsque nous lui ouvrons la porte, il gratifie ma collègue d’un crachat et s’enfuit en courant. 10 minutes plus tard, rebelote. Il sonne, je lui ouvre, il se jette sur moi poings en avant. J’esquive ses coups, et pris dans son élan Félix ne parvient pas à atterrir correctement, il se prend violemment le coin du banc à l’entrée, et s’y cogne la joue. Il se mets à pleurer mais pour autant continue à nous insulter , nous cracher dessus, et nous donner des coups de pieds et des poings."

il part et il revient... sa mère je suis sûr n'en est toujours pas revenu! alors dites nous quand même peu quelque chose sur cette intouchable, la première "mama "qui ne donne plus signe"... La patate chaude qu'on se refile vous savez c'est toujours  celle d'une culpabilité qui se décharge et se déplace... Si vous accédez à ça,vous, votre institution, ce qui suppose de vous situer fermement dans vos limites par rapport à tous, et bien vous pourriez vous engager de façon très intéressante pour Felix et pour vous dans la voie (la voix aussi) que soutient et fait miroiter Laurent...

Un de mes bons maîtres a proposé il y a bien longtemps cette  formule, "le psychotique vient au monde pour être sacrifié" (ce qui ne signifie pas que je dise ici que ce garçon est"psychotique"! je m'en garderai bien!). Mais oui le psychotique comme bien d'autres, paie au prix de sa perte, au prix de n'être pas,  ce que d'autres, ce premier autre que fut sa mère (qu'il ne s'agit bien sûr pas ici dans mon esprit de juger, mais de traiter comme il faut, avec consistance), n'ont pu payer, ce à quoi ils n'ont pu accéder, c'est-à-dire repérer et tolérer de leur sentiment de culpabilité. C'est justement la puissance irradiante inconsciente de cette culpabilité qui entrave toute mère dans la relation la plus profonde à son enfant, dans ce lien d'aliénation (en jargon savant: le narcissisme originaire, fondateur) qui nous constitue, et qu'il s'agit au fil de nos vies d'élaborer, de symboliser... Mais on ne peut pas élaborer/symboliser un lien d'aliénation si cette aliénation s'établit disons là pour simplifier hors parole. Ce "hors parole" je le retrouve dans ce silence existant sur la mère! Je ne pense donc pas qu'on puisse s'intéresser à Felix sans s'intéresser un peu à cette femme... Sinon vous allez continuer à recevoir ce qui ne vous est pas destiné, et le Félix, que vous me rendez sympathique,   je ne vois pas comment vous allez l'aider à symboliser autant ce faire se peut, le "non"... Il conviendrait en effet que son "refus" soit soutenu pour être élaboré! Mais si vous ratez ce qui justement de son refus-agir doit être soutenu (c'est le boulot du père, votre boulot donc par rapport à toutes les bonnes fées "contenantes"!), et bien il continuera pour survivre de répéter ses agirs sans être "entendu", sans jamais être véritablement "aimé", parfois jusqu'au  pire! 

Une dernière remarque : l'impasse dans laquelle se trouve bien de ces mères de ces enfants est celle de leur identification sexuée, autrement dit l'incapacité dans laquelle elles se sont trouvées elle-même (avec une impasse souvent en miroir du père de l'enfant) à se soutenir femme, sexuée, et mère... Autrement dit, elles ne peuvent ni être deux (un deux qui ne fassent pas Un), ni faire jouer le trois... Alors pour baiser, on voit ça très bien dans des films comme Sweet Sixteen ou La Tête haute, il faut rejeter sacrifier l'enfant... Ou alors s'ils ont l'enfant, plus de baise... Pardonnez ce langage vulgaire, mais il fait au plus rapide résonner l'affaire : l'enfant peut-il être en effet mis en place de tiers exclu sans se trouver pour autant rejeté? Voilà l'affaire et l'enjeu qui conditionnent, ô combien, les climats institutionnels...

 

Après avoir déjeuné je suis encore avec vous et Félix (= la félicité perdue...), et je me dis combien cet enfant, comme tant d'autres qui ne se laissent pas faire, vous met au pied du mur, du mur de l'altérité. Aussi ce qui s'engage là devrait pouvoir être pensé d'abord comme expression de notre propre impasse devant ce qui ainsi de l'irreductible de l'altérité nous résiste, résiste à notre volonté de maîtrise. Les manifestations de ce jeune sujet, mal-aimé, peu ou prou réduit à sa dite "toute-puissance", portent avec elles son altérité. Cela est essentiel à reconnaître ; et sans cela, sans cette reconnaissance que le mur de ces symptômes que vous cherchez à forcer, à abattre, c'est le mur de l'altérité, vous êtes dans l'impasse .
Et quand on est dans une impasse il n'y a jamais qu'une issue : reculer , et cela en regardant derrière, c'est préférable.
Vous l'aurez sûrement compris : j'estime que la dite "toute-puissance" (associée à tant de rationalisations des discours pseudo éducatifs, pseudo therapeutiques) qu'il convient d'abord d'élaborer, c'est la vôtre, c'est la nôtre. A partir de quoi, cet enfant sera enfin peut être un peu "aimé" et "éduqué", et pourra jouer votre propre médiation éducative, institutionnelle, l'espace tiers potentiel.

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