Le 1er novembre 2014

Maison de l’arbre à Montreuil 93

   les 39 organisent un meeting de résistance 

Nous continuons d’affirmer que ceux qui souffrent de graves maladies psychiques ont  et auront besoin à des moments de leur existence de recourir à des lieux d’accueil.  Lieux où les rencontres nécessaires à tout soin qui se réclame « humain » ne sont pas dictées par des protocoles aliénants. Lieux où les règlements ne sont pas l’unique proposition « contenante », lieux où prendre du temps est possible et reconnu comme nécessaire, avec une écoute de ce que les personnes en souffrance psychique reconnues dans leur singularité ont elles-mêmes à nous apprendre. Lieux où les psychiatres et les équipes soignantes s’engagent dans un accompagnement au long cours. 

Or depuis deux ou trois décennies toutes les conditions nécessaires à cet accueil se dégradent progressivement pour atteindre un niveau insupportable. Les moyens diminuent, la formation est scandaleusement pauvre et inadaptée, les théories s’étiolent, se rigidifient, perdent le caractère complexe indispensable à la pratique soignante. Toute une expérience soignante, toute une histoire collective de la psychiatrie française risque de disparaître.

Lors des Assises de la psychiatrie et du médico-social, les témoignages de patients, de familles et de professionnels ont fait apparaître que de nombreuses équipes, en l’absence de réflexions institutionnelles et micropolitiques, utilisaient des méthodes coercitives s’appuyant sur des théories réductrices de la folie. De plus, l’abandon des principes de base du secteur et du développement du potentiel soignant des patients au sein des clubs thérapeutiques favorise la démission et le désinvestissement des travailleurs en psychiatrie  devant la perte du coeur de leur métier et renforce  les  mauvaises conditions d’hospitalité et de soins aux patients ainsi que l'accueil défaillant des familles. 

Hélas la future « Loi de santé publique » risque d’aggraver ce processus : Du Secteur  fondé sur le principe de continuité des soins préventifs, curatifs et de postcure par la même équipe, sur une base territoriale, le projet de Loi ne retient que la notion de territoire, pour en faire un quadrillage de la population. Territoire dans lequel devrait s’organiser le parcours du patient entre psychiatrie (qui ne s’occuperait dorénavant que de la phase aiguë), médecin généraliste (qui assurerait le soin en phase de stabilité), psychiatre libéral (qui serait intégré sans en avoir la vocation ) et médicosocial (qui assurerait les éventuels besoins d’hébergement et l’offre d’activités sur la journée).

Le pouvoir politique continue de s’appuyer sur les forces bureaucratiques pour  soutenir la “démarche qualité” et la segmentation des “prises en charges” où l’illusion d’une continuité s’appuie sur le dossier médical informatisé partagé sans limite avec rupture du secret médical.  

Le Collectif des 39 invite tous les citoyens, les soignants, les patients, les familles qui résistent individuellement,  toutes les forces associatives de soignants, de patients, de familles,  toutes les forces syndicales et politiques , pour amplifier notre mouvement   afin de stopper toutes ces dérives. Une mobilisation de grande envergure qui soit force de proposition pour que dans la future «  loi de santé publique » prévue à la fin de l’année, la psychiatrie soit reconsidérée sous l’angle d’une hospitalité pour la folie et d’une continuité humaine et non pas administrative des soins.

 Venez au meeting,  ouvert à tous, le 1er novembre, à « La maison de l’arbre » à Montreuil, pour unifier tous ceux qui souhaitent sortir de la servitude volontaire, et poser par là un  acte de résistance au nouveau déploiement  de cette psychiatrie technocratique et bureaucratique.

 

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Réponses à cette discussion

Bel article dans Lien Social de cette semaine...

Le 15 septembre 2016 | Joël Plantet

Attachante psychiatrie

La logique hospitalière actuelle utilise de plus en plus fréquemment la contention physique. Liens, attaches, camisoles commencent à poser officiellement problème.

Il y a un an, le Collectif des 39 avait lancé un appel intitulé Non à la contention, clairement sous-titré La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne. Les lanceurs d’alerte y affirmaient, dans une adresse aux parlementaires, leur conviction humaniste : « Accueillir et soigner les patients, quelle que soit leur pathologie, nécessite d’œuvrer à la construction de collectifs soignants suffisamment impliqués et engagés dans le désir d’écouter les patients, de leur parler, de chercher avec eux les conditions d’un soin possible. » De même, le réseau Humapsy, à la Mad Pride de juin dernier, y a joyeusement dénoncé la loi du 5 juillet 2011 relative aux soins sans consentement, considérée comme ayant facilité l’hospitalisation sous contrainte, y compris à domicile. Le recours à l’isolement et aux contentions, faute de personnels et de moyens, était vigoureusement pointé. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) était largement remis en question, accusé de « produire des bataillons de psychiatres prescripteurs de médicaments, incapables de comprendre l’intérêt d’entrer en relation avec les patients ».
Or, l’article 72 de la loi de modernisation du système de santé, adoptée le 26 janvier dernier, vient en principe encadrer ces mesures par la mise en place, dans chaque établissement de santé mentale, d’un registre recensant ces pratiques.
Les contrôleurs généraux des lieux de privation de liberté – hier Jean-Marie Delarue, aujourd’hui Adeline Hazan – dressent le constat d’une augmentation de ces actes, doublée d’une banalisation. En mai 2016, le rapport de l’institution, forte de 121 visites de structures de santé mentale, notait d’emblée « une généralisation du recours à l’isolement et à la contention, en recrudescence depuis une vingtaine d’années » alors que leur efficacité thérapeutique n’est pas prouvée. Elle notait que le malade mental « ne bénéficie pas de la représentation qui s’attache à toute maladie : souffrance, fragilité, besoin de soins et de compassion », mais au contraire développe des représentations négatives, dont la dangerosité… Et de constater de fréquentes atteintes aux droits fondamentaux des patients.
À l’initiative de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et en santé mentale d’Occitanie (FERRPSY), une recherche médicale a été lancée ce 15 septembre sur la contention. Soucieuse des disparités existantes entre les établissements, l’étude implique treize d’entre eux. Point de départ sous forme d’observation collective : « La contention physique : pas de démonstration d’efficacité clinique et un vécu essentiellement négatif pour les patients ». Dès 2014, un psychiatre, Raphaël Carré, avait pointé que « les thèmes d’agressivité et de violence, d’impuissance et de dépendance, de punition et de sanction, le sentiment de déshumanisation » étaient récurrents dans les témoignages recueillis auprès des patients ayant été soumis à des contentions physiques.


Polémique

Le « packing » consiste à immobiliser une personne dans des bandes de linge humide pour favoriser un travail psychothérapique. Un débat, assez vif, oppose les partisans et les opposants de cette technique qui l’assimilent à de la contention. D’autant plus qu’une circulaire ministérielle du 22 avril 2016 conditionne le financement des institutions à la non utilisation de cette méthode alors que l’Inserm, mandatée, n’a pas encore rendu ses conclusions sur ses effets thérapeutiques. Signée par des dizaines de praticiens, une lettre ouverte à Marisol Touraine et à Ségolène Neuville, publiée en mai dernier par le Huffington Post, réclamait l’annulation de cette « interdiction ».

LETTRE DU COLLECTIF DES 39        le 13 décembre 2016

Quel automne dense !  Sur le site des 39, les mouvements ont été intenses et nombreux. Voici un bref récapitulatif pour qui voudrait lire ce qu’il aurait raté, relire ce qui l’aurait intéressé ou le faire circuler… . 

 Une proposition de résolution inique. 

 La proposition de résolution Fasquelles  qui sera votée le 8 décembre suscite colère et indignation de toutes parts.  Assez,  titre le communiqué des 39 qui dénonce une dangereuse volonté d’ingérence de l’Etat dans la façon dont devraient être soignés les autistes.  Sur la page du communiqué on trouvera aussi les liens vers d’autres réactions, toutes aussi courroucées. 

 Réagissant à la même proposition de résolution, on peut lire le texte de Mireille Battut de la Main à l’Oreille : «  Nos enfants valent mieux que ça »

 Les attaques du député Fasquelles se situent dans le fil du récent Rapport sur la santé mentale commandé par Marisol Touraine à Michel Laforcade.  On peut télécharger ici  ce rapport qui nécessite d’être  lu, analysé et critiqué dans le détail. Nous y reviendrons ultérieurement.  

 

Le meeting « Enfance effacée ?  Résister ! Inventer ! » 

Le meeting du groupe enfance des 39  a réuni 500 personnes à la Parole Errante de Montreuil le 16 octobre.

On peut retrouver  les communiqués publiés en amont du meeting.  

Des photos prises par Sofi Hémon et Paul Machto

Quatre des interventions de la journée telles qu’elles ont été publiées dans un dossier « Débat « réuni par Nicolas Dutent, journaliste à L’Humanité 

 ·        « Ouvrir d’autres voies » par Liliane Irzenski dont la parole forte a ouvert la journée

·        « Handicap partout, soins nulle part » par Carlos Parada qui dénonce comment en transformant le psychiatre en expert on fait disparaitre le patient à soigner. 

·         « L’enfance effacée » par Sandrine  Deloche  qui analyse comment l’institution scolaire d’aujourd’hui pâtit des attaques successives portées sur elle et de la création de la MDPH.   

·        « Une nouvelle antipsychiatrie » Par Pierre Dardot qui interroge la façon dont l’antipsycphiatrie d’aujourd’hui attaque l’idée même d’une « psyché » à soigner. 

 ·        Et une cinquième intervention, « Renaître avec Kirikou, plonger avec Nemo »  de Valérie  Guay-Couranjout     qui raconte  comment , mère d’un enfant autiste, elle et sa famille ont accompagné cet enfant dans ses trajets pour grandir.  

 

Un texte de la commission « Psy, soins, accueil» 

Constituée à l’occasion des Nuits debout, la commission «  Psy, soins, accueil » poursuit son travail de réflexion, d’alerte et d’invention.  Nous publions l’article « Un homme est mort sous les balles de la Police » qui interroge le traitement médiatique donné à la mort par balle d’un patient psychiatrique et la résonance sécuritaire accordée à l’événement traité comme un banal fait divers. 

Sur le front…

·        On peut retrouver une intervention de Serge Klopp   « L’Ethique : un levier pour réinventer une psychiatrie humaine  qui défend une éthique du soin en psychiatrie qui ne soit orientée ni par la démarche sécuritaire, ni par la démarche qualité mais par le souci du soin du Sujet.  

·        Pour un accueil inconditionnel et de droit commun pour les migrants-réfugiés où Jean-Pierre Martin demande une politique d’accueil et de soins aux migrants-réfugiés et défend l’idée que «  Les migrants sont les citoyens de notre humanité communeCet accueil inconditionnel des migrants est l’objet même d’un réseau solidaire de santé mentale.       

       Dans un texte clair et précis, L'hôpital Sainte-Anne : fossoyeur de la santé mentale des enfants,  Sandrine Deloche dénonce la façon dont  le secteur de pédopsychiatrie du 14earrondissement de Paris est mis en grande difficulté pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la qualité des soins et le souci des enfants et des familles. 

Vous pouvez aussi aller sur la page FB des 39

https://www.facebook.com/groups/68490100984/

Un bel interview de Pierre Delion: Quand la psychiatrie est d'abord un humanisme

http://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/argument/pierr...

cool

merci

Joseph Rouzel a dit :

Un bel interview de Pierre Delion: Quand la psychiatrie est d'abord un humanisme

http://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/argument/pierr...

Remarquable témoignage de pierre Delion à visionner ou révisionner sans modération.

Voir l’Article du journal libération du 13 octobre 2016. ‘Pierre Delion : Aliéné, délivré’

http://www.liberation.fr/france/2016/10/13/pierre-delion-aliene-del...

Lettre du collectif des 39 de 15 juillet 2017 

Cette lettre vous est adressée avant les vacances après une période particulièrement difficile.

Les derniers textes et communiqués postés sur le site par le Collectif :

« CONTRE LA NOVLANGUE : DES PAROLES CONTRAIRES » (COMMENT ERIC BLAIR EST DEVENU GEORGE ORWELL)

de Yann Diener

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8561

« NON À LA NUIT GESTIONNAIRE » de Sandrine Deloche

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8563

ANNIVERSAIRE DES CEMÉA de Dominique Besnard

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8577

COMMUNIQUÉ À PROPOS DE FORT BOYARD. STIGMATISATION ?

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8581

Des nouvelles du Réseau Européen:

RENCONTRE AVEC LES LUTTES AUTO-ORGANISÉES DE THESSALONIQUE

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8588

Lappel des psychologues de la Fonction publique hospitalière, exerçant dans les pôles de pédopsychiatrie du Centre hospitalier de Montfavet:

Quelle hospitalité pour lenfant en souffrance psychique ? Cest en référence au groupe « Enfance » du collectif des 39 que nous est venu ce titre pour cet Appel. Appel à faire connaître notre situation et celle des patients dont nous assurons les soins psychiques Appel à dénoncer la logique comptable, gestionnaire, mathématique qui écrase lenfant et lexproprie de sa singularité Appel

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Madame_La_Ministre_Agnes_Buzyn...

Et des rendez vous sur des festivals, moments où culture et psychiatre se croisent

DINGO DINGUE THÉÂTRE DE LA ROTONDE AVIGNON

Dingo Dingue est la « fuite » de « Psychiatrie/Déconniatrie », spectacle sur la folie créé au Théâtre des Salins de Martigues en 2004 et qui partit sur les routes de France pendant quatre années.

Paul Machto, Jacques Tosquellas et Marie France Negrel de lAssociation Méditerranéenne de Psychothérapie Institutionnelle, participeront aux deux débats proposés à lissue des représentations les Mercredis 19 et 26 juillet.

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8573

LE COLLECTIF DES 39 À MARCIAC – AVEC LA LIGUE DE LENSEIGNEMENT DU GERS

Le Collectif des 39 « Quelle hospitalité pour la folie ? »- Avec la Ligue de lEnseignement du Gers- propose pour cette 7ème Edition

les vendredi 4, samedi 5 et dimanche 6 août 2017

Dans le cadre des après-midis de JAZZ IN MARCIAC

  • Deux représentations de la Compagnie Sujet Barré 
  • Une projection du film écrit par Fara C. journaliste Jazz (Humanité) « Le moine et la sirène – Le chant de Charles Lloyd » 

Film de 60 mn coréalisé par Fara C. et Giuseppe de Vecchi

Suivis de débats publics animés par des membres du collectif des 39.

http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8567

Bel été à toutes et tous avant les rendez vous de la rentrée.

Les soins psychiques? Dans quel état?


Dans son dernier rapport, le contrôleur général de lieux de privation de liberté (CGLPL) note « l’absentéisme » et les « pratiques professionnelles hasardeuses » des personnels des Hôpitaux psychiatriques.

Le dernier rapport thématique d'Adeline Hazan consacré aux personnels des lieux de privation de liberté, accessible en ligne depuis quelques jours, recommande la mise en place d’un encadrement plus strict dans les unités psychiatriques. Dedans, la contrôleure générale déplore en effet que « la psychiatrie, contrairement aux autres spécialités médicales, ne connaisse pas de ratio type de soignants par catégorie d’unité ». Selon elle, l’organisation ne garantirait pas un nombre de soignants défini pour un type d’hospitalisation ou par service.

Le manque de présence auprès des patients remarqué

La contrôleure liste ensuite tout au long de ses 64 pages les problèmes inhérents aux équipes médicales et non-médicales des établissements accueillants des patients dont la pathologie nécessite une privation de liberté. Principalement en cause, le manque de présence des soignants : le taux d’absentéisme serait ainsi en « hausse régulière depuis cinq ans », en croissance de 19 % plus exactement. Par ailleurs, Adeline Hazan évoque des cadres infirmiers qui « ayant perdu l’habitude des soins, sont réticents à intervenir » et adopter un rôle soignant. Toujours sur les infirmiers, elle relève que ceux travaillant dans les secteurs psychiatriques « plus jeunes (…) manquent parfois de la capacité à être contentant psychiquement et s’en tiennent aux protocoles ». Selon des cadres de santé interrogés, ils auraient même « tendance à se reposer sur leur acquis ». Bonne ambiance décidément...

Mais les autres personnels ne sont pas épargnés par cette attaque au vitriol. L’institution constate que le temps de présence des psychologues et ergothérapeutes « est limité ». Elle souligne également que certains Hôpitaux psychiatriques fonctionnent « avec un effectif de médecins qui peut être réduit jusqu’au quart de ce qu’il devrait être. »

Des restrictions injustifiées des libertés individuelles

Un manque de présence qui se traduit par une maltraitance de la patientèle, pour Adeline Hazan. LE CGLPL assure en effet avoir « constaté de nombreux cas dans lesquels le manque de personnel conduit à la méconnaissance de droits fondamentaux des patients ». Et le rapport s’inquiète des « restrictions injustifiées des libertés individuelles », induits par le manque d’effectifs dans les services concernés.

D'ailleurs, les soignants ne sont pas dupe. Ceux interrogés par la contrôleure générale sont bien conscients du phénomène et évoquent « la nécessité de réintroduire du relationnel avec les patients et de la disponibilité ». Néanmoins, il faut souligner que les locaux vétustes des Hôpitaux sont aussi mis en cause. Leur architecture inadaptée « peuvent conduire les soignants à adopter des pratiques contre-thérapeutiques portant atteinte à la dignité des patients », est-il écrit dans le rapport. Ouf un peu de mansuétude...

Sources :
http://www.whatsupdoc-lemag.fr/actualites-article.asp?id=21781#.WZa...

Lettre envoyée par mail le 06/10/17

Monsieur le Président,

 

Je vous ai écrit le 22 septembre dernier, car je m’étonnais que se tienne dans votre université une journée de conférences en faveur du diagnostic TDA/H. Cette manifestation était programmée par l’association HyperSupers - TDAH France pour le 29 septembre.

 

A la date où je vous ai écrit, cette journée n’était soutenue par aucun des Laboratoires de votre université. Elle est subventionnée par quatre laboratoires pharmaceutiques : Mensia technologies, Shire, H.AC.  Pharma, NLS Pharma. Leur intérêt est de promouvoir un diagnostic qui légitime une médicamentation à l’aveugle des enfants. C’est un énorme marché. L’organisatrice de cette journée, Madame Gétin, n’a aucun titre de médecin, de psychologue ou d’universitaire.

 

J’avais demandé - il y a plusieurs semaines - à Madame Gétin un temps de parole dans son colloque. Il est souhaitable en effet que s’instaure un débat pluridisciplinaire sur ce diagnostic qui est contesté par de nombreux experts internationaux et qui n’est pas répertorié comme tel dans les classifications françaises. Je n’ai pas eu de réponse de sa part. Je me suis pourtant inscrit avec plusieurs collègues, afin de participer aux débats.

 

Le diagnostic TDA/H affirme que les enfants qui ont des difficultés souffrent d’un "déficit" génétique et d'un trouble neurodéveloppemental. Il n'en existe aucune preuve. Ces enfants et leurs familles demandent d'abord à être entendus, pour dénouer des problèmes souvent transitoires. Une fois que ce diagnostic cible a été posé, la solution désormais courante est de prescrire des médicaments, avec par exemple de la Ritaline : elle contient des substances classées en France comme des drogues.

 

Monsieur le président, vous n’avez pas cru utile de répondre à ma lettre du 22 septembre. Nous avons constaté par la suite que l'annonce du colloque a été modifiée peu de jours avant sa tenue, afin de dissimuler les données antérieures. Et puis - la veille du 29 septembre, plusieurs collègues et moi-même ont reçu une annulation et un remboursement de leurs inscriptions ! Cette désinscription nous a été signifiée au nom du « maintien de l'ordre ». Nous voulions intervenir dans la discussion comme cela se fait dans tous les colloques : nous avons été traités comme des voyous. Le jour même, une douzaine de vigiles nous a interdit l'entrée du bâtiment. On leur avait annoncé l'arrivée d'une bande de casseurs armés de barres de fer ! Nous avons aussi pu voir dans le service d’ordre un enseignant portant le tee-shirt TDA/H, au mépris de son devoir de réserve. Il faut s’indigner d’abord de cette interdiction faite à plusieurs universitaires et à un chef de service de pédopsychiatrie de participer à un débat, en vue d'échanges interdisciplinaires. 

 

Nous avons donc été contraints de rester à l’extérieur du bâtiment. Ceux d’entre nous qui avaient préparé des questions les ont exposées à la centaine de personnes qui sont restées dehors avec nous. Vous pouvez le vérifier en regardant la vidéo intégrale de cet événement, qui a été vue et partagée par plus de 7000 personnes à ce jour.

En résumé vous ne nous avez pas répondu, et vous avez fait interdire le dialogue, alors que vous avez autorisé une conférence en faveur du TDA/H, organisée par une personne sans aucun titre pour le faire, qui bénéficie du soutien des Laboratoires. Elle l’a fait en faisant verser les droits d'entrée (qui ont pu aller jusqu’à 40 000 €) directement à son association.

 

Nous croyons savoir qu’après cet événement exceptionnel, vous avez mesuré ce que votre prise de parti avait de policier. Vous n’auriez pas dû interdire un débat scientifique dans un service public dédié à la recherche. Nous croyons savoir aussi que vous auriez été prêt à nous proposer - pour plus tard - le débat pluridisciplinaire que nous souhaitons. Mais à ce jour, vous ne nous avez toujours pas écrit, au moins pour vous excuser du traitement déplorable infligé à des représentants de 14 associations spécialisées dans le soin psychique, et soutenues par plus de 5000 professionnels. Sur le fond d’ailleurs, ce n’est pas tant les excuses qui nous importent. En effet, c’est un véritable scandale sanitaire qui se prépare, si l’on prend en considération les milliers d’enfants concernés. Ce scandale risque bien de ressembler à celui du Médiator, ou aujourd’hui à celui du Levothyrox. Il est sans doute plus grave, car les enfants ne peuvent pas se plaindre, et leurs parents inquiets font confiance à ceux qui leur déclarent qu’il s’agit d’une maladie, et qu’ils en ont la solution. Nous sommes solidaires de leurs difficultés, et nous souhaitons la même solidarité de la part des universitaires et des scientifiques soucieux d’impartialité et d’humanité.

 

Avec mes meilleures salutations,

 

Pr Gérard Pommier

Membre du Laboratoire de psychopathologie de Paris VII

Psychiatre, psychanalyste

 

Pour voir la vidéo :

Le lien sur Facebook :

https://www.facebook.com/aplpsychanalyse/videos/838583276324057/?hc...

Et le lien sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=inDTbYMIV5M

 

A contre-courant, le Centre Antonin Artaud de Reims[1]

 

Il me parait important et salutaire qu’un tel colloque ait lieu, même si je dois reconnaitre de mon côté une certaine appréhension, tellement la PI se trouve discréditée depuis longtemps par les analystes de tous bords. Et que l’argument du colloque m’a quelque peu troublé, en voulant en quelque sorte démontrer par avance, que ce seraient les fondements théoriques de la PI, leur « défaut fondamental » qui aurait empêché sa transmission et sa capacité à stopper l’invasion des discours et pratiques adaptatifs actuels. A ce compte-là on pourrait en dire autant de la psychanalyse, tous courants confondus, puisqu’elle se trouve mise au ban, regroupée dans l’opprobre avec la PI, par la HAS. Ce qui a commencé avec l’autisme se poursuit avec l’ensemble du champ psychopathologique, et nous sommes confrontés à une volonté éradicatrice de toutes les praxis prenant en compte le sujet de l’inconscient. La seule hypothèse qui vaille à mon avis ne réside pas dans un quelconque manque qu’il s’agirait de dénoncer: l’idée même d’une théorie sans manque me parait  quelque peu inquiétante !

Non la difficulté majeure réside dans l’absence de prise en compte de la dimension politique, à la différence de la génération issue de la résistance, ou tout au moins à ne pas entendre suffisamment tôt que le néolibéralisme,  sa volonté d’efficience, de « révolution permanente » accélérée pour maximiser les profits en temps réel, voire en humanité supplémentée, constitue  le capitalisme de notre époque. D’où l’importance actuelle de rassembler tous les tenants de l’inconscient freudien, au-delà des divergences inévitables.

 J’ai eu la chance de rencontrer Pierre Dardot lors d’un colloque à St Martin de Vignogoul, et de travailler depuis en lien avec lui pour essayer de penser cette intrusion au plus intime de notre imaginaire politique. D’où la lecture entreprise de Castoriadis sur ses conseils, pour ses hypothèses  fort subversives sur la place structurante pour le sujet, de l’imaginaire dans « les productions du social historique ». Hypothèses politiques hautement prédictives mais qui, reconnaissons-le, nous laissent cependant sur notre faim quant à leur usage dans la clinique.

Dardot et Laval dans un chapitre de Commun sur « les praxis instituantes » prennent cependant l’exemple de la PI, comme une des possibilités de produire du commun et une démocratie directe par le biais des clubs thérapeutiques et en référence à la transversalité avancée par Félix Guattari.

D’où l’insistance ancienne sur la subversion permanente de l’instituant par rapport à la chose instituée, qui induit une transformation permanente au rythme de la construction/déconstruction du Collectif.

Je rappelle, et là je me situe dans la transmission directe du séminaire de Oury, qui ne représente d’ailleurs qu’un courant de la nébuleuse PI,  que pour lui le Collectif n’est pas un groupe, ni une équipe, mais une « machine abstraite », et je souligne l’absence de référence dans son séminaire au texte de Freud sur Massen Psychologie. Il faut aussi garder à l’esprit que la fondation st Albanaise doit surtout à Bonnafé, Balvet et Tosquelles, à la référence commune au surréalisme et à l’esprit de résistance, à la thèse de Lacan et aux méthodes actives d’Hermann Simon. Et que la pratique qui s’invente alors s’appelle d’abord « social thérapie », ne se trouvant baptisée PI que par Daumezon et Koechlin en 1952, et rassemblant les orientations les plus diverses : certaines sociothérapiques, d’autres plus ou moins analytiques. Ce qui surnage pour nous, ce sont des noms et des lieux-dits, et l’illusion rétrospective d’un mouvement unifié.

Comme Olivier Apprill l’a écrit dans un article que nous devrions bientôt publier chez ERES (in le Collectif à Venir), le concept de Collectif met 20 ans à se construire avant de recevoir sa définition par Oury. Plus le Collectif est élaboré et soutient la fonction club, plus il refoule sans jamais la dissiper la place de l’imaginaire de prestance et  des rivalités, mais aussi le bruit de fond de la noise, effet indirect de la pulsion de mort. C’est bien sur un idéal, une utopie, un Collectif toujours à venir puisqu’il n’est jamais acquis, mais le fruit d’un travail incessant d’analyse institutionnelle. C’est un peu comme la gestaltung en constant remaniement et en recherche de son rythme.

Ceci étant dit je voudrais vous proposer un petit détour personnel : quand je me suis intéressé au travail de J.OURY dans les années 80 sous l’impact de la nécessité de ma praxis, plusieurs de mon groupe analytique-le Cercle Freudien-sont venus me prévenir que J.Oury n’était pas un analyste, bref qu’il valait mieux s’en méfier.

De plus je provenais de la mouvance politique post 68 de l’antipsychiatrie par le biais du collectif Garde-Fous, proche de la Ligue Communiste, et j’y avais déjà reçu une première leçon de méfiance. Pour ce collectif constitué d’analystes positionnés à l’extrême-gauche, dont certains-Pascale et Jacques Hassoun en particulier- ont compté parmi les fondateurs plus tard du Cercle Freudien, la PI ne constituait qu’une forme d’illusion, de masque, venant en lieu et place de la nécessaire destruction de l’Asile. « Matelassage psychiatrique, rembourrage psychanalytique »,  tel fut le titre marquant d’un des articles de cette revue belle mais datée, pleine de la révolte de cette époque. Nous avons numérisé cette revue pour mémoire sur le blog de la Criée, et elle se trouve aussi sur le site du Cercle Freudien. Garde-Fous aura ainsi procédé à la critique méthodique et virulente de toutes les modalités de l’aliénisme pour finir par pulvériser la clinique de la Borde dans son dernier numéro. Après il n’y avait plus rien à détruire et la revue s’arrêta, laissant en plan une génération misant sur la psychanalyse lacanienne de préférence, comme relève à la psychiatrie, autrement dit mettant de fait la psychanalyse  en place d’idéologie, tout en maintenant le projet marxiste sans qu’aucune articulation ne soit posée entre marxisme et psychanalyse. Puisque le freudo-marxisme était lui aussi rejeté comme une impasse ! Et toute une génération d’analystes lacaniens misa sur la psychanalyse pour remplacer une psychiatrie qui serait en quelque sorte liquidée… 

Bien plus tard, Jacques Hassoun, qui fut mon analyste, reconnut à son corps défendant, qu’il n’y avait pourtant pas d’autre possibilité que la PI, pour l’abord psychanalytique des psychoses.

Mais entre-temps je fus pendant plusieurs années écartelé : entre une volonté politique où la destruction de l’Asile se conjuguait avec l’imminence d’une irruption révolutionnaire, et un désir d’analyse surgi dès ma rencontre avec certains textes de Freud à l’adolescence. « Les trois essais sur la théorie de la sexualité » m’auront alors permis de me sentir moins seul, et de me dégager du communautarisme juif. Ce qui peut surprendre aujourd’hui à une époque de retour massif du religieux chez certains analystes. Il y eut aussi bien sur Sartre et Marx dès le moment 68, et la rencontre avec un mouvement trotskyste qui transmettait à cette époque l’alliage entre surréalisme, freudisme et révolution. Pas de nostalgie dans cette rétrospective rapide, mais la nécessité de me situer dans une trajectoire qui faisait également écran à ce que j’ai pu retrouver plus tard, dans et après l’analyse : « la zone traumatique algérienne », et une nécessité « d’habiter l’exil »autrement que sous une forme doloriste. J’ai pu l’évoquer dans le « colloque Jacques Hassoun », mais aussi dans des récits d’enfance parus sous la direction de Leila Sebbar.

L’exil/bannissement des juifs d’Algérie constitue une perte irrémédiable,  mais aussi la source vitale de tous mes engagements politiques et analytiques ultérieurs. Quand bien même je n’aurai pu l’énoncer que dans un lointain après-coup.

Il n’est pas anodin que ma rencontre avec l’HP de Chalons en Champagne, ville d’exil de ma famille, me fit l’effet d’une catastrophe : j’eus la vision de l’Algérie coloniale de mon enfance, avec les patients en position de colonisés. Et les soignants de toutes professions (confessions ?) en posture de colons méprisants, considérant les fous comme une sous-humanité. On me racontait pourtant le passage ancien d’un disciple de Tosquelles, créant une cafétéria, des réunions entre soignants, et une association de patronage assez répugnante gérant la sociothérapie. Je mis très longtemps avant d’y reconnaitre la dégénérescence d’un club thérapeutique. Mais peut-être était-il fondé ainsi dès le départ ? Des surveillants-chefs gérant pour leur bien les loisirs et les distractions des patients en les maintenant dans une suraliénation asilaire !

Autant dire que sur le terrain, la PI m’apparut comme une caricature de ce qu’il ne fallait pas faire, alors que l’idéologie me portait à l’époque vers l’Italie, me laissant croire à la « bonne promesse » de la fin des asiles. J’étais très gêné par le refus basaglien de la psychanalyse, mais comme je trouvais sur le terrain psychiatrique quelques analystes très compromis avec l’ordre asilaire, au plus loin de ma mise initiale dans la psychanalyse, je me construisis cette hypothèse provisoire d’une articulation entre une critique basaglienne de l’asile et une pratique à inventer inspirée par l’analyse.

Le premier enseignement provint de ma rencontre avec les personnes qui peuplaient les lieux, et le constat d’un décalage violent avec mes représentations : les patients n’avaient aucune envie spontanée de sortir d’un univers que je trouvais pourtant épouvantable, et les infirmiers de transformer leur pratique. Les médecins brillaient d’ailleurs par leur absence et me laissaient m’agiter, pratiquer des réunions quotidiennes d’autogouvernement de l’unité d’hospitalisation, où très vite je me retrouvai seul avec les fous : et j’y trouvais un apprentissage formidable! Les infirmiers prétextaient de plannings imposés par les chefs, mais ne supportaient en fait aucune remise en cause de leur routine qui les protégeait en fait de la rencontre avec la folie. Les autres internes étaient presque tous en analyse à cette époque, sur des divans lacaniens de préférence, mais très curieusement cette formation avait très peu de retentissement sur leur pratique, se traduisant en fait par un absentéisme sur le terrain de l’HP. Au fond ce qui était dominant pour tout le monde déjà, c’était l’évitement de la rencontre avec la folie, et de l’intrusion psychique que provoque toute rencontre transférentielle avec la psychose. Et la psychanalyse, à mon grand désarroi, pouvait aussi constituer une idéologie de camouflage  par le biais d’une sorte d’intellectualisation protectrice, de même que l’aliénation sociale pour les infirmiers.

Cette première période d’internat fut donc très décapante et enseignante, d’autant que j’allais me rendre compte sur place avec des groupes de soignants à deux reprises de la psychiatrie basaglienne, et d’un discours marxisant en lieu et place de théorisation d’une pratique certes chaleureuse et ludique, mais très adaptative. Ce qui ne freina pas mon ardeur à faire sortir les patients qui se trouvaient asilisés, mais me laissa dans le manque salutaire d’une théorie préétablie et rassurante. Les patients psychotiques, une fois sortis en appartements thérapeutiques ouverts dès 1980, me rappelèrent avec force leur folie après avoir perdu ce carcan qui les avait protégés, mais à quel prix ! J’ai raconté ailleurs comment un schizo particulièrement intelligent fut mon premier maitre en psychiatrie, me payant d’un chèque d’un million de dollars quand j’acceptais de laisser de côté mon idéologie anti-asilaire pour le ré-hospitaliser dans l’hôpital qu’il appelait son « paradis perdu ».

 Premier apprentissage du transfert psychotique, alors que par ailleurs une patiente hystérique me mettait en place d’être son analyste. Cette coïncidence temporelle témoignait sans doute d’un moment d’ouverture à l’inconscient et d’une possibilité de supporter le transfert, mais ce ne sont que des hypothèses d’après-coup qui me permettent tout de même de soutenir une place d’analyste. Toujours est-il que la construction institutionnelle put très lentement démarrer, malgré mes résistances à la PI, qui ne s’estompèrent qu’avec ma rencontre avec Roger Gentis, pontonnier entre Mai 68 et la PI. Il faisait à Orléans un travail formidable référé à l’art brut, et j’appris surtout de lui la possibilité d’une construction libertaire pleine d’humour, laissant à chacun, et en particulier aux patients la plus grande initiative. C’est lui qui nous fit inviter aux rencontres de St Alban en 1986 où je rencontrais toute la bande des fondateurs, toujours aussi ardents, se disputant sans cesse comme des vieux frères d’armes : Bonnafé, Tosquelles, Chaigneau, Oury et d’autres dans la même salle témoignant de leur révolte politique intacte, et d’une intuition clinique incroyable. Dès cette rencontre enthousiasmante, je me suis inscrit dans cette transmission, qui ne signifiait aucunement l’application d’un modèle théorique, mais au contraire la volonté de frayer mon propre chemin avec les résistances locales, les miennes et celles des collègues de mon équipe. J’insiste sur ce point : il ne s’est jamais agi d’appliquer une doxa, mais de reconnaitre entre autres que le club que je croyais avoir inventé en 1980 avait déjà été inventé en 43 par Tosquelles ! Et que nombre de questions institutionnelles et cliniques que nous nous posions s’étaient déjà posées, avaient suscité de multiples controverses. J’insiste : c’était le questionnement qui reste essentiel, et non les réponses!

C’est dans cet après-coup immédiat que la Criée à Reims fut fondée avec quelques amis en 1986, sur le bord du Centre A. Artaud fraichement inauguré, avec l’aide en particulier de JC Maleval qui assura une introduction à la lecture de Lacan, et joua un rôle précieux dans cette fondation. La Criée tient depuis une première soirée sur « l’efficacité thérapeutique en questions », séminaires et conférences, colloques tous les deux ans, et se positionne sans autre programme à l’entrecroisement du politique et du désir inconscient, au plus près des pratiques de la folie. Mobilisés contre la mise en place par un médecin-chef psychanalyste de la première évaluation des pratiques avec l’introduction du DSM, nous ne sommes pas arrivés à freiner cette expansion. Alors que nombre de collègues en espéraient une valorisation de leur service auprès des autorités sanitaires, ou pensaient que ce ne serait qu’un feu de paille ! Il s’agissait en fait de l’intrusion première du néolibéralisme dans les établissements, mais bien peu en avaient conscience. Et surtout c’est la soumission et la servitude volontaire qui marqueraient  l’époque d’une dépolitisation qui n’a fait que s’amplifier depuis.

C’est dans ce contexte, et toujours à contre-courant, que nous avons construit toutes les institutions inscrites dans le dispositif du Centre Artaud basé dans une maison au centre-ville: réseau d’Appartements Thérapeutiques dans la ville, réseau d’Appartements Protégés, centre d’accueil à temps partiel, Clubs thérapeutiques et GEM, équipe travaillant avec les patients en situation de précarité... Et ces dernières années, nous accueillons les nombreux exilés des guerres des Balkans, d’Afrique et actuellement du Proche Orient. Notre polarisation autour de l’accueil du transfert psychotique nous a incités à prendre en compte la dimension cruciale du trauma, et à le penser comme une sorte de carrefour potentiel aspirant comme un trou noir le sujet vers des points de catastrophe, de déréliction, voire de psychose, comme nous en avons l’exemple actuel avec un réfugié syrien rescapé des geôles de Bachar El Assad, et s’agrippant à nous de façon désespérée, affolée et affolante. Il nous est maintenant devenu évident que notre dispositif construit au fil du temps pour accueillir  la psychose pouvait trouver son efficace pour de nombreuses situations limites. La seule limite étant celle de notre capacité psychique à accueillir transférentiellement plusieurs centaines de personnes, en misant sur l’accueil informel, quelques activités plus structurées, plusieurs dizaines de thérapies analytiques, mais aussi les transferts latéraux entre patients, et surtout la « fonction club ». En effet le club des années 80 a fait des petits et nous avons choisi d’ouvrir un espace horizontal d’échange matériel dans chacun de nos lieux de soins : le plus difficile se situant dans le service intra-hospitalier où la plupart des jeunes infirmières n’ont pas choisi de venir et n’ont qu’un faible désir de supporter une telle modalité  de relations…

Au centre Artaud, c’est une conquête mais aussi notre limite, nous avons pu faire que l’équipe se coopte autour d’un projet de travail. Rien à voir avec le blason de la PI, mais beaucoup plus avec la mise désirante de chacun.

Ce qui nous fait buter répétitivement sur des questions cruciales : entre le volontarisme initial et forcément ingénu, et la dure réalité de la perlaboration du transfert psychotique, il y a un monde que certains franchissent au moins par moments ; et que d’autres fuient au bout d’un certain temps, pouvant plus ou moins expliciter leur saturation.  Récemment une stagiaire psychologue venue passer quelques jours au centre Artaud, où nous accueillons de très nombreux stagiaires, pouvait me tenir un propos qui confirmerait cette difficulté: elle trouvait ce lieu vraiment formidable, mais ce n’était pas pour elle, car elle avait compris en y venant qu’elle ne supportait pas une telle intrusion de l’autre dans son espace psychique, et elle préférait retourner à son métier où elle s’ennuyait ferme. Je pense qu’il faut prendre très au sérieux un tel propos qui témoigne de nos difficultés actuelles : quand bien même nous pouvons transmettre tout un savoir issu de l’expérience et de nos engagements singuliers, nous nous heurtons nécessairement à cette zone de résistance.  Combien aujourd’hui supportent, voire même apprécient l’intrusion de l’autre, l’hospitalité à l’intrus, pour en faire un métier, ou une façon de vivre le métier, de l’aimer ?

Nous pourrons toujours expliquer qu’en dehors de ce registre de la rencontre, le travail devient fade et ennuyeux, pousse au désinvestissement et à l’asséchement du désir, rate totalement la dimension du soin psychique. Tout cela nous l’expérimentons chaque jour, nous pouvons aussi constater heureusement  que certains minoritaires s’y risquent avec nous, voire s’y plaisent ; mais que d’autres bien plus nombreux s’en détournent !

Cette difficulté a toujours été présente, et Freud le premier a fait l’expérience du rejet par les médecins, et par les notables de son époque. C’était l’époque de la montée du nazisme qui, pour Agamben, et pour Oury aura laissé sa marque indélébile dans notre Culture. Pour d’autres, et j’ai évoqué Dardot et Laval, nous serions beaucoup plus aux prises avec une soft barbarie (qui n’empêche pas une barbarie plus violente surgissant par moments,  comme l’indique l’argument de ces journées. Et le discours néolibéral marqué par une « psychophobie » se trouve aux antipodes du discours analytique et promeut « une nouvelle antipsychiatrie d’Etat »(Dardot).

Pour ma part je reste persuadé que cette vague obscurantiste est l’effet d’un imaginaire politique destructeur, que seul un autre imaginaire politique pourrait combattre. Freud croyait à la Kulturarbeit effectuée par chaque psychanalyse ; je crois que les catastrophes qui ont émaillé le siècle précédent et qui ne cessent de se poursuivre témoignentde l’ échec de cet espoir comme l’a montré N. Zaltzmann dans L’esprit du mal.

Tout l’effort initial de Castoriadis aura été de montrer la vanité de la « promesse bolcheviste » comme la nommait Freud, et l’absurdité d’un sens de l’Histoire qu’il s’agirait d’accompagner ou d’accomplir comme l’espérait Marx.

Cela ne signifie en aucune manière que les actes que nous posons n’aient aucun effet, et je reste persuadé que les praxis instituantes quand elles surgissent laissent une trace, creusent un sillon. La difficulté comme à chaque époque serait celle du surgissement du désir, y compris quand on ne l’attend plus. Mai 68 comme l’écrivait récemment Leslie Kaplan dans Libé témoigna de cette irruption intempestive, « dans une France qui s’ennuyait » comme le titrait quelques mois auparavant le journal Le Monde.

 Je voudrais conclure sur une note marquée non par l’espoir, mais par l’attente abductive: les clubs thérapeutiques à Artaud ont tellement imprimé leur marque que la plupart des décisions se prennent dans l’AG mensuelle. Les patients se sont aussi auto-organisés pendant le temps laissé vacant des réunions institutionnelles de l’équipe (comme ils en témoignent dans le film « Nous les Intranquilles ». Une association de patients en est issue défendant leurs points de vue sur les soins, sur les institutions et sur la politique de la psychiatrie. Humapsy tient un blog, des conférences dans des instituts de formation, des festivals de cinéma, des facs de psycho et de médecine, intervient dans des lieux alternatifs. Cela dans une indépendance de facto avec le centre de jour ; même s’il est indéniable que des liens transférentiels auront permis ce « faire œuvre » et cette création d’un lieu séparé. Quand des étudiants en médecine de Reims sont venus en stage et qu’ils ont rencontré ces patients, ça les a tellement chamboulés que ça les a poussés à créer eux aussi une association critique de l’enseignement actuel de la médecine, promouvant à leur tour des débats publics (l’autobus 975). Ils sont récemment venus me demander de démarrer pour les étudiants en médecine un enseignement alternatif à la psychiatrie officielle. Et en quelques jours une dizaine d’étudiants se sont inscrits au groupe clinique du centre de jour, où trois soignants témoignaient de leur clinique du transfert. Il est notable que les stages et la prise dans le transfert en a poussé plus d’un vers l’analyse personnelle.

L’enjeu de l’auto-organisation des clubs thérapeutiques n’est pas un « outil thérapeutique » dans le vilain sens guerrier de « l’arsenal thérapeutique » du psychiatre. Il peut être aussi le ferment d’une parole et d’une praxis subversives qui déplacent fortement les statuts statufiés.

Après tout Tosquelles, quand il a inventé le premier club à St Alban, pensait aussi à la métaphore marxiste de la taupe, celle qui creuse sous les édifices les mieux assurés, pour ressurgir quand on ne l’attend plus.  Que serait donc aujourd’hui l’utopie à reconstruire, qui se passerait  de toute terre promise, de tout paradis sur terre où couleraient le lait et le miel, comme dans la promesse biblique ? Ce nouvel imaginaire tissé d’une contre-culture, construite en ce qui nous concerne sur notre praxis institutionnelle, s’appuie en premier lieu sur nos pratiques de démocratie directe dans les clubs. Et d’une certaine manière cette construction se fait au quotidien et à contre-courant dans la pratique de quelques équipes, dans la création de clubs et de GEM, dans la fondation du TRUC (Terrain pour le rassemblement et l’utilité des clubs). Tout cela sur fond d’une résistance de plus en plus violente à la mise en acte du désir inconscient. Il s’agit d’une marche en avant au rythme que se fixe chacun, chaque collectif pour affronter le temps et l’espace. En refusant l’accélération folle du néolibéralisme, ou la marche en cadence militaire ou religieuse de la masse organisée. Sans cette utopie, ce mirage nécessaire de l’illusion comme émergence du désir inconscient, nous ne pourrions imaginer une vie désirable, et soutenir cet autre imaginaire qui nous permet ici et maintenant de construire du Commun, d’en faire l’étoffe du quotidien de nos Collectifs.

Patrick Chemla

 

 

1- Intervention au Colloque de l'AECF

Homme fou, homme vrai... "12 jours" de Depardon

Depardon est bien plus fort, et plus lui-même, quand il ne bouge pas. Quand il laisse la musique assumer le mouvement. Quand il ouvre une percée vers Ailleurs à l’intérieur du film, et des êtres humains qu’il filme. Quand l’Ailleurs est dans la parole des sujets filmés, dans une parole qui glisse progressivement, vers autre chose ou tombe comme une pluie de cailloux... 

"12 jours" de Raymond Depardon"12 jours" de Raymond Depardon

            

          Depardon est bien plus fort, et plus lui-même, quand il ne bouge pas. Quand il laisse la musique assumer le mouvement. Quand il ouvre une percée vers l’Ailleurs à l’intérieur du film, et des êtres humains qu’il filme. Quand l’Ailleurs est dans la parole des sujets filmés, dans une parole qui glisse progressivement, vers autre chose ou tombe comme une pluie de cailloux, de la bouche fatiguée, empâtée ou clouée des patients sous médicaments. Entre les plans fixes du Depardon nomade et les plans fixes du Depardon sédentaire, ce sont les derniers qui sont les plus mobiles, les plus mouvants, émouvants … Il ne touche jamais aussi bien l’Ailleurs d'une humanité banale, c’est-à-dire son cœur, que lorsqu’il s’enferme avec ses sujets filmés. Et c’est le cas, ô combien ! Dans cette petite pépite d’humanité filmée qu’est le très fort 12 jours. Documentaire passionnant sur les audiences judiciaires réglementaires des patients hospitalisés sous contrainte. La décision doit être confirmée par un juge dans les douze jours suivant l’hospitalisation et les patients peuvent ensuite faire appel.

            Le dispositif de tournage se veut, comme toujours, simple et efficace. Depardon filme de trois quart - du côté du juge, mais pas à sa place - des patients qui sont souvent placés entre un avocat plus ou moins compétent, plus ou moins concerné et un infirmier, assis en retrait ou sur le côté, patient, silencieux, solide, dont la corpulence muette incarne, en soi, la contrainte exercée par l’institution. Une alternance entre deux caméras, l’une fixée sur le visage des patients l’autre ouverte sur une diagonale dans la pièce, faisant apparaître le cadre, établissent un va et vient entre le sujet et le contexte. Une troisième caméra saisit le juge depuis l’angle de vue qui pourrait être celui de l’avocat. Depardon nous place du côté de la justice, du droit, nous rappelle à notre rôle de citoyen, garant des libertés individuelles mais aussi de la sécurité et de la santé publiques. Nous sommes à la fois juges et avocats, appréciant tour à tour, la raison, l’humanité et la légitimité des trois catégories, des trois rôles, des trois fonctions, représentées dans le film. Le fou, son défenseur et le juge.

            Avocats, nous trouvons tel juge moins humain que tel autre, moins froid ou plus « impersonnel » dans son approche de la situation du patient, toujours très réglementaire et très sobre. N’allant jamais contre l’avis des médecins. Nul suspense. A l’exception d’un cas mis en délibéré à l’après-midi, tous repartent avec la confirmation de leur hospitalisation par un juge qui ne peut apprécier par lui-même leur dangerosité pour eux-mêmes et pour les autres.

           Du côté du juge, nous voyons d’abord le patient, dont l’apparence nous dit parfois beaucoup, parfois peu, mais dont la parole nous emmène loin, dans un imaginaire souvent drôle (aux deux sens du mot), parfois inquiétant, étrange, parfois franchement comique… Farce tragique. Ionesco l’a bien mis en scène, la tragédie est une forme extrême du comique. Et vice versa. La salle rit parfois, et se reprend vite. C’est ainsi que nous apprivoisons la souffrance et que nous partageons et confrontons notre réel avec leur Ailleurs.

            Toujours humain, très, voire trop humain, l’homme fou n’a plus que son humanité à faire valoir et à faire reconnaître. La vérité que le fou nous révèle est celle-ci : un homme reste un homme. Au moment même où il n’a plus sa raison, où son humanité commune disparaît dans la négation de sa socialisation, au moment où le délire paranoïaque ou schizophrénique déracine toutes les catégories du lien au monde, la parole, le réel, l’autre, le corps, au moment où le sujet se perd dans le liquide amniotique de son imaginaire, c’est la nature humaine qui se dévoile, à l’état brut. Y compris celle de la mort psychique qui traverse parfois un regard vidé par les médicaments. Et cette nature humaine, c’est la fragilité, le désaide, l’incompréhension, le besoin de l’autre et de reconnaissance… L’humanité, c’est paradoxalement, ce système médical et psychiatrique qui, selon la bienveillance des personnes qui l’incarnent et le font vivre, va restaurer l’homme fou dans son statut de citoyen, de sujet mis en stand-by mais susceptible de recouvrer, un jour, la raison. Il est vrai qu’on la sent plus proche de revenir chez certains, dont on perçoit que l’accident psychiatrique a suivi une situation sociale ou professionnelle devenue invivable (cas de cette femme de chez Orange) que chez d’autres chez qui l’Ailleurs semble résider depuis plus longtemps. Mais la justice ne les distingue pas, tous ont un droit, le même, et cette audience où leur parole résonne, où leur demande est officiellement entendue, est surtout une étape thérapeutique, une épreuve de réalité, un moment où leur être humain vient s’inscrire dans le réel de l’administration.

            L’avocat, enfin, le troisième élément du dispositif judiciaire, ne semble pas servir à grand chose, mais il a une grande importance symbolique car il tient un discours de juriste, souvent assez froid et dépassionné, qui replace naturellement la folie de son patient dans le flux des affaires courantes. Il est le gardien de son frère, il tient son registre de droit pendant l’absence. Et même quand le patient est très délirant, très loin, prisonnier de sa farce tragique, lorsqu’il invite la juge à téléphoner à Olivier Besancenot pour avoir confirmation de la création de son parti politique soutenu par des « promoteurs », lorsqu’il demande qu’on appelle son père qu’il a tué huit ans plus tôt, la prose indifférente et administrative de l’avocat qui souligne pour la forme un léger mieux chez son patient, vient ramener l’ensemble de la scène dans un cadre juridique qui a un effet apaisant sur le patient. La liberté c’est quand tout peut se dire. Il faut cependant trouver le bon cadre.

            C’est là que se révèle l’enjeu du film et son immense intérêt. Comme le suggère la phrase de Foucault qui ouvre le film: « De l’homme à l’homme vrai le chemin passe par l’homme fou », ce que le dispositif judiciaire combiné avec le dispositif cinématographique nous montrent, c’est le passage de la vérité par le délire. Ce que nous voyons en détresse et parfois perdu à lui-même, c’est l’homme contemporain. La folie n’est pas si folle, elle est indexée sur notre réel, elle brasse en un ordre délirant les éléments « forts » de nos vies communes et actuelles. Les fantasmes, les peurs, les récits, les délires de ces hommes et femmes aliéné.e.s. re-peignent soigneusement notre monde aux couleurs de leur folie ; la kalachnikov, le lean management, la migration économique, l’univers politique, la parentalité, le viol, la violence, le travail, la manipulation …

            Reste la belle musique d’Alexandre Desplat, les couloirs vides et les brumes hivernales, les plans de coupe qui ouvrent des brèches…

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