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Ce que l'on appelle ici —et sans doute ailleurs— «supervision», je persiste à le désigner comme «analyse de contrôle» : analyse de quoi? De ce qui se passe à mon insu dans l'exercice de ma fonction professionnelle. Contrôle de quoi? De ceci que cet insu ne me conduise pas à jouir pour mon compte du mandat qui m'est confié. Que cette analyse de contrôle exige la demande volontaire de chaque praticien, qu'il convienne que la hiérarchie ne soit pas présente ou dans le même lieu, toutes les conditions que l'on voudra (y compris de désigner les rôles et fonctions par des termes tenant compte des travaux de Legendre…) La question demeure : est-ce que les travailleurs sociaux préfèrent des espaces de régulation des pratiques animés par des "psycho-sociologues", experts en détections de leaders et circulations des pouvoirs, ou s'agit-il de préserver la possibilité d'une parole qui puisse inclure la dimension du désir inconscient à l'œuvre dans ces pratiques? Comme nous le savons tous, l'intérêt des administrateurs des multinationales du travail social, va du côté de la psycho-sociologie, à l'instar de l'entreprise capitaliste.

Il va de soi que ces pratiques donnent lieux à des abus, à des imaginaires destructeurs, à des prises de pouvoir parfois aliénantes, à la constitution de gourous et de groupes de pression, à ce que Michel de Certeau appelait "l'institution de la pourriture", fond grouillant —dirait Lacan— qui préside à nos institutions. Mais, pour autant, en attendant la perfection structurale du concept, est-ce que l'on peut se mettre au travail des jours, à soumettre l'aspect lancinant pour notre intégrité de paroles qui nous sont adressées sans nous être destinées?

Car c'est de cela qu'il s'agit dans l'espace ouvert à l'analyse de contrôle, pas d'une mesure falocentrée sur les niveaux de reconnaissance et de diplômes, ou sur les niveaux d'expérience, ou sur les moyens de bien-dire différenciés du bien-vendre, ou du bien-emballer.

L'enjeu c'est : l'immense pouvoir qui m'est donné d'intervenir dans la destinée de personnes qui, comme moi, souffrent d'avoir une âme, mais qui s'en défendent moins bien que moi, est-ce que je peux l'analyser et le contrôler pour que leur destin ne dépende pas seulement de ma "toute-jouissance"?

Est-ce que vous insinuez que nous sommes les jouets de l'entreprise capitaliste ? Non, c'est une tarte à la crème même si cela est bien dit.



Ignacio Gárate Martínez a dit :

Ce que l'on appelle ici —et sans doute ailleurs— «supervision», je persiste à le désigner comme «analyse de contrôle» : analyse de quoi? De ce qui se passe à mon insu dans l'exercice de ma fonction professionnelle. Contrôle de quoi? De ceci que cet insu ne me conduise pas à jouir pour mon compte du mandat qui m'est confié. Que cette analyse de contrôle exige la demande volontaire de chaque praticien, qu'il convienne que la hiérarchie ne soit pas présente ou dans le même lieu, toutes les conditions que l'on voudra (y compris de désigner les rôles et fonctions par des termes tenant compte des travaux de Legendre…) La question demeure : est-ce que les travailleurs sociaux préfèrent des espaces de régulation des pratiques animés par des "psycho-sociologues", experts en détections de leaders et circulations des pouvoirs, ou s'agit-il de préserver la possibilité d'une parole qui puisse inclure la dimension du désir inconscient à l'œuvre dans ces pratiques? Comme nous le savons tous, l'intérêt des administrateurs des multinationales du travail social, va du côté de la psycho-sociologie, à l'instar de l'entreprise capitaliste.

Il va de soi que ces pratiques donnent lieux à des abus, à des imaginaires destructeurs, à des prises de pouvoir parfois aliénantes, à la constitution de gourous et de groupes de pression, à ce que Michel de Certeau appelait "l'institution de la pourriture", fond grouillant —dirait Lacan— qui préside à nos institutions. Mais, pour autant, en attendant la perfection structurale du concept, est-ce que l'on peut se mettre au travail des jours, à soumettre l'aspect lancinant pour notre intégrité de paroles qui nous sont adressées sans nous être destinées?

Car c'est de cela qu'il s'agit dans l'espace ouvert à l'analyse de contrôle, pas d'une mesure falocentrée sur les niveaux de reconnaissance et de diplômes, ou sur les niveaux d'expérience, ou sur les moyens de bien-dire différenciés du bien-vendre, ou du bien-emballer.

L'enjeu c'est : l'immense pouvoir qui m'est donné d'intervenir dans la destinée de personnes qui, comme moi, souffrent d'avoir une âme, mais qui s'en défendent moins bien que moi, est-ce que je peux l'analyser et le contrôler pour que leur destin ne dépende pas seulement de ma "toute-jouissance"?

Je n'insinue pas du tout que les travailleurs sociaux font le jeu de l'entreprise capitaliste (ce qui est une évidence dans une "rééducation" vers une société capitaliste!)  : je dis que le mandat est donné par des conseils d'administration qui, pour beaucoup, centralisent de nombreuses structures (adapei, oreag, rénovation, sauvegarde…) et qui, par ce biais, font des économies d'échelle, dictent des formations professionnelles obligatoires dans le cadre de la loi de 71, diminuent le temps fir et obligent à réaliser des actions éducatives dessinées suivant les consignes de municipalités ou autres pouvoirs politiques… C'est-à-dire que la dissolution du "projet institutionnel" est aujourd'hui gérée par des structures suivant uniquement "l'économie des besoins", très loin de "l'économie du désir".



Christine a dit :

Est-ce que vous insinuez que nous sommes les jouets de l'entreprise capitaliste ? Non, c'est une tarte à la crème même si cela est bien dit.

Je n'insinue pas du tout que les travailleurs sociaux font le jeu de l'entreprise capitaliste (ce qui est une évidence dans une "rééducation" vers une société capitaliste!)  : je dis que le mandat est donné par des conseils d'administration qui, pour beaucoup, centralisent de nombreuses structures (adapei, oreag, rénovation, sauvegarde…) et qui, par ce biais, font des économies d'échelle, dictent des formations professionnelles obligatoires dans le cadre de la loi de 71, diminuent le temps fir et obligent à réaliser des actions éducatives dessinées suivant les consignes de municipalités ou autres pouvoirs politiques… C'est-à-dire que la dissolution du "projet institutionnel" est aujourd'hui gérée par des structures suivant uniquement "l'économie des besoins", très loin de "l'économie du désir".



Ignacio Gárate Martínez a dit :



Christine a dit :

Est-ce que vous insinuez que nous sommes les jouets de l'entreprise capitaliste ? Non, c'est une tarte à la crème même si cela est bien dit.

Je n'insinue pas du tout que les travailleurs sociaux font le jeu de l'entreprise capitaliste (ce qui est une évidence dans une "rééducation" vers une société capitaliste!)  : je dis que le mandat est donné par des conseils d'administration qui, pour beaucoup, centralisent de nombreuses structures (adapei, oreag, rénovation, sauvegarde…) et qui, par ce biais, font des économies d'échelle, dictent des formations professionnelles obligatoires dans le cadre de la loi de 71, diminuent le temps fir et obligent à réaliser des actions éducatives dessinées suivant les consignes de municipalités ou autres pouvoirs politiques… C'est-à-dire que la dissolution du "projet institutionnel" est aujourd'hui gérée par des structures suivant uniquement "l'économie des besoins", très loin de "l'économie du désir".

Oui. Et ? Que peut-on faire pour transformer cela ? Pour que nos âmes souffrent moins ?

Cela est-il possible ou s'agit-il à nouveau d'une illusion ? Faut-il quitter l'institution pour souffrir moins ? J'ai le sentiment que là encore nous prenons le risque d'aller chercher la solution à l'extérieur.

Moi je crois qu'il y a toujours des moyens :

Tout d'abord faire la différence entre la demande institutionnelle et le contrat privé avec l'usager; il existe le moyen que le contrat "transférentiel" aille au delà de la demande institutionnelle sans pour autant transgresser le mandat.

Ensuite, je crois qu'il convient de se rendre compte que l'idéologie individuelle, se soumet dans les faits à l'idéologie collective. Par exemple la politique de la santé ou du travail social est définie par d'autres que par les travailleurs sociaux. On peut intervenir à des places différentes pour participer à la définition ou à l'inflexion de cette politique :

au titre d'élu

au titre d'écrivain

au titre de praticien

Chacune de ces places permet d'intervenir sans doute partiellement, mais d'intervenir quand même

J'ai envoyé une annonce pour la 2ème édition de mon bouquin sur "La supervision d'équipes en travail social" qui vient de sortir; mais l'ordinateur qui fait des corrections automatiques à écrit "La suppression d'équipes....". Je n'ai pas relu. C'est parti comme ça. Si les ordinateurs s'y mettent ça parle. 

Ignacio, tu poses bien la nécessité de ce "décalaminage" de la jouissance des professionnels. Je partage. "Analyse de contrôle" ne me va guère, ça fait un peu confusion avec le contrôle en tant qu'analyste. "Supervision" n'est pas terrible non plus, mais c'est le mot qui s'est imposé historiquement après guerre dans le secteur social, autant chez les AS que chez les éducs. 

Sur le détricotage du contexte social, il suffit de voir le sort qui a été fait aux formations, autant initiales que continues. Pour ma part il est clair que responsable d'un centre formation continue, où les professionnels viennent, comme souvent ils le disent, "se ressourcer", où la colonne vertébrale de la formation est constituée par l'instance clinique, dispositif que j'utilise aussi en supervision, il est clair dis-je, que les textes applicables au 1er janvier 2015 (diminution des prélèvements sur la masse salariale, agrément uniquement des formations certifiantes, qualifiantes diplômantes...) ne nous laisse qu'une  issue: mettre la clé sous la porte. Nous nous ne pouvons  plus, devant les refus des OPCA (principalement UNIFAF) d'agréer nos formations, faire face à nos dépenses (locaux, salaire, etc). Plusieurs petits centres de formation comme le notre sont en train de fermer. Nous continuerons à bagarrer, mais la seule porte de sortie qu'il nous reste, comme le Ministre Rebsamen me l'a répondu c'est la formation en intra. Formation en intra la plupart du temps signifie : adaptation à la tâche. Véritable régression pour les salariés. Je cite ce domaine parce que j'y suis plongé; mais les conditions de travail dans les établissements sont du même tonneau: industrialisation des pratiques, lobbyisation des établissements dans de grosses associations, systèmes de contrôles féroces, (dits "évaluation") , retour à des méthodes éducatives régressives (contention, dressage ...) Bref, le contexte n'est pas joyeux. Pourtant il s'agit de ne pas lâcher. Je reviens dans ce contexte au travail de suppression (ça recommence ce putain d'ordi!)... supervision, comme espace de résistance. Un directeur récemment: "Je ne sais pas ce que vous leur faites en supervision, mais les éducateurs la ramènent en réunion" Ceci sur un ton disant que ça le dérangeait.  Moi: "Je crois que j'ai fait mon boulot". ça a aussi cet effet, la supervision,   de libérer la parole et le désir, comme l'évoquait gêné ce directeur, de la ramener. On les préfère muets et exécutants les professionnels!  

Ne pas lâcher ?  Et puis quoi encore, vous plaisantez surement en disant cela. En ce qui me concerne, vous pouvez-être sur que j'ai lâché depuis longtemps. Il y a bien des façons de continuer à accompagner les personnes. Les directeurs n'ont qu'à bien se tenir.  Les salariés peuvent la ramener il y a de quoi dire effectivement. A vos plumes M'sieurs d'âmes !

"espace de supervision comme espace de résistance. .."
On ne peut mieux dire. Conrad Stein l'avait noté il y a déjà bien longtemps pour les analystes... Et de cette authentique résistance à la psychanalyse (ou plus communément au travail d'élaboration de la pratique : travail engageant une capacité à penser le cadre et la demande institutionnels, autrement dit travail impliquant de faire prévaloir dans son propre exercice de la fonction - j'en ai témoigné - un écart et des limites qui vont très souvent a contrario du positivisme alentour et de "la hiérarchie de subordination", qui toujours elle aussi, manageriale, est très légaliste - merci Vichy !), et bien d'aucuns, qui s'emploient ici comme ailleurs à circonscrire le pas de Legendre, et ma petite contribution de praticien, ont fait petite fortune.

Oser ainsi parler d'extériorité (dès lors rabattue sur la seule réalité objective) quand on se prétend "superviseur"ou "psychanalyste" est une imposture (l'interprète se "sait"toujours par principe dedans/dehors : c'est la base interne de son effort), et l'expression d'une outrecuidance et d'une superbe sans fonds à l'endroit des interprètes (psy et autres) qui élaborent leur pratique et la dialectique identité /altérité (dedans/dehors) dans les scènes institutionnelles.
Il me plaît de le rabâcher.

Bref il s'agirait de continuer à patauger dans l'entre-soi. J'ai pu constater ce que ça donnait dans pas mal d'institutions. La position d'extériorité du superviseur comme du psychanalyste  est une nécessité logique. C'est la condition pour marquer la division à la fois au sein du collectif et à la fois  au sein du subjectif, si je puis dire. Bref la condition pour sortir de l'entre-soi. Je comprend bien que les effets de résistance portent sur ce mode de résistance. L'une est imaginaire: qu'est-ce que vient faire là cette étranger? et précipite ses coordonnées de haine et de rejet; l'autre la résistance dont je prends appui c'est comme pour les ampoules électriques, il faut une résistance pour produire de la lumière et même un peu de chaleur. Cette résistance se mesure avec la loi d'ohm. Loi d'homme? 

Bien sûr. mais c'est le serpent qui se mord la queue. S'ils peuvent le faire ainsi c'est que la loi que les hommes ont faite fait les hommes qui la font. Mais ils peuvent aussi la défaire. Etc  

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