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Réponses à cette discussion

Il est le nom de la représentation que chacun se fait de la manière d'entreprendre le métier... On est en plein dans le sujet, non?

Joseph Rouzel a dit :

Je rappelle que le sujet de la discussion est: de quoi "autisme" est-il le nom? 

Ce qui n'a l'air de préoccuper personne.... chacun dans son univers.....

Faudrait-il s'en préoccuper Pia ?

Pia Perrot a dit :

Ce qui n'a l'air de préoccuper personne.... chacun dans son univers.....

Et oui l'autiste c'est aussi moi.

Victor et Itard : un loupé

Le médecin Itard, s'appuie sur le philosophe Condillac qui parle de « sensualisme absolu ». Les idées, l'action, la réflexion, le langage proviennent de la combinaison des sensations primaires et extérieures: mythe de l'enfant comme cire vierge ou de la statue animée de l'extérieur. Le langage est un moyen de lier les idées issues des sensations. On en déduit une théorie psychologique scientifique: «  Rien n'est dans l'intellect qui n'ait été auparavant dans les sens. » Thèse proche de l'empirisme de Locke. François Truffault dans L'enfant sauvage met en scène l'opposition Pinel/Itard. Pinel estime que l'idiot (on dirait aujourd'hui: autiste) est incurable, sauf s'il se produit une crise salutaire, lors d'un choc. L'idiotisme peut être inné par dégénérescence ou acquis. De l'observation de Victor il retient qu'il a un regard vide, sauf s'il fixe une aliment ou une porte pour s'enfuir; il n'est pas sourd puisqu'il réagit à toute nourriture (odeur ou bruit, comme celle d'une noix cassée derrière son dos); le placement à l'institut des sourds muets dirigé par Sicard est donc une erreur. Il ne parle pas, il grogne. Sa démarche est particulière: il se balance, trotte ou galope. Il n'a pas acquis la préhension, ne fait aucun lien entre le contact de l'objet et sa vision, confond le plan et le relief: il essaie d'attraper les objets peints. Malgré ses quelques acquisitions, Pinel juge qu'il doit être assimilé aux enfants ou adultes réduits à l'état de démence ou d'idiotisme et en conséquence accueilli à Bicêtre, à vie.

Jean-Marc Gaspard Itard, médecin ami de Sicard,  pour sa part estime que Victor est « capable d'éducation ».  C'est un des premiers médecins de l'otorhinolaryngologie (ORL), c'est le père de l'orthophonie, pionnier de la rééducation orale des malentendants. Itard nourrit un grand rêve métaphysique et  de gloire. On est au lendemain de la Révolution. Il s'agit de « résoudre le problème de la métaphysique: déterminer quel serait le degré d'intelligence et la nature des idées d'un adolescent qui, privé dès son enfance de toute éducation, aurait vécu entièrement séparé des individus de son espèce. » Ses observations sont donc guidées par ce présupposé théorique. En fait Victor n'est que l'instrument de cette recherche, un cobaye. Itard, comme disciple de Condillac et du sensualisme, veut prouver et démontrer que l'intelligence provient des sens et qu'une éducation sensorielle peut remédier à son dysfonctionnement. Itard s'oppose à Pinel en décrétant Victor capable d'éducation qu'il définit comme « traitement moral ». Au-delà, c'est une véritable «  entreprise de civilisation »  qu'il lance. Il écrit au Ministre de la santé de l'époque pour qu'il lui accorde une subvention afin que Victor puisse bénéficier d'une « éducation spéciale » (origine du métier d’éducateur spécialisé !).  Mais devant l'échec de l'éducation de Victor, par des méthodes que l'on dirait aujourd'hui de rééducation comportementale, Itard le laisse tomber et entre à l'Académie des Sciences. Quant à  Victor il finira ses jours chez Pinel, à Bicêtre. 

(Extrait de mon bouquin La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif)


Lettre ouverte contre la résolution Fasquelle

Par Aurore Cahon

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Monsieur le député, je suis la maman d’un petit garçon de 6 ans et demi atteint d’ « autisme sévère, hyperactivité avec intolérance à la frustration ».

Il a été diagnostiqué en avril 2013 par une pédopsychiatre d’un CMP qui a immédiatement coordonné sa prise en charge pour qu’elle soit le plus rapide possible, aussi bien d’un point de vue administratif que de ses soins. Avec cette personne, nous parlions aussi bien d’affinités, d’invention, de psychanalyse que de PECS, TEACH, et d’ABA.
C’est en étant au plus près de notre enfant que nous avons lu, écouté, tout ce qui touchait de près ou de loin l’autisme. Nous nous sommes formés aussi à vos fameuses recommandations.
Mais chacune des solutions, nous ne les avons trouvées ni dans des livres ni dans des formations aux prix exorbitants. Et encore moins en utilisant une seule méthode de manière unilatérale. Nous avons pioché un peu partout mais toujours en les adaptant à notre fils.
Nous les avons surtout trouvées avec lui, et c’est de cela que s’enseigne la psychanalyse que vous maudissez tant. Parier sur le sujet, partir de ses préférences, jouer avec lui, de l’écoute et tisser un lien que l’on veut indéfectible entre l’enfant autiste et nous.
Nous les parents, les professionnels de santé, de l’école, du comportementalisme, de la psychanalyse.
Parce que oui Monsieur, l’on peut faire tout cela sans clivage, dans une bienveillance commune et même en se respectant les uns les autres. J’y assiste heureuse, toutes les semaines.
Mr Fasquelle, je me permets de vous citer : « Considérant que la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la France en février 2015 pour « manque d’accompagnement adapté des personnes autistes » au regard de la Convention européenne de sauvegarde des droits l’Homme et des libertés fondamentales »
Au lieu de débusquer les psyKK comme aiment les appeler vos lobbys, mettez donc en place ce que vous avancez :

  • Mon fils s’est retrouvé sur le trottoir après 10 heures de classe malgré ma présence en classe avec lui, à défaut d’AVS, parce que la MDPH met 6 à 9 mois pour traiter une demande, et cette exclusion s’est faite sous la bénédiction de l’inspection de circonscription, de la direction des affaires scolaires de la ville. J’ai passé 3 mois dans les bureaux à vociférer ma peine de l’exclusion de mon fils dès sa première rentrée, n’est ce pas de la maltraitance ? où sont les droits de l’enfant ?
  • L’hôpital de jour pluridisciplinaire associant toutes les méthodes disponibles dans une orientation des recommandations de l’HAS de façon ultra personnalisé n’a plus d’orthophoniste depuis 2 ans nous obligeant à courir en libéral pour les soins indispensables pour notre fils. Il rate ainsi une demi journée d’école dont il aurait pu profiter si les orthophonistes était mieux payés en intra-hospitalier (ils ne gagnent environ que 1300 euro !) Où sont les moyens dédiés aux établissements en accord avec l’HAS ?
  • Il n’y a plus de psychomotricienne non plus, congés maternité non remplacé... n’est ce pas de la maltraitance pour les enfants ?
  • Les personnels sont extrêmement motivés mais jamais remplacés si malades, obligés de changer de service même en cours d’année s’ils ont atteint les fameux 5 ans maximum au même endroit. Ils sont obligés de lâcher les enfants par obligation, la mort dans l’âme en pleine année scolaire. Nos autistes, Monsieur Fasquelle, sont pourvus de sentiments. Ils s’attachent à ceux qui les acceptent pour ce qu’ils sont, des enfants, que croyez-vous que ça leur fait quand un soignant quitte le navire ? n’est ce pas de la maltraitance ? Et les soignants ?
  • Je suis perpétuellement en train de me battre pour trouver une école, pour avoir une AVS, mon ordinateur est usé des lettres tapées sans relâche... les parents d’enfants différents sont usés Monsieur le Député, usés par un système qui ne voit pas où sont nos problèmes du quotidien, et pour ce qui me concerne, usée de cette querelle de bas étage concernant le choix des méthodes.

Est-ce que ce sont les psychanalystes qui empêchent la scolarisation de mon fils ? Je ne crois pas. Est-ce que ce sont les psychanalystes qui ne m’octroient pas une AVS en temps en heure, je ne crois pas.
Est-ce que ce sont les psychanalystes qui affirment qu’ils détiennent LA méthode miracle pour l’autisme et en veulent l’exclusivité ? Non plus.
Est-ce qu’ils passent leur temps à saccager les propos des comportementalistes ? À entretenir cette guerre ? Non plus.
La psychanalyse est maudite aujourd’hui à cause de phrases dites il y a 50 ans, par un psychanalyste qui avait au moins le mérite de travailler sur l’autisme même si évidement je suis contre son idée des « mères frigidaires ». L’ABA dans les années 70, Mr le député, utilisait les punitions corporelles, mais cela, personne n’en parle. Si tous consentent à dire que l’ABA a évolué, pourquoi n’en fait-on pas de même avec la psychanalyse ? Car l’image que vous nous servez à longueur d’année sur les psychanalystes est désuète et à l’opposé de ceux que je connais !
Mais il est bien plus facile de leur mettre tout sur le dos. Il faut un responsable et détourner l’opinion publique des vrais problèmes : le manque cruel de moyens, de places, les conditions de travail des soignants en milieu psychiatrique, le manque criant de spécialiste en intra hospitalier,  la course des mères sur les parkings et dans les salles d’attente. Mr Fasquelle entre mon travail qui est tout près et les aller retour des soins de mon fils je faisais 1000KM par mois l’année dernière ! Dois-je envoyer la facture aux psychanalystes ?

Maintenant je vais vous dire, le plus que ras le bol de tout cela comme beaucoup d’entre nous.
Mon fils va à l’école ordinaire, je me bas chaque année pour ça. Il va chez l’orthophoniste en libérale, il va à l’hôpital de jour où ils utilisent essentiellement des méthodes cognitivo comportementale et ho ! Disgrâce ! Il est suivi également par des psychanalystes à coté car c’est notre choix Mr Fasquelle. Dites moi pourquoi les parents d’enfants autistes ne peuvent pas élever leurs enfants comme ils le souhaitent ? De quel droit ? Vous parlez de « liberté fondamentale », où sont les nôtres ?
Alors c’est fort, personne n’en veut, pas de place nulle part et on vient encore nous dire comment on doit les élever !
C’est vous qui êtes maltraitants avec nous et nos enfants. Vous tous qui tirez les ficelles et croyez mieux savoir que nous ce qui est bon pour nos enfants, c’est insultant vis-à-vis de l’amour et de l’énergie qu’on y déploie...insultant vis-à-vis des professionnels qui nous soutiennent.
Par ailleurs ce clivage dresse les soignants les uns contre les autres alors que tous pourraient s’enrichir de leur savoir. Il va jusqu’à dresser les parents entre eux ! Alors que nous avons tous les mêmes difficultés, c’est invraisemblable !

Mr le député, mon fils aujourd’hui est comme sur une table, chaque pieds représentant un maillon de la chaîne : nous sa famille, l’école publique, les apprentissages spécifiques, (l’hôpital de jour, les méthodes cognitivo comportementale l’orthophoniste), et enfin la psychanalyse.
Mon fils est pleinement épanoui et en progrès constants. Si on retire un de ces pieds Monsieur le député,  mon fils tombe.
Est ce vous qui allez le faire tomber ?

Mme Cahon,  Maman.

cher-e-s collègues, cher-e-s ami-e-s, 

              Face aux débats qui agitent le monde psy contre l'interdiction de la psychanalyse dans le cadre de la prise en charge de l'autisme, l'Ecole de la Cause Freudienne propose de lancer un Blog de l'autisme très prochainement. 

       Toute contribution est la bienvenue. La résistance se joue aussi par la production écrite. Les textes peuvent être courts. 

 

      Pour la région Nord Pas de Calais Picardie Artois, j'ai accepté d'être correspondante avec Patricia Wartelle (Présidente de l'ACF CAPA). Dans cette fonction, nous nous chargeons de relire les textes, d'apporter des idées, des réflexions supplémentaires aux textes avant l'envoi final à l'équipe du Blog. Vous pouvez dès maintenant envoyer vos propositions aux adresses mails suivants: patricia.wartelle80@free.framandine.mazurenko@gmail.com 

     Il est possible d'enrichir le Blog de plusieurs façons, sous plusieurs rubriques. Je les joins ci-dessous: 

 

RUBRIQUE “ buzz “ : prises de position et actions en cours,

RUBRIQUE “ ça bouge “ : les nouvelles initiatives dans l’accueil et l’accompagnement des sujets autistes,

RUBRIQUE “sur le terrain" : les difficultés rencontrées dans votre intervention auprès des sujets autistes,

Rubrique “c’est maintenant “: pour annoncer une réunion, une projection, un évènement, ou en donner un court compte-rendu,

RUBRIQUE “découvertes” : un ouvrage, un article, un film, un documentaire.

pour rédiger les articles :

5000 signes maximum, aucune mise en forme, 5 appels de notes maximum, en .doc. faites relire votre texte avant de l’envoyer.

 

N'hésitez pas à informer tout le réseau des possibles contributions reçues ou en cours. 

 

Un groupe de discussion interne au Blog va être lancé prochainement pour pouvoir échanger, partager des réflexions ensemble. 

N'hésitez pas à me contacter. 
 
Bien à vous, 
Amandine Mazurenko

C’est très grave !!! Proposition de résolution N°4134 « invitant le Gouvernement à promouvoir une prise en charge de l’autisme basée sur les recommandations de la Haute Autorité de santé » www.assemblee-nationale.fr/14/

Cette proposition supportée par 93 députés, est très largement contestée dans le pays. Six mille, depuis lundi matin 10h c’est le nombre de signataires de la pétition. Prise en charge de l’autisme : OUI au libre choix de la méthode de soin, NOM à l’interdiction de la psychanalyse.
Un blog fonctionne et va être enrichi, très bientôt : www.cause-autisme.fr . On y signe la pétition. 
Un compte Twitter @lacauseautisme a été mis en place ainsi qu’une page Facebook 

La proposition du député LR Daniel Fasquelle avait provoqué des remous dans le milieu de la pédopsychiatrie.

    

Autisme : la recommandation d'interdire la psychanalyse repoussée par les députés

Un refus clair. La proposition du député Les Républicains Daniel Fasquelle, appuyée 

par plus de 90 députés de son groupe, visant à interdire toute prise en charge psychothérapeutique dans l’autisme a été repoussée en fin de matinée à l’Assemblée.

Cette proposition avait suscité de très violents remous depuis quelques jours dans tout le milieu de la pédopsychiatrie qui dénonçait «une science d’Etat», avec l’immixtion des pouvoirs publics dans le choix des thérapeutiques. Le député Daniel Fasquelle prenait appui sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) pour argumenter sa proposition. Or, la HAS ne demandait pas l’interdiction des pratiques analytiques, mais elle constatait que le niveau de preuves n’était pas suffisant et de ce fait ne les recommandait pas.  

 

Lors du débat à l’Assemblée nationale, Daniel Fasquelle a cité des chiffres qui montraient l’efficacité des pratiques comportementales dans la prise en charge de l’autisme. La secrétaire d’Etat chargée des Personnnes handicapées, Ségolène Neuville, a pointé le danger de dérive si les pouvoirs publics commençaient à s’immiscer dans les choix thérapeutiques, tout en mettant en avant son engagement pour la mise en œuvre des recommandations de la HAS. Et elle s’est donc opposée à la proposition ; elle a été largement suivie.

 

Eric Favereau

Journal Libération  

Questions de bonnes pratiques

Bruno De Halleux, directeur thérapeutique de l’Antenne 110 (Bruxelles), nous adresse un document-ressource qui déploie un savoir-faire rare avec les recommandations de bonne pratique.
L’Antenne 110 est un Centre de rééducation psychosociale conventionné par l’INAMI, équivalent de la Sécurité Sociale en Belgique.
Nous reproduisons ici l’introduction générale.
L’ensemble du document est accessible en ligne ici : www.antenne110.be/qdbp

Ces dernières années, deux rapports de « bonnes pratiques » ont été publiés par différents groupes d’expertise en Belgique (CSS [1], KCE [2]). Malgré des différences importantes entre les deux rapports, ils ont en commun de ne pas distinguer la spécificité de chaque approche psychodynamique et de considérer que ces approches, dans leur ensemble, diffèrent radicalement des autres (plus particulièrement des approches comportementales et développementales). Dès lors, la visée du présent document sera d’une part de préciser la spécificité de l’approche psychodynamique de l’Antenne 110 et, d’autre part, de comparer la pratique qui en découle avec les autres prises en charge psychosociales de l’enfant avec trouble du spectre de l’autisme (TSA). Notre groupe de travail axé sur les prises en charge contemporaines de l’enfant avec TSA a étudié les différentes pratiques d’intervention globale et les techniques qui font l’objet de nombreux ouvrages et publications scientifiques, que ce soit en Belgique ou ailleurs (Europe, Québec, USA). Toutes les techniques identifiées comme Evidence Based ont été soigneusement passées en revue et nous avons précisé le niveau de convergence ou de divergence de notre pratique clinique par rapport à chacune d’elles.

En ce qui concerne la spécificité de notre approche clinique, en 2006 déjà, en réponse à une demande de l’INAMI, nous avions rédigé un article intitulé « Un programme ? Pas sans le sujet » [3], article qui reprenait en termes simples les différents principes de base qui fondent et soutiennent très concrètement notre pratique.

Nous avons voulu reformuler de façon plus précise, plus détaillée, plus actuelle aussi, ce qui fait le cœur de notre approche et la pratique qui en découle. À l’Antenne 110, l’orientation de travail est la psychanalyse. Mais cette affirmation ouvre la voie à toutes sortes d’idées. Il est donc nécessaire de préciser en quoi la référence centrale à la psychanalyse oriente notre travail clinique. A l’Antenne, des cures analytiques sont-elles proposées aux enfants autistes ? Non ! Les intervenants recourent-ils à l’interprétation de leurs comportements ? Non ! Les parents sont-ils considérés comme responsables de l’autisme de leur enfant (théorie psychogénétique) ? Non ! Si nous relevons du champ psychanalytique, c’est au sens où son éthique constitue le socle de nos stratégies thérapeutiques, rééducatives et pédagogiques. Cette éthique repose sur la notion que l’enfant autiste est un « sujet », ce qui implique un respect absolu de sa singularité et donc une approche individuelle, au cas par cas. Contrairement à d’autres prises en charge qui s’appuient sur une méthode préalable valable pour tous, notre approche est basée sur un partenariat entre l’enfant et l’adulte prenant en compte les préférences, les choix, les inventions et les solutions trouvées par l’enfant lui-même.
Comme l’a indiqué le rapport du KCE,  aucun type de prise en charge psychosociale n’a actuellement pu démontrer son efficacité avec des critères scientifiques satisfaisants. Par conséquent, il nous semble important de contribuer à faire connaître l’éventail des possibles en matière de prise en charge des enfants autistes. Nous espérons qu’à travers ce document, des parents, des professionnels ou des décideurs politiques pourront trouver matière à s’y retrouver dans le labyrinthe des prises en charge du TSA, qu’il s’agisse d’être informé ou de poser un choix.

Document rédigé par les membres du groupe de travail de l’Antenne 110 sur les  prises en charge contemporaines de l’enfant avec TSA : B. Boudard, C. Detienne, C. Loones, G. Possoz.

[1] Conseil Supérieur de la Santé (CSS). (2013). Avis du conseil supérieur de la santé n° 8747 : Qualité de vie des jeunes enfants autistes et de leur famille.
[2] Belgian Health Care Knowledge Centre (KCE). (2014). Management of autism in children and young people: A good clinical practice guideline.
[3] Cet article est consultable dans la revue Préliminaire n°16 (« D’une rééducation et ses préliminaires », 2006) et dans un livre publié sous la direction de B. de Halleux (« Quelque chose à dire à l’enfant autiste : Pratique à plusieurs à l’Antenne 110 », 2010).

Le groupe de travail de l’Antenne 110* sur les prises en charge contemporaines de l’enfant avec trouble du spectre de l’autisme (TSA) publie :

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Ce document interactif est accessible à l’adresse suivante: www.antenne110.be/qdbp  (version PDF également disponible).

L’autisme à l’Assemblée nationale

par Pierre-Gilles Guéguen


Le 8 décembre à Paris avait lieu une séance publique de l’Assemblée nationale concernant la prise en charge de l’autisme. Elle faisait suite à la déposition d’une proposition de résolution par le député Daniel Fasquelle, appartenant à la formation LR (Les républicains, formation parlementaire de droite), connu comme militant pour le traitement comportementaliste des troubles du spectre autistique. En France une résolution n’est pas une proposition de loi, mais si elle est votée par l’Assemblée, elle vaut comme un avis de ladite Assemblée et peut donc par la suite donner éventuellement lieu à une proposition de loi (1).

Or il se trouve que cette résolution, proposée au vote ne demandait pas moins au Gouvernement français que « de condamner et d’interdire les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes » pour la prise en charge de l’autisme au motif qu’elles ne sont « pas recommandées par la HAS ». Douze députés ont pris part à la discussion générale dans un hémicycle clairsemé en présence de Madame Ségolène Neuville, médecin et secrétaire d'État

chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion, dans le gouvernement actuel. La résolution n’a pas été adoptée. Ce qui est heureux pour la psychanalyse sans cesse harcelée par des partisans de la prise en charge de l’autisme selon des méthodes importées d’outre-atlantique et dont les « résultats » pourtant ardemment vantés, ne sont pas plus probants que ceux d’une autre méthode – mais là n’est pas notre propos car nos point de vues sont régulièrement rapportés dans Lacan Quotidien (2).

Il se trouve que cinq des douze députés, qui ont participé à ce « débat général » sous forme d’une contribution lue à la tribune et qui ont emporté le vote contre la proposition de résolution, ont soutenu des positions fortes et argumentées qui méritent d’être portées à la connaissance de l’opinion éclairée à qui s’adresse Lacan Quotidien.

Le député François Asensi (gauche démocrate et républicaine), interpellant M. Fasquelle qui avait d’abord lu devant ses collègues présents un texte à l’appui de sa résolution « demandant aux professionnels « d’accepter de se remettre en cause, d’abandonner les traitements ineffcaces et même dangereux et maltraitants, pour s’ouvrir aux méthodes dont [il a] pu mesurer personnellement l’effcacité », est allé droit au but : « Sous couvert d’apporter une vérité scientifique, a-t-il déclaré, ce texte a pour principal objectif d’interdire à terme l’approche psychanalytique dans le suivi des enfants atteints d’autisme au profit des théories comportementales. Les députés du front de gauche y sont fermement opposés ». Et il poursuivait : « La proposition de résolution qui nous est soumise est selon moi dangereuse ; ce texte procède clairement à un détournement des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) [...] tout d’abord en voulant transformer de simples recommandations en injonctions d’une force juridique contraignante, ensuite en affirmant que les méthodes recommandées sont validées scientifiquement alors qu’il n’existe aujourd’hui aucun consensus entre les experts médicaux, enfin en prétendant que la psychanalyse se trouverait sur la liste des méthodes non recommandées. Il s’agit là d’une contre vérité puisque la HAS a toujours pris soin de classer la psychanalyse parmi les méthodes non consensuelles et non parmi les méthodes non recommandées. »

« Cette résolution s’inscrit dans la controverse liée à la psychanalyse alors que ses apports ne sont plus à démontrer. » « Comment prétendre imposer une vérité scientifique alors que les experts médicaux sont eux-mêmes divisés [...]. Il n’appartient pas aux pouvoirs publics de juger de la pertinence des choix cliniques. Cette proposition de résolution remet ainsi en cause la liberté de prescription des médecins. »

Sur ce point au moins il était suivi par le député Gilles Lurton du groupe LR qui affrmait également : «Il n’est pas question de remettre en cause la liberté des médecins ou de la pédopsychiatrie et de la psychanalyse. Je crois que le pédopsychiatre et le psychanalyste sont appelés à l’avant-poste de la prévention pour trouver des solutions aux difficultés auxquelles certains de nos concitoyens ont affaire ».

Quant au député socialiste, écologiste et républicain Gérard Sebaoun, il entamait une critique de fond : « La lecture de votre proposition m’a fait l’effet d’une posture monolithique [...]. La charte des médecins libéraux leur impose la liberté de prescription, votre résolution n’en a cure. Si je ne vous imagine pas en partisan d’une science officielle dont on a connu en d’autres temps les ravages dans des régimes totalitaires, j’avoue que je ne comprends pas l’essence de cette résolution ».

« Vous exhibez des chiffres très contestables : 44% des personnes autistes seraient victimes de maltraitance, de mauvais traitements ou de carence en matière de soins, cette affrmation repose sur une enquête, effectuée par mail et portant sur 538 familles répondeuses elle n’a rien de scientifque sur le plan méthodologique, la question induisant tout ou partie de la réponse. Pire : malgré ce biais vous n’hésitez pas dans votre exposé des motifs à extrapoler en affrmant que 250 000 personnes en France seraient victimes de maltraitance. Je vous le dis sans précautions oratoires : j’y vois une manipulation dangereuse.... ».

Et il concluait par les propos suivants : « Vous finissez en amalgamant psychanalyse et maltraitance et vous n’hésitez pas à appeler la condamnation pénale des professionnels mal pensants ou dans votre esprit, déviants [...]. J’appelle tous mes collègues à la rejeter. »

Denys Robiliard, lui aussi du groupe socialiste, écologiste et républicain, se montrait encore plus précis dans sa critique : « Votre proposition M. Fasquelle pose le problème de la déontologie du législateur » « Le respect dû aux personnes autistes suppose d’abord l’exactitude or il n’y a pas d’exactitude dans ce que vous rapportez dans les considérant de votre proposition de résolution, d’abord sur les chiffres : entre le 1 pour cent (du pourcentage de la population souffrant d’autisme) que vous indiquez et le deux pour mille que l’on trouve en 2010 annoncé par la HAS, il y a quand même une très grande différence qui mériterait d’être expliquée. Il n’y a pas non plus d’exactitude s’agissant de l’effcacité des méthodes ABA pour reprendre la plus connue et la plus répandue. Non pas que je conteste dans son

principe cette méthode, du moins à ce stade, simplement on ne peut pas lui faire la publicité que vous lui faites. Je pense à l’étude Shea qui date de 2004, et que vous connaissez, à l’étude Cruweiler qui date de 2012 et que vous connaissez et à l’étude spécifque sur les 28 centres expérimentaux, mis en place en 2010, qui malheureusement ne donnent pas les résultats que vous dites... Il s’agit de l’étude Cekoïa qui a été exécutée à la demande de la CNSA (3) en 2015 et qui mériterait d’être citée (4). »

« Vous écrivez dans votre projet de résolution que la France aurait été condamnée en 2015 par la Cour européenne, je vous avoue n’avoir trouvé aucun arrêt qui ait condamné la France en raison de pratiques en matière d’autisme ».

Le député reprend alors les critiques déjà formulées par ses collègues selon lesquelles le texte de D. Fasquelle détourne le sens même des recommandations de la HAS. Puis il en vient à l‘allégation de scientificité que celui-ci attribue aux méthodes comportementales : «La méthode ABA et la méthode Denver – qui est d’ailleurs d’inspiration psychanalytique – ne bénéficient que du niveau B en matière de scientificité ce qui n’est qu’une présomption de scientificité, alors que le grade A n’a été attribué à aucune méthode. »

Enfin il conclut en précisant ce que le député Gérard Sebaoun avait évoqué avant lui : « Votre méthode qui aboutirait à faire de la HAS l’autorité prescriptrice, qui obligerait les médecins à suivre vos recommandations en toute matière y compris quand ce sont des non-recommandations, c’est-à-dire quand elle ne se prononce pas – c’est le cas pour la psychanalyse «faute de preuve», dit-elle,et on pourrait discuter des raisons pour lesquelles il n’y a pas de preuve. Eh bien ! Votre proposition, c’est la définition d’une science officielle, c’est, me semble-t-il, du lyssenkisme et je crois que la pire des choses que nous puissions faire pour les personnes autistes serait de suivre les préconisations d’un Lyssenko (5) au petit pied. »

Chantal Guittet, députée du groupe socialiste écologiste intervenait la dernière dans le débat en affrmant : « L’orientation de votre proposition, et celle de vos collègues est en totale contradiction avec les principes fondamentaux de notre législation sanitaire. Le libre choix constitue un des principes actuels de la pratique médicale. Si je comprends bien votre résolution vous souhaitez revenir sur cela : curieux pour des députés qui sont les chantres du libéralisme de proposer une résolution liberticide ! »

« Vous prétendez que la psychanalyse fait partie des méthodes non recommandées (par la HAS) alors que la Haute autorité a bien pris soin de la classer dans les méthodes non consensuelles.

Les efforts pour fger le savoir ne font jamais bon ménage avec le progrès. »

Grâce à ces interventions de parlementaires déterminés la résolution Fasquelle n’a pas été adoptée, c’est une victoire pour la psychanalyse. Une victoire momentanée sans doute car d’autres batailles sont à prévoir, mais qui donnera satisfaction aux 20 000 personnes qui ont signé la pétition « La Cause de l’autisme » lancée par l’École de la Cause freudienne et l’Institut psychanalytique de l’enfant. C’est aussi une satisfaction de constater que les députés ci-dessus évoqués, qui ont représenté leurs groupes dans ce débat parlementaire, aient su indiquer la place de la psychanalyse et distinguer aussi clairement scientisme et science véritable. Nos représentants et le monde politique si souvent critiqués aujourd’hui, en sortent grandis.

1 : Consulter la fche de synthèse n°46 sur le site de l’Assemblée Nationale : Sur la défnition constitutionnelle des résolutions consulter la fche de synthèse n°46 sur le site de l’Assemblée Nationale : http://www2.assemblee- nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/role-et-pouvoirs-de-l-assemblee-nationale/les-fonctions-de-l-assemblee-nationale/les- fonctions-de-controle-et-l-information-des-deputes/les-resolutions-de-l-article-34-1-de-la-constitution

2 : Consulter notamment Lacan Quotidien nos 568 et 569 : « L’expérimentation institutionnelle d’ABA en France : une sévère désillusion » par J.-C. Maleval et M. Grollier
3 : CNSA : Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (des personnes dépendantes).
4 : Cf
. Rapport cité et commenté par J.-C. Maleval et M. Grollier, « L’expérimentation institutionnelle d’ABA en France : une sévère désillusion », LQ nos 568 et 569, 29 fevrier & 5 mars 2016.

5 : Lyssenko, un agronome russe, est à l’origine d’une théorie pseudo scientifque « la génétique mitchourinienne », qui accède en 1948 sous le régime de Staline au rang de théorie offcielle exclusive, opposée à une « science bourgeoise » fausse par essence. Depuis, le terme de lyssenkisme désigne par extension une science corrompue par l’idéologie où les faits sont dissimulés ou erronément interprétés. (Wikipédia) 

(Extrait de www.lacanquotidien.fr)

Autisme et fraternité*

par Mireille Battut 

 cause de l’autisme progresse. L’ouverture récente d’un site gouvernemental dédié témoigne de sa visibilité croissante. La science nous instruit de ses avancées. L’administration nous guide sur le chemin des bonnes pratiques. Tout un chacun aujourd’hui pense savoir quelque chose sur l’autisme. Dernièrement, un groupe de députés envisageait de nous dicter comment nous devions éduquer nos enfants et à qui il nous serait formellement interdit de les confier. Fort heureusement, un vent d’indignation d’une ampleur inédite s’est levé, qui a permis de repousser cette tentative absurde et liberticide.

Ainsi, nous avons échappé – pour combien de temps encore ? – à l’instauration par la loi, d’une science d’État. Pour autant, sous couvert de «promouvoir une prise en charge de l’autisme basée sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé », l’administration ne dicte-t-elle pas déjà des pratiques éducatives et thérapeutiques de plus en plus standardisées ?

Au-delà de la diffamation patente dont la psychanalyse a été l’objet, cette affaire a mis une nouvelle fois en évidence une méconnaissance de ce que font les institutions du sanitaire et du médico-social qui accueillent des enfants autistes et de ce qu’en attendent les familles. Pourquoi tant d’acharnement à restreindre les champs des possibles au lieu de les ouvrir à la singularité de chacun de nos enfants ?

La cause de l’autisme que nous soutenons implique que soient entendues « d’autres voix »1, celles des autistes, celles des fratries, celles des familles, celles des professionnels qui nous accompagnent au quotidien.

Aussi, nous, La Main à l’Oreille, association de parents et d’amis de personnes autistes, organisons un « Forum des familles », avec d’autres associations partenaires, samedi 1er avril 2017 à l’occasion de la Journée internationale de l’autisme. Ce Forum

 

Familles sera l’occasion pour chacun, « oui-autiste » et « non-autiste » – selon la belle expression de Laurent Demoulin, le papa de « Robinson »2 –, familles et professionnels, désireux de tisser un lien solidaire, de venir en dire quelque chose de 10h à 18h aux Chapiteaux turbulents. Les fratries et la fraternité seront à l’honneur. La journée se terminera par un grand concert solidaire à 19h. Venez nombreux.

Détail du programme et lieu d’accueil sur le site de La MAO
Texte inspiré de celui paru sur cause-autisme.fr Ce blog, qui s‘est créé autour de la pétition contre la résolution qui visait à interdire la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme, soutient la cause des parents qui cherchent la meilleure voie pour leur enfant, celle qui tient compte de ses souffrances et de ses goûts, cherche à apaiser les unes et à promouvoir les autres. Il donne la parole à tous ceux, sujets autistes, parents et amis, intervenants professionnels ou bénévoles, qui sont en butte aux administrations sanitaires, éducatives ou sociales voulant faire taire cette « incroyable diversité des chemins » ouverts dans l’accueil et l’accompagnement des sujets autistes.

1 Présentation du blog La cause de l’autisme cause-autisme.fr
2 Cf. Nathalie Georges-Lambrichs, « Renaissance de Robinson », Lacan Quotidien n° 626, 20 février 2017. 

* Extrait de lacanquotidien.fr

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