Le jour où je recevais le magazine présentant ce sujet, je venais également de finir la troisième édition du Travail d’Educateur Spécialisé. Avant même d’ouvrir le livre, la photo sur la page de couverture m’a frappée. Un petit garçon, d’une dizaine d’année, au visage sale est assis, adossé, à un mur dont le crépis part en miettes. Serait-ce là la métaphore de notre quotidien? Relever et nettoyer des personnalités que leur passé a salis. Offrir un "ravalement de façade", comme une seconde chance à ces personnes que nous accompagnons tous les jours.

L’accompagnement, étymologiquement le partage du pain, c’est, je pense, la définition la plus exacte de ce que doit être notre quotidien. Faut-il rappeler qu’aux prémices de notre métier, les éducateurs étaient appelés à être disponibles 24h/24 pour ceux dont ils partageaient ce pain ? Est-ce la syndicalisation de plus en plus massive, ou bien la volonté de rendement toujours plus pressente qui nous fait oublier, parfois pour quelques instants, d’autres fois pour une carrière entière, cette vocation d’accompagnement qui est la notre ? Le terme de partage de pain est bien entendu imagé. Cela peut se traduire, en langage administratif par « actes de la vie quotidienne ». Dans le livre déjà cité, un rappel est fait de ce qu’est, historiquement, un éducateur : dans l’Antiquité, c’était le nom donné aux esclaves chargés des enfants, dans les familles fortunées. Ils les accompagnaient entre leur maison et le lieu d’éducation. L’éducateur veillait, sur le chemin, à leur « sécurité. Il les [les enfants] préserve des mauvaises rencontres sur le chemin de la socialisation. » Rien dans leur fonction ne les emmenaient à faire à la place de l’enfant accompagné ou a faire avec, en lui prenant la main. Il s’agissait juste d’une sorte de guide. Quotidiennement, et de façon caricaturale, c'est presque les mains dans les poches qu'un éducateur devrait travailler. C'est cette place de sujet supposé savoir, dans laquelle nous sommes placé qui peut nous empêcher de nous restreindre dans notre aide. Il faut cependant penser que la personne en face de nous aussi doit, tout autant que nous, être supposée savoir.

Lors d'une semaine en Corrèze pendant laquelle mes collègues et moi même animions des ateliers sportifs, j'ai pu constater l'assistanat qui fut déployé par les accompagnateurs. Chercher un bout de papier dans de la farine (cela faisait parti du jeu) aurait été trop long et était de toute façon trop compliqué pour des déficients intellectuels. Comprenez-vous? Il vaut mieux leur mettre le - dit papier dans la main et les féliciter pour la recherche qu'ils (n') ont (pas) faite. Si l'on se place dans cette éthique d'écoute du sujet, cela nous fait admettre une chose: notre rôle est de permettre à chacun d'élaborer son propre projet. Nous ne sommes donc plus transmetteurs d'un savoir unique et immuable, mais d'une méthode de réflexion permettant à chacun d'apporter ses propres réponses aux problèmes que la vie lui pose: les psychanalystes, je crois, parlent de subjectivation. Concrètement, cela nous dit juste que, que le bout de papier de tout à l'heure soit trouvé en 2 minutes ou en 10, cela ne change rien. Ce qui compte c'est ce que chaque sujet aura mis en jeu dans la réponse qu'il apporte. Un peu de poésie: nous nous devons de leur donner certaines clefs de la réponse, sans pour autant leur ouvrir la porte.

 

            Cet objectif n’est atteignable qu’en gardant réellement la personne au centre de son dispositif d’accompagnement. Pas uniquement sur le papier, comme cela est observable dans certaines structures (qu’elles le fasse de façon consciente ou inconsciente), mais quand aura été opéré une réelle et entière acceptation du fait que l’évolution de la personne, ne se déroule pas forcément aussi vite que cela pouvait être prévu ; que ce n’est pas l’atteinte d’objectifs plus ou moins utiles qui est important, mais bien ce que met en œuvre la personnes qu’ils concernent pour les atteindre.

(a): contribution apportée au dernier hors séries de Lien Social Arpenter le quotidien

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Réponses à cette discussion

Merci Frion pour ce témoignage précieux, tout à fait articulé à la pratique éducative au quotidien. Chercher "un bout de papier dans la farine" me parait une belle métaphore du travail d'accompagnement. Un peu de poésie, je partage, c'est la clé...
Pour la couverture de mon bouquin, je suis bien d'accord. J'avais proposé un tableau.Mais je n'ai aucune prise.C'est le service de fabrication de Dunod qui décide, malheureusement. ça fait des bouquins pas très attrayants.Quand ils auront marre des remarques, peut-être qu'ils changeront et feront confiance aux auteurs.
Vous y serez à la journée table-ronde du 10 mars à Toulouse?

Merci beaucoup,

Malheureusement le planning de ma formation est très condensé et m'empêche d'être libre pour des événements comme celui là...

une autre fois j'espère 
 
Joseph Rouzel a dit :

Merci Frion pour ce témoignage précieux, tout à fait articulé à la pratique éducative au quotidien. Chercher "un bout de papier dans la farine" me parait une belle métaphore du travail d'accompagnement. Un peu de poésie, je partage, c'est la clé...
Pour la couverture de mon bouquin, je suis bien d'accord. J'avais proposé un tableau.Mais je n'ai aucune prise.C'est le service de fabrication de Dunod qui décide, malheureusement. ça fait des bouquins pas très attrayants.Quand ils auront marre des remarques, peut-être qu'ils changeront et feront confiance aux auteurs.
Vous y serez à la journée table-ronde du 10 mars à Toulouse?

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