Voilà plus de 10 ans que nous accueillons des adolescents sur des séjours de rupture, de toute la France.

Il nous a fallu beaucoup d'imagination pour créer un tel lieu, inventer, nous défaire de nos certitudes d'éducateurs, sans cesse bricoler pour trouver une solution pour des jeunes qui se malmènent et mettent en échec les dispositifs.

Nous souhaitons maintenant prendre du temps pour nous. Nous pourrions vendre la maison à un particulier mais nous avons envie que cet espace puisse se poursuivre et transmettre cette expérience en nous rendant disponible dans les premiers temps pour faciliter le relais.

Si des professionnels sont intéressés je répondrai à vos questions.

Louise.

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Louise, j'aime bien cet esprit du bricolage. Levi-Strauss dans La pensée sauvage dit des choses érès belles sur l'art du bricolage. J'espère que vous allez trouver à faire la passe de cette belle invention. Je risque pas de m'y coller vu mon âge de papy (qui fait de la résistance); mais j'ai une  certaine tendresse pour ce type d'expérience. C'est ce que j'ai fait dans les années 70, dans le Gers. Nous étions des pionniers, et je vois que ça a fait beaucoup de petits... 

Oui c'est tout un art de bricoler, il faut du temps, beaucoup d'observations et de l'apprentissage.
Tous les vieux comme vous et moi nous disent de ne pas fermer ce lieu, qu'il en manque trop. Les plus jeunes disent qu'ils ne se sentent pas le courage de se lancer dans une telle aventure mais il doit bien y avoir encore quelques dingues, enfin pas trop quand même car dans ce métier on ne se soigne pas sinon cela se saurait.
J'aurais bien aimé qu'on me propose un clef en main, cela m'aurait éviter des heures passées à des montages administratifs, quelques heures aussi d'insomnie à m'inquiéter pour que mon travail soit reconnu, non pour mon égo, mais tout simplement être sûre de pouvoir remplir le frigo. Notre entêtement à porté ses fruits,nous n'avons plus aucune inquiétude mais nous aimerions que toute cette énergie que nous avons déployée ne soit pas vaine et qu'avec la particularité, les inventions de nos successeurs, ce lieu perdure.
Et puis nous trotte l'idée d'écrire cette expérience, sans trop encore savoir sous quelle forme, mais pour cela il faut encore du temps et ne pas être trop gâteux.

C'est une vraie question: comment transmettre matériellement ce type de dispositif; mai aussi comment transmettre aux plus jeunes ce qu'il nous a enseigné, en l'écrivant, en le racontant... Autrement dit ça ne s'arrête pas... quand on s'arrête! Expérience terminable et interminable... 

"Et puis nous trotte l'idée d'écrire cette expérience..."
J'aimerais beaucoup vous lire...

Dans une lettre à Ferenczi (juillet 1913), Freud confie combien il se trouve « extraordinairement  attaché » à une de ses analysantes (la compagne de Jones), et cela d’autant qu’il la voit « s’épanouir ainsi dans la liberté ». Il ajoute   « … j’ai développé auprès d’elle un sentiment très chaleureux avec une complète inhibition sexuelle, comme rarement auparavant (probablement grâce à l’âge) ».

J’évoque ce passage que j’aime beaucoup tant il condense ce qu’il peut en être de l’amour du psychanalyste dans le transfert, dans ce que Freud appela « amour de transfert »,  soulignant  combien l’amour et le transfert sont en proximité, bien que le transfert soit d’abord une fausse liaison,  un faux amour.  Et j’aime ce passage pour ce qu’il nous dit en creux de la façon dont Freud, moins âgé, eut affaire avec son propre désir, la dés-inhibition du « sexuel » en lui, dans le cours des cures avec les femmes… Ce qui nous envoie à ce que Lacan soulignait de son côté comme une gageure pour les praticiens  dans le transfert : soutenir leur être-pour-le-sexe… 

Je raconte ça parce que je crois que dans les vies institutionnelles, le plus souvent nous reculons, ne serait que par rapport à ce qui s’engage avec les collègues. Je dirais que pour le plus commun, ça refoule ou ça passe à l’acte, mais sur le mode honteux… Il faut que la vie institutionnelle reste hors sexe, a-sexué, homo-sexué, autrement dit, il ne faut pas faire de jaloux, parce que c’est quand même de ça dont il s’agit toujours et encore avec le désir, le désir « œdipien » dont on ne veut rien savoir. La rivalité et le meurtre, on va tout faire pour faire passer ça à l’as. Alors, à défaut de se parler à deux (c’est très rare, se parler à deux, de se parler vraiment à deux, quand je disais ça je passais pour un peu zinzin pour la plupart : et pourtant dieu sait s'ils avaient du mal!), on va mettre l’enfant au centre, l'objet supposé de tous nos soins menteurs, on va parler de lui, tous ensemble, en synthèse, en pluridisciplinarité, et patati et patata... Quelle culture professionnelle, avec superviseurs à l'appui, parce que ceux là ils ne parlent pas à deux davantage, ils sont dans le commun eux aussi quoiqu'ils racontent. Et c’est comme cela que l’enfant reste compacté dans l'identification à papa/maman, avec les clivages habituels, sur- aliéné dans une scène primitive elle-même compactée, celle des chers "parents combinés"... Tout le monde s’y retrouve dedans. Plus de véritable espace de séparation. Alors la séparation tout ce petit monde se met à croire que ça ne se passe que dans le réel. Et puis quinze ans après le petit il revient, tel quel, chez maman, ou alors il va rejoindre les vierges en posant s abombe n'est-ce pas! Alors à cet enfant il ne lui reste plus qu’à ressembler aux bons éducateurs (avec la Tête haute, of course!) et à poursuivre dans sa destinée sans que jamais il ne découvre un minimum combien prévaut en lui l’identification à sa sainte ou salope de mère, sainte ou salope, c’est la même chose, sous deux versants, quant au rapport au sexe.

Une jeune femme à laquelle je me trouve attaché, d’autant plus attaché qu’elle est au travail, parfois douloureux travail, de conquérir cet épanouissement de femme dans la liberté, dont parlait Freud, relevait  il y a peu devant moi combien, dans la scène institutionnelle où elle se trouve exercer (comme éducatrice), tout se trouve ramené, sous les motifs rationalisés  habituels du travail d’équipe, à un « commun » qui a pour fonction d’araser les différences, et combien, maintenant, par rapport à cela, à ce mode là (très imaginaire et « régressivant », et potentiellement plus ou moins totalitaire  du  commun) elle supportait de se distinguer, comprenant que c’est bien en supportant cet écart (identificatoire) avec ses collègues (qui est d’abord, comme son propos le soulignait, un écart dans la représentation, dans la pensée), autrement dit le plus vif de son altérité, qu’elle pouvait au fond le mieux valoir, dans de bien meilleures distances que ses collègues, ET OUI,  auprès des pensionnaires…  Se sentant de toute évidence, c’est moi qui ajoute, moins « coupable » dans son être-pour-le sexe, autrement dit dans son identification de femme, elle « m’expliqua » sa « découverte » : elle pouvait aujourd’hui se confronter aux jeunes filles prises en charge, les contrarier sans que pour autant, avec moi me dit-elle, le conflit prenne un tour duel, de passage à l’acte… Et bien voilà, nous y sommes : c’est de cela, de cette « réussite » là, autrement dit de sa présence de femme dans la scène, la scène oedipienne,  et conséquemment dans l’établissement de « ces justes distances qui font la réalité humaine » (Lacan), que tout au long de ses interventions  ici a témoigné, à mes yeux en vérité, c’est-à-dire sans en rajouter ou sans se faire baratineuse,  Louise… Cela, si essentiel, a-il été lu? Et deux cents passages de plus serviraient-elles à ce que ça soit lu, ou bien à  le diluer, l'aseptiser dans un récit conforme à la légende professionnelle des petits maîtres et au narcissisme homo-sexué des affidés ? 

RECTIFICATIF

à la fin du post, lire ci-dessus non pas "deux cents passages", mais bien "deux cents pages"

J'aime bien l'idée des deux cents passages.
En ce moment nous accueillons Pierre, 16 ans, qui nous a raconté que depuis 1 an sa mère avait un compagnon et que depuis il ne dormait plus avec sa mère. Un après midi il demande s'il pouvait aller se promener. Mon mari lui répond ok mais qu'il n'aille pas du côté forêt car c'est un jour de chasse.Pierre s'exclame "il faudrait savoir, tout à l'heure Louise m'a dit qu'elle préférait que j'aille du côté de la forêt et pas des maisons".
Je ne peux m'empêcher de rire et je dis à Pierre "super tu es un gentil petit garçon qui est tout content de semer la zizanie entre 2 adultes". Mon mari poursuit en disant à Pierre "je savais que Louise allait te répondre quelque chose comme ça"
Pierre hésitait,ne sachant s'il pouvait sortir "alors je vais du quel côté?Avec vous on ne sait jamais, vous vous contredisez et puis vous rigolez ensemble"
Et oui c'est douloureux de grandir.
A ce moment là arrivent mes petites filles dont la passion du moment est de chanter et elles entonnent la chanson du papa qui est en bas et de la maman qui est en haut.
J'ai trouvé que c'était très à propos.
Pierre est allé se promener, je ne sais pas de quel côté.

B - A - BA

Pierre il est comme les "bons" professionnels, il estime que vous devriez aller dans le même sens avec votre mari, bien sûr, et surtout pas rigoler ! Et ce souhait, cette aspiration, à avoir des parents unifiés, dans l'harmonie n'est-ce pas, et bien votre interprétation stupéfiante (stupéfiante pour les "gentils") adressée à l'enfant - tu veux semer la zizanie mon chéri? - en révèle la négativité (ou destructivité) masquée...  Séduction/meurtre, complétude/meurtre... Pierre il veut bien aller se promener, mais au fond sans que la promenade implique une coupure dans son imaginaire, par rapport  à son mythe  du Bonheur  (disons celui des "retrouvailles" avec le paradis d'avant la Chute) qu'il transfère sur tout nouveau lieu... Il a été  peut-être été lui aussi entretenu longtemps, par les "bons" réparateurs, dans le conte de fée du Roman familial institutionnel... On peut partir bien loin pour rester sur place n'est-ce pas. Dans notre jargon, c'est toute l'affaire, aujourd'hui si délaissée en son fond, du déplacement...

C'est pour cela aussi que je ne saurai moi faire mien ou me placer sous ce slogan fourre-tout, si générique et unifiant, qui plaît tant aux camarades de l'Auberge espagnole,  de "De la clinique avant toute chose...".  Dans un texte que j'aime beaucoup, Allocution sur les psychoses de l'enfant, le cher  Docteur soulignait combien l'essentiel pour nos pratiques tient à deux choses :

1) il s'agit que dans la scène où nous sommes "... y prévale un rapport fondé à la liberté." (= que le désir de l'un ne s'impose comme emprise, pouvoir, domination, au désir de l'autre, ce qui ne veut pas dire bien sûr que je ne puisse recevoir ou faire mien, un temps, au féminin (que je sois homme ou femme), le désir de l'autre... Mais enfin cela demande un bel et patient effort n'est-ce pas. J'appelle ça la fabrique du couple. C'est d 'ailleurs semble-t-il à cet effort, disons de base, que renoncent bien des jeunes, ce qui n'est pas et ne sera pas toujours davantage sans conséquence sur la vie sociale et institutionnelle... Parce que sortir de ce qu'on appelle "individualisme" ça n'opère pas en basculant simplement du côté du "communisme" - bascule qui en réduit l'enjeu autrement... Cela dit, je suis, comme Jean Luc Nancy, pour ne pas laisser tomber la question du "commun", du "communisme"... Ce qui est aussi un des axes clefs de l'oeuvre de Legendre.

2) être à hauteur de ce que nous sommes en nos pratiques "appelés à porter, à savoir l'être-pour-le-sexe" (Lacan ajoutait : "Nous ne semblons pas bien vaillants à en tenir la position. Non plus bien gais. Ce qui, je pense, prouve que nous n'y sommes pas tout à fait."

Mais je reconnais que dans le temps où nous sommes, le temps d'une pornographie généralisée [un ami me racontait hier avoir rencontré des praticiens, psy et éducateur, qui s'interrogeaient sur la question de savoir comment accompagner le "projet professionnel" d'un de leurs ouailles, en Ime, qui veut devenir "acteur de X" ! Ils pensent peut-être eux aussi que c'est sa solution à lui, sans dès lors besoin de s'interroger sur la façon dont notre culture et eux-même, leur scène institutionnelle, peuvent  l'y conduire !), le temps aussi de l'homo-sexualisme (celui d'une inversion très généralisée, produisant "la nouvelle économie psychique", i.e. le primat de la perversion sur la névrose ), un colloque sous un tel intitulé  - De l'être-pour-le-sexe avant toute chose  -  aurait un côté absolument incongru...

Passage de relais ? Pour quelle transmission ?

Chère A., Louise, m'adressant  d'abord à vous, en cet espace public, je poursuis et termine, ici, mes remarques.

A contrario de la chansonnette du rezo je ne crois pas qu’il puisse y avoir à la fois passation de l’instrument et transmission...

Le lieu valait parce que c’était vous, parce que c’était lui (votre compagnon)…

Il ne peut y avoir en la matière, la matière « clinique », la matière  « éducation »,  une transmission clefs en main ! Vous le savez aussi bien que moi. Les clefs de ce qui a été votre trajet, votre pratique,  tiennent de toute évidence, vous n’avez cessé d’en témoigner au plus près, sans besoin d’en rajouter, à des conquêtes subjectives, un travail personnel, un travail de pensée, soit à ce véritable pas de côté par rapport au narcissisme « professionnel» et aux lieux communs, que vous avez effectué au long cours… Vos leçons (nos leçons)  ne peuvent s’exporter, ni davantage être reproduites  comme des protocoles, des procédures, ou comme disent les bons managers n’est-ce pas, comme de « bonnes pratiques », de « bonnes solutions » à apprendre et à appliquer. .. Là encore vous le savez aussi bien que moi, même si bien sûr pour vous (comme pour chacun qui s’est investi ainsi) l’idée qu’il n’y ait pas de suite dans votre lieu est dure, subjectivement dure à encaisser… Quelle suite ? Je vous donnerai peut être plus tard plus avant mon sentiment, mon idée, à partir de ce que de mon côté j’essaie d’en soutenir, avec aussi mes difficultés à couper, à quitter.

Chacun est appelé à découvrir, ou plus exactement à redécouvrir (parce qu’il n’y a en vérité sur le fond de ces choses là jamais rien de nouveau sous le soleil),  le questionnement et les principes qui peuvent guider, sous des formes et des offices divers, une clinique, une éducation ouvrant au « grandir », c’est-à-dire à la sexuation et à l’émancipation subjective du sujet, soit  à sa division de La Mère, ce premier Grand Autre (dans le jargon de la psychanalyse, la Mère phallique) auquel chacun, dans l’inconscient, dans l’irréductible du désir inconscient, l’irréductible du désir incestueux, se trouve fantasmatiquement/imaginairement confondu… On finit par saisir que le désir et le pouvoir ça fait deux, autrement dit que nul n’est le Pouvoir, que nul ne peut se porter maître de l’Interdit, sinon à le subvertir sous les formes les moins sympathiques de la Règle…

Les « clefs » de la richesse et de la singularité de l’expérience dont vous avez ici témoigné ouvrent les serrures du désir, les verrous des plus grands refoulements professionnels … Comment voudriez-vous que ces clefs, que vous avez forgées au long cours (pas dans une « formation accélérée » n’est-ce pas !), revenant toujours sur l’établi,  puissent  être « passées » ou transmises  comme des « clefs en mains », les clefs d’un « projet » ? Quel abus de langage pour moi que de causer ici de « passe », quel abus que d’en conforter l’illusion !  

Tu lis mon « projet », et hop, tu lis mon bouquin, et hop, on en discute un peu, une semaine, bon allez, trois semaines, et hop, transmission est faite, passe est accomplie !  Mais ça, ce genre de « passation »,  c’est bon pour les managers et les boutiquiers du travail social, ceux qui vous délivrent à gogo leurs indulgences (dès lors que vous adhérez à leur discours œcuménique, fourre-tout, sans rigueur), et puis aussi des pseudo-statuts, des légitimités  à la va-vite. Et ceux là, croyez moi, votre histoire et votre transmission, ramenées à leur Affaire, ils ont capacité à n’en faire qu’une bouchée ! Ce sont de grands Récupérateurs comme on disait autrefois.

Vos clefs chère Louise, enfin ce que moi j’ai cru reconnaître et apprécier comme vos clefs à partir de ce que vous avez mis ici sur la table de votre pratique et de vos réflexions, et bien vous ne pourrez les vendre avec les murs ! Pas de successeur possible, et c’est tant mieux !  Je suis quasi certain que très vite vous seriez encore plus mélancolique de ce qui adviendra en ce cas dans votre lieu que de laisser aller la destinée…  

Je vais être encore plus précis, par amitié aussi, car je n’aimerai pas que l’essentiel se trouve dilué, dilué dans cette dite « passation »  – comme si la passe n’était la passe du Rien, la passe de l’inestimable objet !!

 Cet essentiel que j’évoque, quel est-il ? A quoi tient-il ?

Au risque de la simplification je dirai, dans les termes qui sont les miens bien sûr,  que cet essentiel relève, je rabâche, du pas de côté qu’en vous engageant dans cette expérience autre, vous avez effectué avec votre compagnon, par rapport à votre expérience institutionnelle antérieure, par rapport  à ce qui vous y devenait peu ou prou insupportable. Vous avez je crois bien senti, même si vos défenses s’y impliquaient (je ne vais pas quand même à mon tour vous délivrer brevet de sainteté),  l’impasse fondamentale des pratiques et cadres institutionnels habituels.

Dans mon jargon toujours : je crois que vous avez perçu combien le fait que la scène institutionnelle offerte le plus communément aux enfants et adolescents se présente comme une scène Une, la scène hors-sexe – comme si l’enfant était le produit d’une vierge ! –  privait l’enfant des conditions de l’élaboration œdipienne,  entravant alors le processus subjectif de sa « séparation » de la Mère, faussant le cours de son identification sexuée…

 C’est à ce défaut disons de présentation des figures œdipiennes à l’enfant, autrement dit, à ce défaut du sexué, de l’être-pour-le-sexe comme j’y insiste dans les posts ci-dessus, défaut impliqués dans  tous ces liens de dépendance et de pouvoir, homo-sexués, noués sous  des allures et discours divers au « hiérarchique », au « travail d’équipe », au « partenariat », que vous avez essayé de surseoir… Vous avez peut-être souhaité rester si je puis dire plus en vie, et échapper à cet alentour institutionnel, ces climats peu favorables dans lesquels se trouvent placés tant d’enfants placés… Votre idée, peut-être plus ou moins élaborée, n’était-elle pas de substituer au mode disons le plus traditionnel des liens institutionnels un autre registre du lien,  en soutenant dès lors à partir de votre propre relation privée, votre propre scène familiale,  une scène autre ? Une scène qui fasse jouer, comme tous vos petits récits conduisent à le lire, une représentation fondatrice qui ne soit pas réduite au Roman familial, réduite au mythe subjectif préœdipien des « parents combinés »… La mère dès lors n’était plus la mère-vierge, ou la sainte nitouche, l’oie blanche des chéris... Le paradoxe est que pour vous extraire du familialisme institutionnel vous avez conjugué  vie privée et exercice professionnel…  Vous avez peu ou prou à mes yeux réussi à vous dégager (de façon toujours relative bien sûr) du familialisme professionnel là où de façon si régulière familles d’accueil et lieux de vie y échouent ! La durée plutôt très limitée, si j’ai bien compris,  des séjours des jeunes, vous y a peut-être aussi sûrement aidé…

Vous avez donc liée votre mise professionnelle à votre mise de couple, à votre mise familiale  (sans être pour autant ou  « famille d’accueil » ou « lieu de vie »), en vous établissant et vous proposant aux tutelles comme un espace tiers, dans une temporalité et des limites spécifiques. C’est là, dans votre capacité à tenir ce cadre comme un véritable espace tiers, un espace plutôt bien dégagé/délivré de ces projections et discours alentour, familiaux et institutionnels, qui accompagnent le plus souvent la « demande »,  la demande d’accueil du jeune, que se trouve à mes yeux le trait le plus singulier de votre expérience.

La potentialité symbolique et les effets cliniques de ce qui a été votre expérience, telle que vous en avez témoigné ici, résident donc à mon sens dans ce que vous avez soutenu et fait prévaloir, pardon encore de rabâcher, de la logique du tiers exclu mais non rejeté... Et ce premier tiers exclu dans vos petits écrits il n’est pas anodin qu’il apparaisse comme étant Jocaste n’est-ce pas… Bon, des fois j’ai trouvé que vous manquiez peut-être un peu de tendresse pour elle… On en reparlera peut-être.

Alors bien sûr, j’y insiste encore, cet espace tiers pour les jeunes a valu comme tel, parce que c’était vous, parce que c’était lui… Comment en aurait-il pu être autrement ?               Et voilà qui souligne une économie subjective de couple particulière (économie sur laquelle je n’ai rien à dire, ni en bien ni en mal), et donc  disons un engagement désirant dont je ne vois pas qu’il puisse en quoi que ce soit être transmissible et exportable comme « modèle » ! Qu’il y ait des « leçons », ô combien, à en tirer, est une  autre chose. En la matière, « faire des petits », prétendre les inscrire dans son fil, est une prétention missionnaire, militante, à laquelle vous pourrez j’espère vous soustraire. C’est peut-être même à bien y réfléchir la condition pour que vous puissiez réussir à maintenir ouvert sur la table, en le déposant sur la table, le plus vif, le plus vivant du parcours.

Merci Daniel de vos remarques. Je ne suis pas trop dupe, c'est peut-être un des avantages de vieillir, de cette illusion de transmettre. Il me semble que j'ai un peu assouvi quelque chose de cela mais je vais prendre le temps de la réflexion.

Le terme de "passage de relais" me parait très juste: qu'est-ce qui passe dans cet entre-deux, qu'est-ce qui ne passe pas, et qu'est-ce qui se passe? Je n'ai pas d'idée préconçue sur ce passage. C'est un peu la même chose lorsqu'il y a un changement sur un poste... Peut-être y a t-il à s'inspirer des rites de passage, dont nous avons à peu près perdu l'usage dans nos sociétés post modernes. 

Bonsoir Louise, je lis votre poste depuis plusieurs jours et je me demandais "pourquoi Louise et son compagnon ne transforment-ils pas ce lieu d'accueil pour adolescents en un lieu d'accueil pour adultes qui souhaitent partager un espace convivial ?" Bon voilà c'est tout, à bientôt Louise !

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